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The Pledge

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The Pledge est un film américain de Sean Penn, sorti en 2001.

Analyse critiqueModifier

Avec The Pledge, Sean Penn, loin des effets de mode, propose un film bouleversant d’humanité qui saisit la vérité profonde d’un univers rural américain par le truchement d’un thriller dont l’enquête met à nu l’âme humaine, et s’achève sur une fin doublement déconcertante.

Jerry Black est officier de police dans le Nevada. Inspecteur talentueux et expérimenté, il est fêté par ses collègues pour son départ à la retraite. Comme il est passionné de pêche, il se voit offrir un billet d’avion pour réaliser un rêve : pêcher au Mexique. Mais, au cours de la cérémonie, ses supérieurs apprennent qu’une petite fille de huit ans, Ginny Larsen, a été violée et égorgée dans les montagnes enneigées. Aussitôt, Jerry Black, à qui il reste six heures avant son départ définitif, se porte volontaire pour assurer l’enquête, malgré les réticences de ses collègues. C’est même lui qui va annoncer aux parents l’assassinat de leur enfant.

Face à la douleur des Hansen, il promet à la mère (« sur son âme », lui demande-t-elle) de tout faire pour retrouver le meurtrier. Or, Toby, l’indien suspecté qui se suicide en prison, ne lui paraît pas être le bon coupable. Suivant donc les leçons de sa riche expérience et se fiant à la fois à son intuition et à ses déductions, il commence alors sa propre enquête avec une minutie et un souci du détail rares pour découvrir assez vite que trois meurtres de fillettes présentant plusieurs points communs (âgées d’une dizaine d’années, blondes, vêtues d’une robe rouge) ont été commis dans la région. Il déménage même et s’installe au plus près de ce qu’il pense être le rayon d’action du psychopathe. Il noue une relation avec une femme mariée, Lorie, menacée par son mari et se sert de sa fillette, Chrissie, qui ressemble aux victimes, comme d’un appât pour attirer l’assassin. Mais il ne dit mot de son projet à quiconque. Lorsqu’il comprend que le piège qu’il a mis au point porte ses fruits, il prévient ses anciens collègues pour prendre le suspect sur le fait et le confondre.

Proposant une nouvelle version du film de L. Wajda (Ses geschah am hellichten tag, 1958), Sean Penn propose avec The Pledge un film attachant au point de nous faire regretter ses trop rares passages derrière la caméra.

Le film vaut d’abord pour le portrait de ce vieux policier interprété, avec une grande sobriété, par un Jack Nicholson introverti, bouleversant d’humanité. Ce policier qui part à la retraite est un vrai solitaire, peu à l’aise en public. Il suffit de rappeler le visage et le sourire artificiel qu’il se compose immédiatement avant d’entrer dans la salle où l’on fête sa fin de carrière pour comprendre combien cette cérémonie lui coûte. Très vite, Sean Penn montre que cette fête est plutôt celle des autres qui dansent et s’amusent quand Jerry cherche une échappatoire.

Le réalisateur affine le portrait de son personnage à travers un plan significatif : le regard caméra saisit, par la fenêtre de ce bureau que Jerry va devoir quitter à contre cœur, un vieillard appuyé sur un déambulateur qui avance péniblement. Ce plan filmé en plongée dit assez, par l’idée de chute qu’il suggère, la conscience aiguë qu’a Jerry de sa déchéance à venir ; mais il révèle aussi combien ce métier qu’il a exercé si longtemps avec passion comblait en fait un vide existentiel en donnant une direction à sa vie. Policier la semaine et pêcheur le dimanche, Black a passé l’essentiel de sa vie à observer, à enquêter et à capturer criminels et poissons. On ne sait d’ailleurs quasiment rien de l’histoire personnelle, ni du lieu de vie d’un homme qui, à l’évidence, se confond avec son activité professionnelle.

Mais le destin (Dieu ou le Hasard), qui d’ailleurs se manifestera à l’issue du film lui accorde in extremis (à six heures de sa mise à la retraite définitive !) un ultime sursis avant cette inévitable plongée vers le néant. Et ce qui va maintenir en vie ce vieil homme à son crépuscule est, paradoxalement, la mort d’une enfant à l’aube de la vie. Cet échange trouble entre la Vie de l’un qui est régénérée par la Mort de l’autre féconde alors la suite du film et offre une nouvelle raison de vivre à Jerry.

