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Toni Erdmann est un film allemand et autrichien réalisé par Maren Ade, sorti en 2016. En sélection officielle au Festival de Cannes 2016, le film a reçu le prix de la critique internationale. Le film a reçu le Grand Prix 2016 de la FIPRESCI.

Synopsis Modifier

La toute première scène du film montre un monsieur grisonnant, blagueur. Il se balade partout avec une paire de menottes, une perruque hirsute et un faux dentier de farces et attrapes dans sa poche de veste, et s’en affuble dès qu’il a envie de monter un canular, se créer un personnage, s’amuser et amuser les autres. En fait les frais, dans la scène d’ouverture, un facteur auquel Winfried fait accroire que le paquet qu’il apporte est destiné à son frère qui vient de sortir de prison et qu’il s’agit probablement d’un colis piégé. Après quoi Wilfried disparaît pour aller chercher son frère, revenant grimé en Toni Erdmann.

Il appartient à cette génération d’Allemands qui ont inventé l’écologisme. Il est professeur de musique dans un collège. Il a les cheveux longs. Il est divorcé et garde un vieux chien mourant qu'il refuse de faire piquer. Il habite seul une maison de province pas folichonne, mais conserve de sa probable période soixante-huitarde un certain reste de spontanéité et de subversion. Winfried peut aussi bien faire irruption chez sa vieille mère impotente déguisé en zombie, prétendant qu’il est payé par la maison de retraite pour faire mourir les vieux, sans que celle-ci, visiblement rompue aux incongruités de son fils, s’en émeuve.

Avec Toni Erdmann, tout est dans le traitement, l’intelligence de l’écriture, la mise en scène, le jeu des acteurs. Le film réussit à tenir en haleine pendant deux heures quarante sur une histoire aussi rabâchée au cinéma: un père vieillissant qui se désole de ce qu’est devenue sa fille, une femme d’affaires impitoyable. Elle est au service d'une multinationale américaine, tantôt à Singapour, au moment du film à Bucarest. Elle ne revient en Allemagne qu'en coup de vent et passe son temps au téléphone, sans avoir le temps d'aller voir sa grand-mère.

Le film suggère, sans jamais insister dessus, ce conflit entre deux générations qui n’ont pas la même conception du monde. Mais l’on sait aussi que Wilfried le comique est un homme sensible, qui se cache pour pleurer la mort de son chien. Tout cela est montré avec des images, sans pathos. C’est la grande qualité du film : il ne viole pas l’intimité de ses personnages. Le personnage de la fille, Inès, est forcément plus caricatural sur le papier : c’est une tueuse, une liquidatrice. Les scènes de négociation, de tentatives de manipulation des clients sont montrées avec un luxe de détail, à la fois impressionnant et glaçant.

Après la mort de son chien, Wilfried vient casser les pieds de sa fille à Bucarest. Son but est très clair mais n’est pourtant jamais explicité : retrouver « sa » fille, sa “spaghetti”, la remettre sur le chemin de la vie, de l’humour, de l’humanité. Tout ça pourrait donner un film ridicule et idiot, mais Maren Ade va tout rendre possible. Elle possède une capacité à faire accepter par le spectateur des coups de force scénaristiques, contre toute vraisemblance, mais avec un humour féroce qui arrache des éclats de rire aux salles les plus froides.

Quand le père débarque à Bucarest, sa fille exécute un des contrats les plus importants de sa carrière, baladant à l’occasion la femme du grand patron dans son shopping roumain, celle-là même qui dit qu’elle « aime les pays avec une classe moyenne, c’est très reposant » . Elle travaille essentiellement à l’externalisation des activités d’une multinationale, dans le domaine pétrolier, étudiant la possibilité de licencier des salariés pour sous-traiter certains secteurs d’activité et augmenter les profits.

