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Tournée, film français réalisé par Mathieu Amalric et sorti en 2010

Analyse critique Modifier

Joachim Zand est un ancien producteur français de télévision qui, après un exil volontaire de quelques années aux États-Unis pour des raisons qui restent obscures, décide de faire un « come-back » en France. Pour cela, il revient avec une troupe américaine de New burlesque, cinq femmes plantureuses et un homme, héritiers d'une longue tradition de cabaret politique et musical. Il produit et dirige leur tournée en France, dans le Grand Ouest, allant de port en port en passant par Le Havre, Saint-Nazaire, La Rochelle, pour théoriquement finir par Toulon. Bien que les conditions de voyages soient plus que modestes – trains de seconde classe et hôtels Mercure aux musiques d'ambiance insupportables – la troupe est enthousiaste, avide de découvrir la France, et pleine d'énergie en raison du franc succès qu'elle remporte à chacune de ses étapes.

Mais les filles ne rêvent que de Paris que leur a fait miroiter Joachim Zand en point d'orgue de leur tournée. Cependant, Zand a des ennuis avec son passé qui bientôt le rattrape et a sous-estimé les inimitiés et rancœurs qui lui restent dans la capitale : une ancienne maîtresse, un créancier floué, un ami trahi, un mentor amer, une ex-femme en colère, et deux enfants qui font payer à leur père son absence et ses faiblesses. Pour couronner le tout, Joachim tombe amoureux : ici au détour d'une station service, et là, tout au bout d'un couloir, entre deux portes de chambre d'hôtel, d'une de ses danseuses. C'est elle, Mimi Le Meaux, qui redonnera à Zand le sens de la vie et de l'amour tout au bout d'une île de l'Atlantique.

Ce film, dont le projet initial remonte à décembre 2002, est le quatrième long-métrage en tant que réalisateur de Mathieu Amalric. La réalisation du film fut longue et prit près de sept années à l'acteur-réalisateur. Le scénario de Tournée s'inspire originellement de la nouvelle L'Envers du music-hall que Colette publie en 1913. Cette nouvelle décrit l'expérience personnelle de comédienne de l'écrivaine en tournée avec une troupe d'acteurs de 1906 à 1912 aux côtés du célèbre mime Georges Wague, notamment dans la pièce La Chair où Colette paraissait nue sur la scène du Moulin Rouge et qui fit scandale.

Tournée est un film qui s'attache à différentes sortes de regards, qu'ils soient portés sur les corps, sur le groupe, ou sur les pays. Le regard central du film est dans la mise en scène du « corps féminin gros, exposé, ondulant et désirable ». Le film tourne le dos, voire dénonce, la promotion des corps standardisés et parfaits qui sont la norme dans les sociétés occidentales et particulièrement au cinéma. Amalric démontre, par une démarche que de nombreux critiques ont qualifiés de « fellinienne », que ces femmes sont belles et séduisantes et que leur public, enthousiaste, est conquis au point qu'une ordinaire caissière de supermarché se prend à rêver de devenir une danseuse de la troupe suite à son engouement pour le spectacle et à la libération personnelle que ces femmes lui ont proposée.

De même, un travail similaire s'effectue pour le personnage de Joachim Zand qui petit à petit se prend à regarder différemment ses strip-teaseuses au point d'être ému par elles depuis les coulisses et finalement de tomber amoureux de Mimi Le Meaux, lui avouant après l'amour « tu m'avais caché tout ça ». Sous le regard d'Amalric, ces femmes, qui sont certes grosses, ne sont pas « affalées » et que « l'énergie, la justesse des gestes et la volupté » ont déplacé le curseur de la séduction et du succès. Ce message libérateur des corps des femmes est à mettre en perspective avec l'engagement politique lors du renouveau du New burlesque dans les années 1970 qui fut fortement influencé par le mouvement lesbien gothique et qui reste un mouvement féministe.

Les filles de la troupe ne font pas que se montrer, elles revendiquent leur place, leurs choix artistiques, utilisent leur corps comme « vecteur politique » et affirment leur autonomie, également à l'égard de leur producteur qui subit et assiste plus qu'il ne dirige: affirmation personnelle délibérée ajoutée à celle des gestes, des sens, et des pas. De cela naît une lutte entre Joachim Zand et ces filles que Mathieu Amalric a souhaité mettre au cœur de son film et qui est illustrée visuellement par l'affiche du film le montrant lilliputien et dominé par le corps gigantesque de Dirty Martini. Certes dominé par ces créatures felliniennes, et par les femmes en général (son ex-femme et son ex-amante ont plus prise sur lui que l'inverse), Joachim Zand tente cependant de se rebeller, quitte à être blessant, en leur reprochant leur « ringardise et niaiserie » et leur « absence de talent » dans le couloir d'un hôtel impersonnel.

Le deuxième niveau de regard est celui porté, durant seulement quatre jours, sur le groupe que constitue cette troupe de music-hall lors d'un fragment d'une tournée. Pour cela, Mathieu Amalric a choisi une approche cinématographique quasiment documentaire décidée dès le stade de l'écriture du projet : Tournée est inspiré par le témoignage littéraire de Colette sur sa propre expérience de la scène et des tournées en France dans les années 1910. Cela se manifeste par sa volonté de filmer les spectacles non pas du point de vue du spectateur mais depuis les coulisses. Il fait le choix de montrer finalement assez peu de scènes des spectacles comparativement à la durée du film mais s'attache à dépeindre les émotions qui traversent le groupe à travers ses individualités, dans leurs joies et excitations, leur intimité, mais aussi leur fatigue et le sentiment d'exil perpétuel.