Toute la force du film réside désormais dans ce mouvement subtil qui va de l’enquêteur à son enquête car les deux sont indissolublement liés. Féru de pêche au lancer, riche d’une longue expérience professionnelle, solitaire et peu communicatif mais profondément humain et respectueux des autres, Jerry Black utilise des méthodes policières qui sont le reflet même de son tempérament. Tout se met donc en place peu à peu selon une méthode éprouvée, étant bien entendu que « Le poisson vivant est le meilleur des appâts » : ne pas troubler l’eau de la rivière, montrer patience et discrétion avant de lancer l’appât ; puis attendre, en se plaçant au bon endroit, de ferrer la proie quand elle sera accrochée. Bref, on l’aura compris, la pêche est bien la métaphore de l’enquête.

L’un des intérêts du film est que Sean Penn s’appuie sur la diversité des points de vue enrichissant ainsi la vision que le spectateur a des personnages. Jerry est le personnage central auquel on s’identifie volontiers, dont on admet le bien-fondé de la promesse faite à Mme Hansen et à qui l’on souhaite de trouver le coupable. Mais Sean Penn sait montrer, de çà de là, son héros sous un éclairage moins favorable ou plus sombre. Par exemple, la psychiatre qu’il consulte pour faire avancer son enquête détourne ses questions sur la psychologie du psychopathe pour le pousser à s’interroger sur ses propres motivations à traquer le meurtrier. De même, un autre regard critique est porté par ses collègues policiers qui s’étonnent de son obstination à poursuivre l’enquête et le lui reprochent. Enfin, sa compagne, Lori, le rejette même pour ce qu’elle nomme sa folie.

Pourtant ces griefs en forme de condamnation morale n’entament en rien la détermination de l’inspecteur dont la monomanie exclut le moindre doute. Incapable de communiquer avec ses semblables, et notamment avec sa compagne Lori, persuadé qu’arrêter un dangereux criminel - quels que soient les moyens utilisés, fût-ce en mettant en danger la vie d’une fillette ! - ne peut que protéger les enfants, assuré du bien-fondé d’une méthode éprouvée, Jerry est l’exemple même du mal-entendu. Il n’est d’ailleurs sans doute pas exagéré de considérer la fin du film comme une véritable crucifixion née de la malveillance du Hasard (l’impondérable de l’accident) et de l’incompréhension de tous (le refus des collègues de le croire et l’abandon de Lori) qui le conduit vers une folie dont le réalisateur a montré les prémisses, qu’il s’agisse du premier plan d’un ciel traversé par un vol de noirs oiseaux, de la bouteille de whisky qui accompagne sa pêche, ou des visions, des hallucinations même (Chrissy tuée dans l’église) qui le hantent lorsqu’il redoute l’échec de son plan.

Ce film, qui va à l’essentiel jusqu’à l’épure, multiplie – semblable au cours même de la vie - les scènes empruntées au quotidien, ternes, banales ou lumineuses et part à la rencontre d’êtres simples mais attachants.

C’est qu’à travers son personnage principal, Sean Penn nous entraîne dans une enquête policière qui se double d’un regard sur l’Amérique rurale profonde où se découvrent des personnages floués par le destin mais d’une résignation désarmante et d’une humilité bouleversante (les parents de Ginny), ou encore traversés de croyances primitives (la grand-mère de Ginny), hantés par les notions de Bien et de Mal. Une Amérique rurale volontiers puritaine (le père de Ginny, malgré la douleur qu’il éprouve à l’annonce terrible de la mort de sa fille, trouve la force d’interdire au policier de fumer dans sa maison). On sent toute la compassion de Sean Penn pour ses personnages et, notamment, pour son policier si honnête, si consciencieux dans son travail, si semblable à ceux à qui il a fait sa promesse et pour qui il enquête.

