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Touchez pas au grisbi est un film français de Jacques Becker, sorti en mars 1954. C'est une adaptation du roman du même nom d'Albert Simonin.

Synopsis Modifier

Dans le Milieu, l'amitié de Max le Menteur et de Riton est légendaire, ainsi que la rigueur de Max concernant le fameux code de l'honneur de la pègre. Ce que le Milieu ignore, c'est que Max et Riton sont les responsables d'un hold-up retentissant qui eut lieu à Orly et où disparurent cinquante millions en lingots d'or. Mais Riton parle trop : il a confié ce secret à Josy, sa maîtresse, qui s'est empressée de le répéter à Angelo, son nouveau "protecteur", un trafiquant de drogue montmartrois.

Ce dernier, avec l'aide de quelques complices, tente d'enlever Max, puis kidnappe Riton pour lui faire dire où est caché le butin (en argot : le grisbi). Devant le mutisme de son prisonnier, Angelo décide de pratiquer un chantage envers Max : la vie de Riton contre les lingots. Paralysé par son amitié, Max accepte. L'échange s'effectue sur une route nationale de la banlieue parisienne.

Mais Angelo ne veut rien laisser au hasard : il a projeté de liquider Max et ses amis après l'échange. Un règlement de comptes en voitures s'ensuit. Angelo et sa bande sont abattus, mais Riton est grièvement blessé et Max est contraint d'abandonner son butin dans la voiture d'Angelo en flammes. Le lendemain, Max apprend la mort de Riton. Aux côtés de sa maîtresse américaine, Betty, il songe amèrement aux derniers événements : en une nuit, il a perdu son meilleur ami et le grisbi avec lequel il espérait enfin prendre sa retraite.

Critique Modifier

Il fallut le refus de Daniel Gélin, qui se voyait trop jeune pour jouer Max, pour que Jean Gabin incarne le rôle. C'est en effet Touchez pas au grisbi qui a relancé la carrière de l'acteur. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les prestations de Jean Gabin à l'écran n'avaient pas été couronnées de succès. Et c'est Max le menteur, truand qui aspire au repos, qui redonne à l'acteur sa dimension populaire.

Ce film révéle au grand public deux futures légendes du cinéma français : Lino Ventura (Angelo) et Jeanne Moreau (Josy). Albert Simonin, qui adapte ici son premier roman, deviendra par la suite un excellent scénariste (Mélodie en sous-sol, Les Tontons flingueurs, Les Barbouzes, Le Pacha...)

Le film de Jacques Becker a donné le ton à toutes les productions qui vont lui succéder, tant par sa description réaliste du "milieu" et de ses personnages que par sa forme, entre chronique sociale dépoussiérée de toute lourdeur psychologique et film aux séquences d’action brutales dessinant en creux une mythologie du gangster français.

Dans les années 50 et 60, les films de Jean-Pierre Melville, José Giovanni, Jacques Grangier, Henri Verneuil, pour ne citer que ceux-là, s’ils lorgnent assurément du côté d’Hollywood et de ses films noirs, auront surtout une grande dette envers le travail lumineux de Jacques Becker et de Albert Simonin.

La description minutieuse du milieu de la pègre parisienne, les rapports de classe, l’histoire d’une profonde amitié, les ravages de la trahison ou les soubresauts d’un monde ancien qui vacille, tous les thèmes contenus dans le roman de Albert Simonin semblent avoir été conçus pour Jacques Becker, dont on reconnaît les obsessions dramatiques depuis Dernier atout jusqu’à Casque d’or. Le réalisateur fait à nouveau preuve de sa technique d’entomologiste pour parfaire la représentation de cet univers peuplé de personnages truculents fortement marqués par la solidarité de classe comme le montre l’accueil moqueur reçu par de simples clients entrés dans le restaurant qui leur sert de lieu de réunion et de détente.