Amalric a également souhaité ne pas tomber dans un documentaire individuel sur leur vie, leur passé, ou sur le parcours les ayant mené à ce qu'elles sont. Le spectateur du film ignore totalement quelle fut leur histoire individuelle et ne peut que l'imaginer. L'objectif d'Amalric était de rester dans la fiction en utilisant, de loin, comme ambiance le spectacle ressenti du point de vue de Joachim Zand et non de celui du spectateur. Renforçant cet aspect « pris sur le vif », le travail cinématographique d'Amalric s'est fortement inspiré de celui de John Cassavetes. Il lui emprunte son approche naturaliste des dialogues, qui n'étaient pas totalement écrits dans le scénario et mêlent indifféremment français et anglais dans une même phrase, ainsi que le rythme et la fluidité d'utilisation de la caméra.

Le troisième niveau de regard est celui porté par ces Américaines sur la France, ainsi que par Joachim Zand, et le spectateur, sur les États-Unis. C'est peut-être le regard le plus complexe car il résulte d'un double fantasme ou plutôt d'un fantasme réciproque qu'Amalric a souhaité décrire avec ce qu'il qualifie lui-même de « ruse extraordinaire » en utilisant la technique de Montesquieu dans Lettres persanes afin de « porter sur son pays un regard étranger ». S'il apparaît évident que Joachim Zand a vu les films américains des années 1970, il n'en demeure pas moins que sa fascination pour les États-Unis est avant tout un moyen pour lui de rentrer en France par la grande porte, avec un spectacle américain exotique, et qu'il se sert aussi de ces filles pour sa propre ambition personnelle en « vampirisant leur énergie ». De leur côté, les membres de la troupe ont été embarqués dans cette tournée en France probablement en raison de leurs propres fantasmes sur le pays du Moulin Rouge et de Joséphine Baker comme le suggère Amalric dans ses interviews, bien qu'en définitive ils ne voient rien des lieux dans lesquels ils se produisent à part quelques hôtels plutôt impersonnels et des banlieues sordides de villes de province. Paris n'est qu'une lanterne agitée par Joachim Zand, qui malgré tout reste leur « prince grenouille », faisant ainsi vivre un autre cliché américain sur les Français.

D'un point de vue cinématographique, Amalric revendique pour ce film, qu'il qualifie lui-même de « comédie itinérante », l'influence visuelle de certains films de John Cassavetes, mais aussi du réalisateur et chorégraphe Bob Fosse, et plus généralement, du cinéma américain des années 1970. Amalric décide de faire assumer totalement cet aspect par son personnage afin de renforcer le naturel de la situation et de ne pas être qu'une vague référence. D'un point de vue narratif, il dit s'être inspiré de la technique de Montesquieu dans ses Lettres persanes pour le regard porté sur son propre pays au travers de celui d'un étranger incarné par ces femmes américaines.

Le tournage du film s'est déroulé sur deux mois au printemps 2009 dans les villes et les lieux de la tournée de la troupe : Le Havre, Nantes, Saint-Nazaire, Rochefort, La Rochelle, Paris, l'Île d'Aix. Les scènes de spectacles ont été réalisées dans des conditions réelles avec un vrai public invité gratuitement à y assister en échange d'une décharge sur leur droit à l'image. Cependant, Amalric a souhaité que ces scènes de show soient vues essentiellement depuis les coulisses afin de ne pas « tuer l'action et de faire avancer le récit »

Le montage réalisé en juillet 2009 par Annette Dutertre, monteuse attitrée des frères Larrieu, s'est effectué en deux temps : une première version du film durait 3 heures 15 ; elle fut réduite ensuite à 2 heures 48 puis après une période de réflexion d'un mois et demi, Amalric décida dans une ultime séance en cabine de montage le 3 septembre 2009 de supprimer un certain nombre de scènes pour ramener le film à sa durée actuelle de 1 heure 50. L'essentiel des scènes supprimées dans la version finale concernaient des scènes de spectacles de la troupe afin de trouver un équilibre entre la fiction du film et son aspect documentaire. Deux scènes impliquant d'une part ses rapports avec ses enfants et d'autre part un duel verbal entre Joachim Zand et son ami François sur le thème de « qui fait acte de résistance : celui qui part ou celui qui reste ? » n'ont pas été gardées également.

Amalric a mis dans Tournée une foule de petites et grandes histoires, accumulées sur les plateaux de cinéma, en tant qu’acteur débutant, comme stagiaire, puis assistant. Le personnage d’imprésario criblé de dettes qu’il s’est attribué ressemble beaucoup à quelques-uns des producteurs de cinéma pour lesquels il a travaillé, comme le Portugais Paulo Branco. "Paulo est de ceux qui tirent le diable par la queue. L’argent est autant la solution que le problème."

Tournée porte aussi l’empreinte d’un roman, d’une chanson, mais aussi d’un reportage paru dans Libération qui racontait le quotidien, côté coulisses, d’un spectacle de new burlesque, l’art du nu remis au goût du jour. Les influences convergent lorsqu’on sait que le roman déclencheur est celui dans lequel Colette s’est inspirée de son passé d’artiste et s’intitule L’Envers du music-hall. La chanson c'est Les Passantes, de Georges Brassens, ces "fantômes du souvenir qu’on n’a pas su retenir".