Sean Penn, par ailleurs, innove en liant, de façon inattendue, contes de fée et religion. L’imaginaire des enfants (conte d’Andersen cité par la grand-mère de Ginny, les figures du géant – c’est-à-dire de l’ogre -, du hérisson, du break noir – équivalent du carrosse des contes, etc.) précède celui des parents (crucifix, serment qui engage le salut de l’âme, ange qui conduit les enfants au ciel) et procède des mêmes schémas mentaux. Le conte et la religion aux frontières mal définies et traversées par une forme de superstition, comme une culture du monde rural américain… Sean Penn suggèrerait-il allusivement que la condition humaine régie par le Malentendu entre les êtres et promise à la Vieillesse et à la Mort ne pourrait proposer comme divertissements matériels que le Mal qui rôde alentour, cherche sa proie et détruit l’innocence, tandis que les contes de fée et la religion –autre conte ?- serviraient à mettre en garde et à proposer des consolations spirituelles ?…

Cette dualité thématique s’incarne dans les paysages mêmes du film qui illustrent le propos du réalisateur : offrant, d’abord, leur beauté glacée dans l’hiver neigeux de la solitude, de la vieillesse et de la mort (c’est au cœur d’une neige hostile que la simultanéité du départ à la retraite et de l’assassinat de la fillette est rendue par un montage alterné des deux séquences), ils s’humanisent ensuite (nature accueillante du Nevada, à la belle saison, offrant ses montagnes, ses lacs et ses rivières ; ville chaleureuse de ses habitants et de ses fêtes) à mesure que Jerry Black rencontre, échange et partage avec les autres une vie aux joies simples, oubliant - croit-on - son enquête au profit de son bonheur personnel.

Le destin (Dieu ou le Hasard) que l’on évoquait à l’ouverture du film intervient une dernière fois pour fermer l’histoire : ces flammes qui dévorent le break et son conducteur évoquent-elles le brasier infernal de quelque châtiment qui rétablirait l’ordre juste des choses, en guise de réponse aux interrogations éplorées de la grand-mère (« Pourquoi Dieu est-il aussi vorace ? ») ? Il est en effet à noter que le film présente Dieu comme une sorte de Moloch, avide de proies (comme le confirme la vision fugitive de Chrissy ensanglantée immolée sur l’autel même de l’église), à la fois lointain et cruel, dont les desseins sont impénétrables aux hommes qui en sont les jouets.

De même, cette folie qui attend Jerry ne punit-elle pas le mécréant, pour qui, selon ses propres termes, la religion relève du conte de fée ? Il est vrai que si le destin, indifférent voire cruel, semble jouer aux dés avec les êtres humains, les représentants de la société –policiers et psychiatre- se montrent, de leur côté, sous un jour peu reluisant. C’est ainsi que les collègues de Jerry se fourvoient dans les chemins de traverse de l’erreur policière, manquent de l’humanité la plus élémentaire en refusant de prévenir les Hansen de la mort de leur fillette et doutent, à tort, de l’enquête de Jerry qu’ils finissent par déconsidérer. Pour sa part, la psychiatre, chez qui se rend Jerry pour qu’on l’aide à interpréter le dessin de Ginny, loin d’accéder à sa demande, ne sait que faire étalage d’une déformation professionnelle coupable en prétendant expliquer ses exigences d’enquêteur obsédé par la vérité par une inhibition sexuelle. L’injustice du destin relayée, en quelque sorte, par l’incompréhension aveugle de la société…

Au final, un beau film porté par une musique de Hans Zimmer et de Klaus Badelt qui égrène les notes mélancoliques d’un piano ou susurre la berceuse de voix humaines et privilégie comme thème récurrent une mélodie de violons si lancinante qu’elle illustre mezza-voce cette idée fixe qui finit par posséder Jerry. Un film bouleversant au rythme lent comme celui de la vie lorsqu’elle semble devenir immobile sous le poids du chagrin.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : The Pledge
  • Réalisation et production : Sean Penn
  • Scénario :Jerzy et Mary-Olson Kromo, d'après la nouvelle de Friedrich Dürrenmatt
  • Directeur de la photographie : Chris Menges
  • Musique originale: Klaus Badelt, Hans Zimmer
  • Production : Clyde is Hungry Films; Franchise Pictures; Morgan Creek Prod
  • Distribution : Warner Bros
  • Durée : 124 minutes
  • Film américain
  • Date de sortie : 9 janvier 2001

Voir aussiModifier


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Cette page utilise tout ou partie du contenu de Libre Savoir. L'original de l'article est sur la page The_Pledge. L'auteur principal en est PHILIBERT-CAILLAT Henri. Le texte de cette page tout comme celui-ci est disponible sous GNU Free Documentation License.

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