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Un temps pour vivre, un temps pour mourir , film taïwanais de Hou Hsiao-Hsien, sorti en 1985

Analyse critiqueModifier

En 1947, alors qu’il n’est encore qu’un bébé, Ah-Hsio, surnommé Ah-Ha, et sa famille partent de Chine pour Taïwan. Ils s’installent d’abord près de Taipei, puis déménagent au sud de l’île où le climat est plus clément pour le père, asthmatique. Choyé par sa grand-mère, le petit Ah-ha grandit au sein d’une famille bientôt frappée par la maladie : du petit garçon espiègle qu’il était à dix ans, il se mue en adolescent taciturne et révolté.

Au milieu des années 80, Hou Hsiao-hsien, après des années de tâtonnements, trouve son style. Ses plans fixes s'éternisent, respirations recueillies permettant de mettre en marche la machine du souvenir. Avec ce film, largement auto-biographique, il regarde grandir l'enfant qu'il fut, rebaptisé A-Ha dans le film. Un garçon d'une dizaine d'années, élevé dans un monde régi par les éléments naturels : la terre, où Ah-Ha cache l'argent qu'il vole à sa mère ; l'eau, dont il s'asperge rituellement à chaque décès ; les arbres, qui frissonnent dans le vent quand le malheur menace la famille. Cinéaste des illusions perdues, Hou Hsiao-hsien montre que le temps nous est compté. Ses personnages s'éteignent les uns après les autres. Mais la mort de l'homme n'a rien d'angoissant pour lui. A ses yeux, tous les âges se rejoignent : la grand-mère a la même démarche sautillante et joueuse que les enfants qui jouent avec leurs toupies. Et l'ombre d'Ah-Ha, imprimée sur un tronc d'arbre confident, ressemble à celle d'un vieillard bossu. Les corps des morts, ici, gardent leur dignité. Une trace de putréfaction carmine laissée sur un tatami n'horrifie pas Ah-Ha. Elle lui rappelle au contraire la douceur des goyaves, cueillies sur le bord de la route.

Par l’artifice de la fiction, le cinéaste compose une sorte de documentaire idéal, sans pour autant en faciliter l’accès. Il procède par allusions; filme dans les coins, parfois du point de vue d’un hypothétique intrus situé un peu en retrait. Cet intrus est aussi bien le cinéaste que le spectateur, comme le montre une scène dramatique où Ah-ha regarde de loin, du lieu ou il est en train de se laver, sa mère pleurer dans une autre pièce, après la mort de son père. Ce point de vue distant et parcellaire expliqué aussi la relative opacité de certains passages. Ainsi, on devine à peine que dans la deuxième partie, vers 17 ans, le héros se retrouve au bordel, tellement la scène est elliptique. Il est seul dans une pièce, à moitié nu, une jeune femme dans un couloir avec une cuvette en métal.

La plupart du temps, le cinéaste part du général, le plan d’ensemble, pour arriver au particulier, procédant souvent par recadrages, raccords dans l’axe sur un personnage central. Un groupe de personnes, même vivant sous le même toit, ne constitue pas un tout, mais un assortiment d’individus remplissant chacun une fonction précise et communiquant assez peu entre eux. Il est fréquent qu’un personnage reste hors champ quand il relate un événement récent ou ancien, pendant qu’à l’image ses auditeurs se livrent à une activité subsidiaire. La confrontation collective est fort rare.

Hou Hsiao-hsien déclare : Je sentais que je faisais ce film pour parler essentiellement de trois morts qui ont constitué les moments les plus importants de ma vie, en l’occurrence les décès du père, de la mère et de la grand-mère du cinéaste taiwanais, entre la fin des années 50 et la fin des années 60.

« Hou Hsiao-hsien dépasse toutes les conventions pour aboutir inexorablement à l’abstraction. Pas de débordement, pas de glu sentimentale. Avec lui, la distinction entre documentaire et fiction tend à s’éclipser sur la pointe des pieds. Son cinéma est beaucoup plus vaste et illimité que de simples histoires, capsules de rêves et de fantasmes qui se désintègrent comme des bulles de savon quelques minutes après leur vision. Il est clair que Hou Hsiao-hsien n’a qu’un but, le plus ambitieux : faire entrer toute la vie dans un film. »
Vincent Ostria, Les Inrockuptibles, 30  novembre 1985

DistributionModifier

  • Mei-feng : Ah-hsiao
  • Tang Yu-yuen : grand-mère
  • Tien Feng
  • Xin Shufen
  • Yiu Ann-shuin

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : 童年往事, Tong nien wang shi
  • Réalisation : Hou Hsiao-Hsien
  • Scénario : Hou Hsiao-hsien et Chu Tien-wen
  • Musique : Chu-chu Wu
  • Image : Ping Bin Lee
  • Durée : 138 minutes
  • Date de sortie : 3 août 1985
    • France 28 Avril 1999
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