Le film raconte à peine une histoire, sinon celle d'un amour qui s'ignore et qui, peu à peu, se révèle. Il suscite surtout du fantasme, avec frénésie. Cinéma de croquis, toujours dans l'excitation. Et l'amusement, y compris dans l'érotisme. A l'image de Mimi Le Meaux qui entraîne un jeune inconnu dans les toilettes pour une partie de jambes en l'air, hélas trop vite conclue. Pas du genre à se démonter, voici la Mimi qui oriente prestement son partenaire vers un cunnilingus de haute volée. Charnel, le film l'est jusqu'à la pointe grimée des seins. Dans cette ode à la femme jamais machiste, Joachim a beau faire le coq, il est tout petit à côté de ses pétroleuses de tous âges et de toutes mensurations. C'est un charmeur qui agace parfois, mais qu'on a envie d'embrasser lorsqu'il réclame auprès des hôteliers de couper l'infecte musique d'ascenseur qui dégouline jour et nuit dans leur établissement.

On pense aussi à Jacques Rozier. A sa liberté aérienne, faussement improvisée qui réalise avec talent un portrait du joueur qui existe en chacun de nous, de l'adolescent attardé se rêvant couvert de femmes, tantôt morveux, tantôt miteux. Amalric excelle comme lui dans le free style, l'échappée soudaine, à l'instar du dialogue savoureux avec la caissière d'une station-service.

C: Vous faites quoi dans la vie ?
Z: On s'en fout.
C: Et là vous allez où ?
Z: Je vais tuer quelqu'un.
C: Vous avez de la chance. Ça doit faire du bien.

DéclarationsModifier

Mathieu Amalric déclare:

C’est Arnaud Desplechin qui a fait de moi un acteur. De mon côté, c’est l’écriture et la réalisation qui m’ont toujours intéressé en priorité.

Je me suis débrouillé pour que le film régulièrement m’échappe. Un film est la somme de ce qu’on maîtrise et de ce qu’on abandonne. Il faut beaucoup travailler et à la fois se méfier du travail
J’ai dû voir 150 spectacles

A partir du moment où j’ai su que ce serait l’histoire d’une troupe de new burlesque, j’ai écrit les personnages, et c’est seulement après que je suis allé vers les filles. Je suis parti aux Etats-Unis et j’ai enchaîné les festivals. J’ai dû voir 150 spectacles. Et quand j’ai vu ce qu’ils provoquaient sur les spectateurs, j’ai eu l’idée, une fois les rôles attribués, d’organiser une tournée en bonne et due forme, afin que les numéros bénéficient d’un 'vrai' public.

Dans ce même souci d’authenticité, Amalric et ses girls dormaient chaque soir dans les hôtels où le lendemain étaient tournées les scènes les plus intimes, sans doute, de ce film résolument chaleureux. Le but était qu’une fois à l’écran, les gens oublient que derrière, il y a eu des gens qui, pendant des semaines, essayaient de faire un film.

Mathieu Amalric déclare Tournée est ainsi un film construit en trois temps. Le premier temps dévoile une situation « paradisiaque » où la troupe déploie son énergie avant que n'arrive un problème. Pour résoudre ce problème le personnage de Joachim Zand vit dans un deuxième temps un « enfer » en devant plonger au cœur de son passé (Paris, l'ami et le mentor en colère, les enfants et l'ex-amante) avant de réaliser dans le troisième temps son retour vers le paradis au sein de cette troupe qui lui insuffle une raison d'être.

Distribution Modifier

  • La troupe New burlesque dans leurs propres rôles : Miranda Colclasure (Mimi Le Meaux), Linda Maracini (Miss Dirty Martini), Julie Ann Muz (Julie Atlas Muz), Suzanne Ramsey (Kitten on the Keys), Angela de Lorenzo (Evie Lovelle), et Alexander Craven (Roky Roulette)
  • Mathieu Amalric : Joachim Zand
  • Ulysse Klotz : Ulysse
  • Damien Odoul : François
  • Pierre Grimblat : Chapuis
  • Simon Roth : Baptiste
  • Joseph Roth : Balthazar
  • Anne Benoît : la caissière du supermarché

Fiche technique Modifier

  • Titre original : Tournée
  • Titre international : On Tour
  • Réalisation : Mathieu Amalric
  • Scénario : Mathieu Amalric, Philippe Di Folco, Marcelo Novais Teles, et Raphaëlle Valbrune
  • Photographie : Christophe Beaucarne
  • Montage : Annette Dutertre
  • Décors : Stéphane Taillasson
  • Costumes : Alexia Crisp-Jones
  • Production : Les Films du Poisson et coproduction Arte France Cinéma et Neue Mediopolis Film Produktion
  • Producteurs : Yaël Fogiel et Laetitia Gonzalez
  • Directeur de production : Frédéric Blum
  • Durée : 111 minutes
  • Date de sortie: 13 mai 2010 (Festival de Cannes); 30 juin 2010 France

Distinctions:

  • Compétition officielle lors du Festival de Cannes 2010 où son réalisateur a reçu le Prix de la mise en scène et le film le Grand Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique.
  • Nommé dans sept catégories pour les Césars du cinéma 2011.


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

Historique Modifier

Genèse du projet Modifier

Tournage et montage Modifier

Fichier:Pointe de la Fumée(1).jpg

Le budget total du film a été de 3 520 000 €[1]. Le tournage du film a débuté le 18 avril 2009[2] et s'est déroulé sur deux mois au printemps 2009[3] dans les villes et les lieux de la tournée de la troupe : Le Havre, Nantes, Saint-Nazaire, Rochefort, La Rochelle, Paris, l'Île d'Aix. Les scènes de spectacles ont été réalisées dans des conditions réelles avec un vrai public invité gratuitement à y assister en échange d'une décharge sur leur droit à l'image[4],[5]. Pour remplir les salles, 500 à 700 figurants ont été nécessaires à chaque représentation[6]. Cependant, Amalric a souhaité que ces scènes de show soient vues essentiellement depuis les coulisses afin de ne pas « tuer l'action [...] et de faire avancer le récit »[7],[8].

