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Paul Meyer est un cinéaste wallon de nationalité belge. (Né à Limal en 1920 - décédé en septembre 2007. Meyer était connu pour son film « Déjà s'envole la fleur maigre », portrait de la vie des mineurs du Borinage.


Son père est nommé instituteur à Eupen dans les cantons germanophones. Il parle le français à la maison, l'allemand dans la rue. À l'Athénée de Verviers, il découvre la lutte des classes car l'établissement est proche de la Place Verte, point de convergence des cortèges de grévistes. Il entame en 1938 des études études à l'ENSAA (École Nationale Supérieure d'Architecture et des Arts décoratifs - La Cambre), travaille ensuite au Théâtre prolétarien. Il est à l'origine d'un théâtre pour enfants logé dans le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, à la Toneeljeugd (Jeunesses théâtrales flamandes). Il y montre Molière, Goldoni, Plaute... Son premier moyen métrage en 1955 s'intitule Klinkaart (La Briquetterie). Ce film met en scène une jeune ouvrière sur laquelle le patron exerce le premier jour d'embauche ce que l'on opeut appeler le "droit de cuissage". Il a déjà des ennuis avec la censure, notamment la future BRT (la NIR) qui refuse que le film soit présenté au Festival du film d'Anvers. Maria Rosseels, critique au journal catholique De Standaard, s'en indigne. Comme d'ailleurs la presse wallonne et francophone. En 1957 et 1958, il réalise encore Gedenboek voor Egmont (Stèle pour Egmont) et Onze lieve vrouw van Lombeek (Le retable de Notre-Dame de Lombeek).


L'aventure de Déjà s'envole la fleur maigre Modifier

Le Ministre belge de l'Instruction publique charge alors Paul Meyer de tourner un film (à intention de propagande), sur l'adaptation au pays des enfants des travailleurs immigrés. Le travail de repérage est rendu difficile dans le Borinage (choisi pour le film) en pleine grève. Meyer ne connaît pas encore le film Misère au Borinage d'Henri Storck, mais il engage le cameraman François Rents à qui l'on doit une partie des images du film de Stork et Joris Ivens. Il finit par convaincre des enfants d'immigrés de jouer dans le film dont l'intention entre temps a profondément changé. Le budget originel étant épuisé, il trouve sur place un bailleur de fonds inattendu, Émile Cavenaille, directeur de brasserie, communiste et autonomiste wallon passionné.


Le détournement originel Modifier

Il transforme alors la commande qui lui a été faite. Il fait jouer aux premiers concernés - les immigrés au Borinage - leur propre rôle. Il a sens de la direction des acteurs en ce qui concerne les enfants, la scène où ceux-ci dévalent les terrils sur des sortes de traineaux faits d'une planche en bois est célèbre. Son film devient un fil de long métrage de fiction. Et de film de propagande, il devient un film qui dénonce la manière dont les immigrés peuvent parfois être traités dans ces mines wallonnes où ne veulent plus descendre les autochtones. Déjà s'envole la fleur maigre est envoyé au festival de Porretta Terme en Italie où il remporte le Prix de la Critique. La presse internationale, flamande ou wallonne est élogieuse. Le film remporte également le Grand Prix d'Excellence au Festival National du Film Belge d'Anvers, ce qui lui vaut d'être mentionné dans l'Encyclopédie néerlandaise Winkler Prins (Amsterdam 1961). En 1963 il est sélectionné au Festival de Cannes pour la semaine internationale de la Critique et déjà louangé par les Cahiers du Cinéma. Mais dès 1960, Paul Meyer est harcelé par les huissiers. Paul-Henri Spaak empêche que le film soit vu au festival de Moscou et Paul Meyer sera accusé de détournement de fonds publics et condamné à les rembourser toute sa vie.