Comme bien souvent, le cinéaste fait sortir la vérité de ses personnages et des situations en privilégiant la somme des petits détails qui compose une toile vivante et impressionniste. Becker est un maître de la digression ; comme il le disait lui-même : « les sujets ne m’intéressent pas en tant que sujets (…) seuls les personnages de mes histoires m’obsèdent vraiment au point d’y penser sans cesse. ». Les petits gestes du quotidien prennent le pas sur l’intrigue mais sans toutefois l’écraser.

Ses personnages sont abordés comme des gens normaux, occupant une fonction sociale déterminée. « Je ne peux concevoir un personnage sans m’inquiéter de la manière dont il vit, de ses rapports sociaux, quelle que soit, d’ailleurs, la classe à laquelle il appartient. » C’est dans ces moments précis que Becker étire le temps et rend ses personnages réalistes tout en leur conférant petit à petit un statut mythologique (déjà présent dans le livre de Simonin, mais ici amplifié) qui les rend immortels. Ainsi, le cinéaste articule l’humanisme et la légende, ce qui fait en grande partie la force de son film. C’est avec ce récit d’amitié fatale que surgit aussi le Becker romantique éperdu et désespéré.

Touchez pas au grisbi raconte la quête impossible d’un homme qui ne peut échapper à sa condition de truand et dont le point faible, et donc aussi son honneur, reste l’attachement profond à son ami Riton. D’ailleurs le film est construit en forme de boucle : on part du restaurant "Bouche" et on y revient. Comme si ce qui s’est passé entre les deux ne formait qu’une parenthèse. A la fin, "Max le menteur" finit par être obligé de mentir à son entourage sur sa situation. Max est ainsi doublement prisonnier, et de sa condition et de son destin. Plus on avance dans le film, plus celui-ci devient noir.

D’une chronique quasiment sociale et urbaine avec ses accents débonnaires, Touchez pas au grisbi devient vite un véritable film noir. L’image, partant de tons gris et détaillés, s’obscurcit progressivement pour finir dans une tonalité très sombre, même si l’ensemble du récit se passe majoritairement de nuit. C’est également le cas de la topographie des lieux : on part de scènes conviviales de restaurant et de boite de nuit, on descend à la cave puis on aboutit sur une route déserte pour l’affrontement final. C’est un monde brutal, d’une violence sèche, un univers d’homme dans lequel la femme n’a pas de véritable place. L’amitié comme valeur suprême empêche l’accomplissement de l’amour.

Dans cet univers très macho, les femmes sont réduites à deux stéréotypes : la jeune et jolie "greluche", attirée par le luxe et un brin écervelée, et la matrone veillant aux bons soins de son homme. Seule une femme s’affranchit de ces représentations et symbolise justement le milieu petit-bourgeois que Max tente vainement de rejoindre.

La solidarité de clan et les profonds sentiments d’amitiés pour Riton définissent la morale de Max. Becker les filme amoureusement comme un vieux couple. Dans la boite de nuit tenue par leur ami Pierrot et surtout dans son appartement, Max s’occupe de nourrir son camarade et de pourvoir à ses besoins. La chaleur humaine qui se dégage de ces scènes intimistes reste à jamais gravée dans l’esprit du spectateur. On verra bientôt Max hésiter un instant à voler au secours de son ami Riton détenu par Angelo. A noter, à ce sujet, cette belle séquence où Max se trouve chez sa maîtresse bourgeoise : le truand, après un moment d’amour rapide dans cet appartement luxueux et lumineux, honteux d’avoir songé à laisser son ami se débrouiller seul avec ses ravisseurs, revient se positionner dans l’ombre, éclairé par la seule lumière d’une allumette. La mise en scène renvoie donc Max dans l’obscurité, un univers ténébreux vers lequel il ne peut s’empêcher de revenir.

On peut aller jusqu'à penser que l’influence de Touchez pas au grisbi a dépassé les frontières nationales. Le Parrain (The Godfather, 1972), fresque familiale, sanglante et sociologique, d’un certain Francis Ford Coppola rappelle, par bien des aspects, certaines figures narratives du film de Jacques Becker et la même volonté de conjuguer chronique sociale et mythologie du film de gangsters.


Distribution Modifier

Jeanne Moreau dans Touchez pas au Grisbi

Fiche technique Modifier



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