Parmi les lieux de représentation des spectacles se trouve l'ancienne discothèque « VIP »[9] (renommée dans le film « Cube ») sur le site de la base sous-marine de Saint-Nazaire, le « LC Club » du Hangar à bananes[6] et le club « Le Royal » à Nantes[10], et surtout le théâtre de la Coupe d'Or à Rochefort, ville qui a accueilli un grand nombre de scènes lors du tournage[11]. La pointe de la Fumée à Fouras fut également un site utilisé pour les scènes de la seconde partie du film (notamment la scène du supermarché) ainsi qu'un hôtel désaffecté de la ville de Dolus-d'Oléron, trouvé au dernier moment en cours de tournage[12], pour l'ultime scène censée se dérouler dans Tournée sur l'Île d'Aix[11] que la troupe rejoint par le Fée des Îles III, un des bateaux assurant la liaison avec le continent. Le Vieux-Port de La Rochelle accueille quant à lui une courte scène d'extérieur. À Paris, les abords des locaux de France Télévisions et surtout le plateau réel de l'émission Ce soir (ou jamais !) de Frédéric Taddeï ont été utilisés comme décors des scènes nocturnes lors du voyage éclair que Joachim Zand fait dans la capitale[13].

Le montage réalisé du 9 juin au 17 juillet 2009[14] par Annette Dutertre, monteuse attitrée des frères Larrieu, s'est effectué en deux temps : une première version du film durait 3 heures 15 ; elle fut réduite ensuite à 2 heures 48 puis après une période de réflexion d'un mois et demi, Amalric décida dans une ultime séance en cabine de montage le 3 septembre 2009 de supprimer un certain nombre de scènes pour ramener le film à sa durée actuelle de 1 heure 50[7],[5]. L'essentiel des scènes supprimées dans la version finale concernaient des scènes de spectacles de la troupe afin de trouver un équilibre entre la fiction du film et son aspect documentaire[14]. Deux scènes impliquant d'une part ses rapports avec ses enfants et d'autre part un duel verbal entre Joachim Zand et son ami François sur le thème de « qui fait acte de résistance : celui qui part ou celui qui reste ? »[14] n'ont pas été gardées également. Mathieu Amalric déclare que Tournée est ainsi un film construit en trois temps. Le premier temps dévoile une situation « paradisiaque » où la troupe déploie son énergie avant que n'arrive un problème. Pour résoudre ce problème le personnage de Joachim Zand vit dans un deuxième temps un « enfer » en devant plonger au cœur de son passé (Paris, l'ami et le mentor en colère, les enfants et l'ex-amante) avant de réaliser dans le troisième temps son retour vers le paradis au sein de cette troupe qui lui insuffle une raison d'être[14].

Présentation à Cannes et sorties nationales Modifier

Fichier:Tournée Cannes.jpg

Le film est sélectionné le 15 avril 2010 par Thierry Frémaux pour le Festival de Cannes 2010[15] et est le premier film présenté en compétition officielle le 13 mai 2010 juste après l'ouverture de la quinzaine cannoise[16]. Mathieu Amalric et l'ensemble de la troupe des actrices du New Burlesque font la montée des marches[17]. Le jury du festival, présidé cette année-là par Tim Burton, récompense le 23 mai 2010 le film du Prix de la mise en scène (meilleur réalisateur). Plusieurs critiques ont souligné que le film avait des arguments pour séduire le président du jury[18],[8]. Tournée reçoit également lors du festival de Cannes le Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI). Stéphane Delorme estime dans Les Cahiers du cinéma à l'issue de la quinzaine cannoise qu'avec Tournée et Des hommes et des dieux (Grand Prix du jury) de Xavier Beauvois « cette édition du festival de Cannes rassemblait la meilleure sélection française depuis longtemps[19] ».

Après la présentation à Cannes, Amalric entreprend une série de présentations en avant-première en province au début du mois de juin, notamment dans l'Ouest de la France dans les villes portuaires évoquées dans le film que sont Nantes, Saint-Nazaire[20] et La Rochelle pour l'inauguration du cinéma CGR-Dragon[21]. Le film est également présenté hors-compétition le 23 juin en ouverture du Festival du film européen de Bruxelles[22] et le 17 octobre au Festival international du film de La Roche-sur-Yon dont Mathieu Amalric est l'invité d'honneur et Mimi Le Meaux illustre de surcroit l'affiche officielle[23].

La sortie nationale du film en France a lieu le 30 juin 2010 sur 159 écrans. Il cumule durant sa première semaine d'exploitation 172 154 entrées avec un ratio de 1082 entrées par écran, ce qui constitue un excellent démarrage puisque à titre comparatif Splice ou Millénium 2 sortis la même semaine sur respectivement 202 et 248 écrans ne font que 137 963 et 115 493 entrées (ratios de 682 et 466 entrées/écran)[24]. Le premier mois d'exploitation cumule 402 520 entrées pour un maximum de 275 écrans projetant le film avec une érosion lente de la fréquentation. Au 10 janvier 2011, le film totalise 507 358 entrées en France[25] ce qui pour un film d'auteur représente un très bon résultat. En revanche, en Suisse, où le film est sur les écrans depuis le 14 juillet 2010, le nombre total d'admissions n'est que de 8 962 entrées pour les deux-tiers dans la partie romande du pays et un tiers dans la partie suisse-allemande[26].