Une des scènes clés se situe dans une réception privée, où, se faisant passer pour l'ambassadeur d'Allemagne et son assistante, elle chante une chanson de Whitney Houston, accompagnée par son père au synthétiseur. Soudain, au-delà de la performance d’actrice, tout ce qui pouvait paraître incompréhensible dans le comportement d’Inès, le fait d'accepter que son père la suive partout dans ses rendez-vous de travail, alors qu’il ne cesse de semer la perturbation, son obstination à ne pas refuser son jeu à lui, dans une lutte certes drôle mais si dérisoire, prend tout son sens. Dès qu’Inès commence à chanter, le spectateur comprend sans que ce soit dit que le père et la fille ont dû interpréter ensemble cette chanson des dizaines de fois quand elle était adolescente et qu’elle portait un appareil dentaire. Que Wilfried est encore une fois en train de tenter de la séduire, de la ramener à celle qu’il aime. Et qu’elle accepte, soudain, de se laisser faire. La chanson terminée, elle s’enfuit dans l’escalier sous les applaudissements d’un petit public familial étonné, sans mot dire. Elle l’aime et sent bien quand il est là.

Tout est à l’aune de cette scène de chant dans la mise en scène de Maren Ade. Elle joue sur la complicité avec le spectateur, sur son intelligence, sur son expérience de la vie et de la famille . Pourtant il n’y aucune naïveté chez la réalisatrice. La fin, apaisée, montre que Toni Erdmann est aussi un film sans illusion sur l’héritage : on doit à la fois l’accepter, et vivre sa propre vie en toute liberté.

L’ultime déguisement de Winfried, qui pourrait faire office de totem du film, est le « kukeri » , une grotesque poupée velue qui processionne dans les villages bulgares pour chasser les mauvais esprits et célébrer l’arrivée du printemps. C’est bien à ce culte dionysiaque et carnavalesque qu'invite Toni Erdmann, d’autant plus crânement que le printemps ne semble pas être pour demain sur la terre des hommes.

Maren Ade fut la favorite des espoirs et des pronostics du Festival de Cannes 2016. Lesquels furent in fine écrabouillés par un jury que conduisait à sa main George « Mad Max » Miller, la si talentueuse Maren Ade repartit sans la moindre récompense. Ce verdict est profondément injuste surtout si on compare ce film à la Palme d'Or Moi, Daniel Blake, pourri de bons sentiments mélanchonien, et sans aucune inventivité cinématographique. Bref, un des meilleurs films de 2016, avec Elle de Verhoeven. Fin 2016, ce film est classé N°1 du palmarès des Cahiers du cinéma. Stéphane Delorme écrit que « le triomphe à Cannes, qui ne doit surtout pas faire croire à un film consensuel, c’était tout simplement le choc de voir un chef-d’œuvre. »

« C’est sans doute cela qu’on appelle la grâce. Mais une grâce jamais bégueule, sachant s’embarrasser de mauvais affects (l’objectif d’Inès est d’externaliser les procédures de son entreprise, donc à licencier) et s’accommoder d’une drôlerie souvent triviale. Toni Erdmann nous dit ceci d’essentiel, qu’il faut oser saborder sa vie dans les grandes largeurs pour espérer un jour la savourer pleinement. »

Mathieu Macheret, Le Monde, 14 mai 2016

Fiche technique Modifier

Distribution Modifier

Réception critique Modifier

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Lors de sa présentation à Cannes, le film reçoit un accueil triomphal de la part de la presse, qui en fait rapidement son grand favori pour la Palme d'or. Au point même que Le Monde titre : « À Cannes, Maren Ade sabote la compétition avec Toni Erdmann. »". La revue de presse d'Allociné est d'ailleurs particulièrement élogieuse :

Stéphane Delorme dans les Cahiers du Cinéma écrit[réf. nécessaire] que « le triomphe à Cannes, qui ne doit surtout pas faire croire à un film consensuel, c’était tout simplement le choc de voir un chef-d’œuvre. »

Mathieu Macheret / Le Monde : « Ce glissement est rendu possible par une mise en scène d’une merveilleuse simplicité. Comment décrire cette écriture si peu démonstrative, qui semble ne se distinguer du "petit réalisme" que par la précision de son tempo, la justesse ahurissante de ses comédiens, la clarté de son timbre et de sa lumière, d’une blancheur expansive, comme autant d’éléments qui flottent entre ses personnages ? C’est sans doute cela qu’on appelle la grâce. »