Le film a également été acheté par différents distributeurs européens, asiatiques, et américains qui programment des sorties nationales tout au long du deuxième semestre 2010 pour le Portugal, la Russie, la Grande-Bretagne, la Finlande, l'Italie (en compétition officielle lors du Festival du film de Turin[27]), le Canada (lors du Festival du nouveau cinéma de Montréal[28],[29]), et le Brésil (lors du Festival international du film de Rio de Janeiro[30]), Hong Kong (lors du Festival du film français), Taïwan[31], et en 2011 pour les États-Unis[32] notamment.

Impact du film Modifier

Bien que le New Burlesque soit né en France et en Angleterre à la fin du XIXe siècle et qu'il ait reconquis une petite place sur les scènes françaises au milieu des années 2000, le succès critique, médiatique, et public du film Tournée a mis en lumière cette discipline de la danse et du théâtre politique et participe actuellement à sa diffusion auprès du public[33],[34]. Ainsi, la troupe du film dans son ensemble a été programmée pour la neuvième édition du festival Temps d'images à La Ferme du Buisson[35] (spectacle diffusé sur Arte), suivi d'une tournée en France à l'automne 2010 se finissant par une série de spectacles d'une durée de trois semaines au Théâtre de la Cité internationale à Paris durant l'hiver 2010-2011[36],[37].

Affiche du film Modifier

L'affiche du film a été dessinée par l'illustrateur Christophe Blain en 2010. Elle représente un portrait légèrement caricatural d'un petit Joachim Zand (Mathieu Amalric) debout entre les jambes d'une strip-teaseuse « gulliverienne » allongée et orientée de trois-quarts, le bras en l'air et en gants bleus avec des étoiles de la même couleur couvrant ses seins. Le fond de l'affiche est rouge et le titre est composé de lettres en capitales jaunes[38]. Alain Korkos pour le site @rret sur images analyse que cette affiche est un hommage à celles dessinées par l'affichiste et illustrateur René Gruau (1909-2004) en 1963 pour le Moulin Rouge présentant une danseuse de french cancan dans une position relativement similaire avec exactement la même composition visuelle et le même choix de couleurs[39].

Musique du film et bande originale Modifier

Modèle:Infobox Musique (œuvre) Tournée est illustré par une bande originale généralement énergique qui est pour partie constituée de reprises de chansons américaines des années 1960 et 1970 ainsi que de jazz big-band de Duke Ellington, Sy Oliver, Sonny Lester ou Henry Mancini. Les compositions originales du film sont interprétées par Suzanne Ramsey alias Kitten on the Keys qui les accompagne au piano lors de son tour de chant agrémentant son spectacle. L'utilisation de Have Love, Will Travel composée par Richard Berry (comme Louie, Louie) et utilisée dans une version de 1965 par The Sonics a été particulièrement remarquée par la critique[40],[41]. Au-delà de ses paroles qui illustrent particulièrement la quête du personnage principal, elle constitue l'ouverture et surtout la fin du film où le personnage de Joachim Zand met le disque des Sonics et pousse son « cri primal » ayant enfin trouvé l'amour au bout de son voyage répondant ainsi au commandement initial du film. L'utilisation de Moon River composée par Henry Mancini et utilisée dans la version de Liberace est également un double clin d'œil au film Diamants sur canapé avec Audrey Hepburn mais aussi à Rois et Reine d'Arnaud Desplechin qui utilise la musique à la fin de son film dans une scène jouée par Amalric et Emmanuelle Devos.

Liste des titres de la bande originale Modifier

  1. Have Love, Will Travel par The Sonics - 2:39
  2. Annonce (Kitten on the Keys) par Suzanne Ramsey - 0:39
  3. On the Good Ship Lollipop par Suzanne Ramsey - 2:22
  4. Black and Tan Fantasy par Duke Ellington et son orchestre - 2:21
  5. I Put a Spell on You par Screamin' Jay Hawkins - 2:26
  6. Louie Louie par les Nomads - 2:52
  7. Theme for Gipsy par Sonny Lester et son orchestre - 2:04
  8. Dream On par Suzanne Ramsey - 2:46
  9. Hub Caps and Tall Lights par Henry Mancini et son orchestre - 2:32
  10. Moon River par les Liberace - 3:50
  11. My Girl's Pussy par Suzanne Ramsey - 2:43
  12. I Will par Suzanne Ramsey - 2:17
  13. Misirlou par Nick Pento - 2:05
  14. Stu's Blues par Sy Oliver - 4:25
  15. The Shimmy par The Upsetters - 1:17
  16. J'ai réappris à vivre par Freddy Boys et Mathieu Amalric - 0:37

Analyse Modifier

Les personnages Modifier

  • Joachim Zand. Ancien concepteur et producteur d'émissions de télévision, Zand est parti aux États-Unis visiblement pour fuir la France à la suite de déconvenues qui restent inconnues. Il a laissé son ex-femme et ses deux enfants d'environ 14 et 10 ans, incapable d'assumer à minima sa charge de père, pour tenter une nouvelle aventure outre-atlantique. Feu follet légèrement névrosé et charmeur, clown triste luttant contre l'épuisement de sa cavale personnelle[42], il est en quête de lui-même et sans le savoir de l'amour.
  • Mimi Le Meaux. Actrice et danseuse aux portes de la quarantaine, c'est un personnage introspectif et voluptueux. Elle assume pleinement ses désirs et sa féminité, dicte aux hommes ses envies, mais visiblement ressent un manque profond dans sa vie (une famille, des enfants ?). Au fil de la tournée, elle se découvre des sentiments pour Joachim et fera tout pour s'en rapprocher.
  • Miss Dirty Martini. C'est la plus plantureuse de la troupe et une des stars sur la scène. Ses numéros sont forts et politiquement engagés. Probablement l'aînée du groupe, elle est aussi la confidente et la protectrice des autres.
  • Julie Atlas Muz. Personnage peu mis en lumière dans la vie du groupe mais y insufflant de l'énergie et de la bonne humeur, elle est cependant sur scène l'une des attractions, avec des numéros particulièrement visuels et drôles où elle joue beaucoup sur la performance physique.
  • Kitten on the Keys. Elle assure les parties musicales des numéros et joue plus la comédie sur scène qu'elle ne s'effeuille. C'est elle qui tient le plus tête à Joachim.
  • Evie Lovelle. Benjamine de la troupe, elle débute dans le métier et éprouve encore beaucoup de difficultés à se mettre à nu. Chaque spectacle est une nouvelle tentative mais « il faut du temps pour aimer son corps » et réussir à l'offrir au public.
  • Roky Roulette. Il est le seul homme de la troupe au milieu de ces femmes pleines et à la forte personnalité. Légèrement en retrait par rapport à celles qui tiennent le centre d'attraction des spectacles, il est le personnage sur lequel semble le plus peser l'éloignement de son pays et apparemment l'absence d'un fils qui s'y trouve.
  • Ulysse. C'est le « roadie » de la troupe. Jeune et timide, il est parfois débordé par la vitalité du groupe dont il doit assumer l'intendance en l'absence de Joachim. Il réussit cependant à gérer au mieux la troupe et à assurer la logistique de ville en ville malgré les défections du patron. Il aura sa revanche un soir en charmant son monde par un solo de guitare.
  • François. L'Ami blessé, plein de rancœur et de colère, devenu un créateur d'émission de télévision à succès, il tentera toutefois en souvenir de leur amitié passée de l'aider à trouver une salle à Paris en allant voir leur vieux mentor commun, Chapuis, et se fera une nouvelle fois trahir par Joachim.

Un film sur le regard Modifier

Fichier:Miss Dirty Martini.jpg

Tournée est un film qui s'attache à différentes sortes de regards, qu'ils soient portés sur les corps, sur le groupe, ou sur les pays. Le regard central du film est dans la mise en scène du « corps féminin gros, exposé, ondulant et désirable » comme le souligne l'historien Georges Vigarello dans un article d'analyse consacré au film dans Marianne[43]. Selon lui, le film tourne le dos, voire dénonce, la promotion des corps standardisés et parfaits qui sont la norme dans les sociétés occidentales et particulièrement au cinéma. Amalric démontre, par une démarche que de nombreux critiques ont qualifiés de « fellinienne »[42], que ces femmes sont belles et séduisantes et que leur public, enthousiaste, est conquis au point qu'une ordinaire caissière de supermarché se prend à rêver de devenir une danseuse de la troupe suite à son engouement pour le spectacle et à la libération personnelle que ces femmes lui ont proposée. De même, un travail similaire s'effectue pour le personnage de Joachim Zand qui petit à petit se prend à regarder différemment ses strip-teaseuses au point d'être ému par elles depuis les coulisses et finalement de tomber amoureux de Mimi Le Meaux, lui avouant après l'amour « tu m'avais caché tout ça ». Vigarello propose que sous le regard d'Amalric, ces femmes, qui sont certes grosses, ne sont pas « affalées » et que « l'énergie, la justesse des gestes et la volupté » ont déplacé le curseur de la séduction et du succès[43],[44]. Ce message libérateur des corps des femmes est à mettre en perspective avec l'engagement politique lors du renouveau du New burlesque dans les années 1970 qui fut fortement influencé par le mouvement lesbien gothique[45],[46] et qui reste un mouvement féministe. Les filles de la troupe ne font pas que se montrer, elles revendiquent leur place, leurs choix artistiques, utilisent leur corps comme « vecteur politique »[7] et affirment leur autonomie, également à l'égard de leur producteur qui subit et assiste plus qu'il ne dirige, dans ce que Vigarello qualifie de « souveraineté redoublée de corps féminins s'imposant en majesté : affirmation personnelle délibérée ajoutée à celle des gestes, des sens, et des pas. »[43]. De cela naît une lutte entre Joachim Zand et ces filles que Mathieu Amalric a souhaité mettre au cœur de son film et qui est illustrée visuellement par l'affiche du film le montrant lilliputien et dominé par le corps gigantesque de Dirty Martini[45]. Certes dominé par ces créatures felliniennes, et par les femmes en général (son ex-femme et son ex-amante ont plus prise sur lui que l'inverse), Joachim Zand tente cependant de se rebeller, quitte à être blessant, en leur reprochant leur « ringardise et niaiserie »[43] et leur « absence de talent » dans le couloir d'un hôtel impersonnel.