Guy Lodge / Variety : « Le film de Maren Ade est une belle et très humaine étude de personnages, sur un père et une fille aussi dépressifs l'un que l'autre. Et c'est aussi un triomphe du rire. »

Yannick Vély / Paris Match : « Non seulement le film est irrésistiblement drôle, d’un humour sans frontière, mais il est aussi bouleversant, évoquant avec tendresse les rapports entre un père et sa fille (...) Ce petit chef-d’œuvre d’écriture devrait se retrouver très haut au palmarès dimanche prochain, au moins pour ses deux acteurs principaux, Sandra Hüller et Peter Simonischek. »

Steve Pond / The Wrap : « A ce jour, la plus délicieuse surprise de ce festival. La réalisatrice allemande Maren Ade offre un film sur une relation père-fille généreux, terriblement drôle mais aussi profondément touchant, d'une durée de 2 heures et 42 minutes, sans en gâcher un seul moment et dont on ne ressent jamais la longueur. »

Sorin Étienne / Le Figaro : « Mais Toni Erdmann surprend à chaque scène et déclenche des rires tonitruants. L'humour allemand existe et il est ravageur. Ce troisième film de Maren Ade dure 2h42 et il n'y a pas grand-chose à enlever. »

Bertrand De Saint Vincent / Le Figaro : « Tout est surprenant, inattendu, plein d'audace et de pudeur. Et en même temps infiniment juste, plausible, millimétré : la précision allemande. » [1]

Pour Pascal Gavillet de la Tribune de Genève, « De simple comédie de situation, le film vire au burlesque. Le règlement de comptes devient farce, Ubu et Mack Sennett s’invitent dans la sarabande, et le film prend son envol. Il n’atterrira plus [...] Par l’excès et la folie, Toni Erdmann s’impose alors comme le film choc de Cannes, tout en énonçant une série de faits tout à fait pertinents sur les crises ébranlant nos sociétés actuelles. »[2].

Pour Théo Ribeton des Inrockuptibles, « à l’instar de son héros, Toni Erdmann enlève et renfile sans cesse les costumes dont on l’affuble –, pour s’imposer comme le film le plus trompeur de cette année – mais aussi un des plus intelligents. [...] Toni Erdmann est certes drôle – il l’est vraiment – mais il est beaucoup moins une comédie qu’un film sur le rire, sur sa psychologie, sur sa fonction sociale, sur son pouvoir de dérèglement. »[3].

Toni Erdmann a été élu meilleur film de l'année par les Cahiers du Cinéma[4] et par le British Film Institute[5].

Box-office Modifier

Distinctions Modifier

Récompenses Modifier

Nominations et sélections Modifier

Notes et références Modifier

  1. Modèle:Fr-FR Modèle:MultiParamètres, « Exclusif: la bande-annonce de Toni Erdmann, révélation de Cannes », dans Le Figaro, 2016-07-20 Modèle:ISSN [texte intégral (page consultée le 2016-10-12)] 
  2. Pascal Gavillet, « «Toni Erdmann» gagne la Palme du cœur » sur Tribune de Genève, 23 août 2016. Consulté le 24 août 2016.
  3. Théo Ribeton, « “Toni Erdmann”, la sensation du dernier festival de Cannes » sur Les Inrockuptibles, 12 août 2016. Consulté le 24 août 2016.
  4. « Top 10 2016 », dans Cahiers du Cinéma n°728, Décembre 2016, p. 6 
  5. anglais The best films of 2016 sur http://www.bfi.org.uk, 2 décembre 2016
  6. JP-Boxoffice.com ; page du film Toni Erdmann (2016) consulté le 25 novembre 2016.
  7. Palmarès 2016 du 14e Brussels Film Festival, Juin 2016
  8. http://www.rts.ch/info/culture/cinema/8188125-le-parlement-europeen-prefere-toni-erdmann-a-ma-vie-de-courgette-.html
  9. http://www.rts.ch/info/culture/8234207--toni-erdmann-designe-meilleur-film-europeen-de-l-annee.html

Liens externes Modifier

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