Le deuxième niveau de regard est celui porté, durant seulement quatre jours, sur le groupe que constitue cette troupe de music-hall lors d'un fragment d'une tournée. Pour cela, Mathieu Amalric a choisi une approche cinématographique quasiment documentaire[46] décidée dès le stade de l'écriture du projet : Tournée est inspiré par le témoignage littéraire de Colette sur sa propre expérience de la scène et des tournées en France dans les années 1910. Cela se manifeste par sa volonté de filmer les spectacles non pas du point de vue du spectateur mais depuis les coulisses. Il fait le choix de montrer finalement assez peu de scènes des spectacles comparativement à la durée du film[8] mais s'attache à dépeindre les émotions qui traversent le groupe à travers ses individualités, dans leurs joies et excitations, leur intimité, mais aussi « leur fatigue et le sentiment d'exil perpétuel »[47]. Amalric a également souhaité ne pas tomber dans un documentaire individuel sur leur vie, leur passé, ou sur le parcours les ayant mené à ce qu'elles sont[45]. Le spectateur du film ignore totalement quelle fut leur histoire individuelle et ne peut que l'imaginer. L'objectif d'Amalric et de son chef opérateur Christophe Beaucarne était de rester dans la fiction en utilisant, de loin, comme ambiance le spectacle ressenti du point de vue de Joachim Zand et non de celui du spectateur[8]. Renforçant cet aspect « pris sur le vif », le travail cinématographique d'Amalric s'est fortement inspiré de celui de John Cassavetes. Il lui emprunte son approche naturaliste des dialogues, qui n'étaient pas totalement écrits dans le scénario et mêlent indifféremment français et anglais dans une même phrase[8], ainsi que le rythme et la fluidité d'utilisation de la caméra[48],[49]. Plusieurs scènes de coulisses sont à ce titre directement inspirées de celle de Meurtre d'un bookmaker chinois, avec pour point d'orgue la scène où Zand annonce à ses filles, comme le personnage de Cosmo Vitelli de Cassavetes, une mauvaise nouvelle par le biais du microphone de la salle de spectacle.

Fichier:Josephine Baker 4.jpg

Le troisième niveau de regard est celui porté par ces Américaines sur la France, ainsi que par Joachim Zand, et le spectateur, sur les États-Unis. C'est peut-être le regard le plus complexe car il résulte d'un double fantasme ou plutôt d'un fantasme réciproque[7] qu'Amalric a souhaité décrire avec ce qu'il qualifie lui-même de « ruse extraordinaire[45] » en utilisant la technique de Montesquieu dans Lettres persanes afin de « porter sur son pays un regard étranger[47] ». S'il apparaît évident que Joachim Zand a vu les films américains des années 1970, et ceux de Cassavetes en particulier, au point d'assumer d'incarner pleinement le personnage de manager de Cosmo Vitelli, il n'en demeure pas moins que sa fascination pour les États-Unis est avant tout un moyen pour lui de rentrer en France par la grande porte, avec un spectacle américain exotique, et qu'il se sert aussi de ces filles pour sa propre ambition personnelle en « vampirisant leur énergie[45] ». De leur côté, les membres de la troupe ont été embarqués dans cette tournée en France probablement en raison de leurs propres fantasmes sur le pays du Moulin Rouge et de Joséphine Baker comme le suggère Amalric dans ses interviews[45], bien qu'en définitive ils ne voient rien des lieux dans lesquels ils se produisent à part quelques hôtels plutôt impersonnels et des banlieues sordides de villes de province. Paris n'est qu'une lanterne agitée par Joachim Zand, qui malgré tout reste leur « prince grenouille »[notes 1], faisant ainsi vivre un autre cliché américain sur les Français.

Réception critique Modifier

Lors de sa présentation à Cannes, Le Monde publie une pleine page sur le film avec un accueil particulièrement enthousiaste de Jacques Mandelbaum qui juge le film comme une « débauche de chair et d'esprit, une joie pour les yeux et pour le cœur, un geste fou, poétique, drôle, émoustillant, désespéré, insolent, miraculeux »[50]. Selon Philippe Azoury pour Libération, Tournée « fut l’un des rares, sinon le seul [film], à fédérer l’engouement. »[40] et pour Olivier Séguret du même journal « il a résisté dans la mémoire et persisté sur la rétine, malgré le flot de films qui s’est écoulé depuis le soir de sa projection de presse »[51] ; avis également partagé par d'autres critiques[52],[45],[18],[53]. Olivier Séguret avait, lors de sa projection en compétition le 14 mai, déjà gratifié le film de commentaires particulièrement louangeurs écrivant qu'il « nous fait voyager avec une élégance et une discrétion renversantes dans ce qu’il faut bien appeler [...] le meilleur du cinéma français » et jugé que le réalisateur Amalric faisait preuve d'« une finesse captivante dans la mise en scène »[54]. François-Guillaume Lorrain pour Le Point dit de Tournée que c'est un « beau film drôle et triste, drolatique, très tendre, très libre, tout en ruptures, qui lui [Amalric] ressemble tant »[55]. Éric Neuhoff dans Le Figaro qualifie Tournée de « film brouillon mais touchant » et dit d'Amalric « qu'il est un cinéaste et que s'il n'avait fait que ça dans sa vie il aurait déjà une "petite" Palme d'Or »[56]. Le critique du New York Times souligne la parenté avec les films de Cassavetes, notamment dans les « dialogues naturalistes » et « la beauté et les changements entre la scène et les coulisses », tout en accordant au film des « rythmes et buts qui lui sont propres » et au réalisateur une réelle « profondeur »[49]. Le journal anglais The Daily Telegraph qualifie le film de « drôle, intelligent, et émouvant – à l'image d'Amalric – (...) toujours dynamique, avec une étrange soif pour quelque chose en plus dans la vie »[57].

Lors de ses sorties nationales française et belge le 30 juin 2010, le film reçoit une nouvelle série de critiques enthousiastes et quasiment unanimes, le qualifiant notamment de « film liquide »[40], « sensuel, poétique, drôle »[58], « cocasse et poétique »[53], « émouvant et envoûtant »[59], ou encore de film « vivant et nomade, un hommage au courage des saltimbanques et à la force des femmes »[60]. Carlos Gomez dans Le Journal du dimanche souligne qu'avec Tournée « le trivial devient sublime, le misérable devient poésie » et qu'« il y a du génie enfin dans cette manière de nous faire croire que tout cela est naturel, quand derrière il y a notamment le travail miraculeux d’un chef-opérateur qui fait exactement ce qu’il veut de la lumière pour que le cadre devienne photo, tableau et imprime durablement la rétine »[61]. Dominique Païni pour Les Cahiers du cinéma juge que la performance de Mathieu Amalric « réside dans sa tentative réussie de filmer les bords de l'abîme de l'épuisement, la rage de consumer les miettes ultimes de l'énergie »[42]. Danièle Heymann compare le film à un « road-movie existentiel, une ode énergisante et mélancolique »[60], termes repris également par Emmanuèle Frois dans Le Figaro qui y voit « de la chair, du désir, de la fantaisie, de la mélancolie, du loufoque, du surréalisme, de la poésie, des références cinématographiques qui se glissent, impromptues »[52]. La force du film réside dans le regard particulier du cinéaste sur ces corps atypiques et non standardisés évoquant pour la plupart des critiques le regard de Federico Fellini[42],[60],[62],[4],[61],[55], regard original qui pour l'historien Georges Vigarello « se moque des normes, magnifie des corps que pourraient freiner pesanteur et bourrelets »[43]. Jacques Morice dans Télérama et Serge Kaganski dans Les Inrockuptibles tracent en plus quant à eux un parallèle avec la « liberté aérienne, faussement improvisée » du réalisateur Jacques Rozier dont Amalric reprend le « free style, l'échappée soudaine »[62],[45]. Cette source d'inspiration a été confirmer par le réalisateur[12]. Pour Fabien Bradfer du quotidien belge Le Soir, qui salue avec enthousiasme le travail de réalisateur-acteur d'Amalric, Tournée est « volontairement plein de désordres, chaleureusement humain et fort d'une insolence souvent amenée avec dérision, [un] film [où] souffle une liberté qui fait un bien fou »[7].

Parmi les quelques critiques négatives, celle de Filmsactu.com déplore un manque de rythme et juge le « film inégal [...] mais indéniablement sincère et visuellement inspiré »[63]. Le même commentaire est formulé par Le Nouvel Observateur jugeant que « le film connaît des flottements [mais qu']ils font partie intégrante de son charme foutraque et persistant »[64]. Le critique du Hollywood Reporter reprend cette critique jugeant que « quelques moments touchants ne rachètent pas ce conte de rédemption un peu trop mou »[notes 2] et que le film ne devrait pas rencontrer de succès commercial hors de la France et en particulier aux États-Unis[65], ce dernier avis étant partagé par le critique de Screen[66]. Pour le critique de Time Out (London), bien qu'Amalric soit « frénétique et assez charmeur » le « scénario et son jeu ne sont jamais assez convaincants pour faire croire à son conflit d'homme déchiré entre son passé et son présent »[notes 3] considérant que les meilleures scènes sont celles impliquant les actrices de New Burlesque[67]. À l'exact inverse, Alain Riou lors de l'émission radiophonique Le Masque et la Plume regrette quant à lui que les « actrices so[ie]nt totalement sacrifiées, et servent de faire valoir »[68]. Enfin, Jean-Luc Porquet dans Le Canard enchaîné est le plus dur en qualifiant le film de « foutraque et guère torride qui ne sait pas où il va mais y va gaillardement » jugeant excessif le Prix de la mise en scène obtenu à Cannes[69].

Récompenses Modifier

Tournée obtient deux prix lors du festival de Cannes, mais au-delà de cette première compétition qui eut lieu avant sa sortie généralisée sur grand écran, le film est sélectionné pour l'obtention de différents prix nationaux et internationaux. Le 9 septembre 2010, l'Académie de cinéma européen annonce que Tournée fait partie des quatre films retenus (dans une liste 46 films européens recommandés au total) pour représenter la France pour l'attribution des Prix du cinéma européen 2010[70]. Le 24 novembre 2010, Tournée fait partie des huit films sélectionnés pour l'obtention du prix Louis-Delluc 2010[71].

Le 21 janvier 2011, l'académie des Césars annonce que Tournée est nommé dans sept catégories différentes pour la 36e cérémonie des Césars du cinéma qui aura lieu le 25 février 2011 au théâtre du Châtelet, faisant du film le deuxième le plus retenu pour les prix derrière les onze nominations de Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Parmi les nominations les plus importantes, le film est sélectionné pour le César du meilleur film, le César du meilleur réalisateur, le César du meilleur scénario original et le César de la meilleure photographie[72].

Prix Modifier

Année Cérémonie ou récompense Prix Lauréat(es)
2010 Festival de Cannes Prix de la mise en scène Mathieu Amalric
2010 Festival de Cannes Prix FIPRESCI Meilleur film

Nominations Modifier

Année Cérémonie ou récompense Nomination
2010 Prix Louis-Delluc Meilleur film
2011 Césars du cinéma Meilleur film
2011 Césars du cinéma Meilleur réalisateur
2011 Césars du cinéma Meilleur scénario
2011 Césars du cinéma Meilleure photographie
2011 Césars du cinéma Meilleur montage
2011 Césars du cinéma Meilleur son
2011 Césars du cinéma Meilleurs costumes

Notes et références Modifier

Notes Modifier

  1. Ce surnom a été réellement trouvé par les actrices du film à la demande d'Amalric.
  2. En anglais : A few touching moments don't redeem this loose, baggy tale of redemption.
  3. En anglais : Amalric is a frenetic, conflicted presence and just charming enough, but the writing [...] and his acting are never convincing enough to make you believe his predicament as a man torn between his past and present.

Références Modifier


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