Poursuite d'une carrière difficile de cinéaste, réalisateur TV, homme de théâtre Modifier

Il le fait notamment en travaillant pour la télévision en Wallonie et à Bruxelles. Il tourne un moyen métrage de fiction Le nerf de la paix en 1961, un autre film sur la région du Scheldeland en 1964, met en scène une pièce de théâtre Je suis ton étranger pour le conseil consultatif des étrangers de Flémalle en 1969. Il revient au cinéma avec un court métrage pour la RTBF-Liège Le Temps en 1972. Après un bref passage comme professeur à l'IAD (Institut des arts de diffusion), il réalise Ça va les Parnajon ? en 1975, puis en 1977 L'herbe sous les pieds. Il travaillera avec Pierre Manuel, Henri Mordant... Rencontrant à nouveau la censure, le chômage, malgré le soutien de collègues comme précisément Henri Mordant.


Le jugement d'Henri Storck sur Déjà s'envole... Modifier

En 1989 Henri Storck juge ainsi Déjà s'envole la fleur maigre : "Avec ses grands airs insolites, le film de Meyer est un des plus « buñueliens » que je connaisse. Aussi vigoureusement que le style du maître espagnol, il est tout imprégné d'un sentiment tragique de la vie, auquel s'ajoute, chez Meyer, un désenchantement irrémédiable (...) Vous verrez dans son film comment on escamote l'anecdote, comment d'un personnage pittoresque et épisodique on accède au type, comment du particulier on passe au général, et du concret à l'abstrait. Comment on arrive à faire du cinéma sans littérature, sans théâtre, sans emprunter à aucun genre, comment on écrit dans une langue raffinée, purement visuelle et sonore, capable d'être goûtée par tous et dans tous les pays (...) Si elle est marquée par une profonde tristesse, une pitié frémissante, une amertume parfois mordante, son œuvre ne tourne ni au pamphlet ni à l'aigreur." (Déjà s'envole la fleur maigre par Henri Storck in Cinéma Wallonie Bruxelles, Du Documentaire social au film de fiction)


Et sur le Borinage Modifier

Storck écrit encore : "Pour révéler l'âme du Borinage, il a mis en page des paysages aux immenses panoramas d'une qualité de lumière extraordinaire. Meyer est notre moderne Patenier.

Paul Meyer fondateur du cinéma wallon Modifier

Cet homme est-il l'homme d'un seul film ? En tout cas, il est souvent considéré, et par les meilleurs critiques, comme le véritable initiateur du cinéma wallon. Il pose l'acte fondateur de l'Histoire du cinéma wallon. Et Patrick Leboutte est très élogieux à son égard : Le film de Paul Meyer, Déjà s’envole la fleur maigre, se trouve être le premier film wallon. Il y a dans le cinéma wallon, tel que je le définis, une filiation dont Meyer est le père (voir son interview).


Il figure parmi les signataires du Manifeste pour la culture wallonne de 1983.


L'accueil extraordinaire de la presse parisienne en 1994 Modifier

Déjà s'envole la fleur maigre sera présenté à Paris en 1994 où l'accueil de la presse est extraordinaire. Mais il survient 35 ans après la sortie du film ! Libération écrit : "Si le cinéma n'était pas capable de transformer un tas de déchets miniers en Olympe, on se demande à quoi il servirait (...). Le film de Paul Meyer prend sans coup férir une place de tout premier rang de l'histoire du cinéma européen de l'après-guerre. Pépite néoréaliste, préfiguration Nouvelle Vague, objet documentaire radical, météore des utopies néo-sociales et aventure expérimentale Déjà s'envole la fleur maigre est aux confluents de sprécipytes de son époque" (Olivier Séguret). Le Monde n'hésite pas à le placer aux côtés de Rossellini, Visconti (Pascal Mérigeau) et Télérama de Ken Loach.


Un nouveau commentaire des Cahiers du Cinéma Modifier

A la fin du film, le vieil ouvrier italien Domenico parcourt du regard le Borinage du haut d'un terril (monticule de déchets de charbon, élément caractéristique de spays miniers d'autrefois, ailleurs en Wallonie ou dans le Nord de la France par exemple), la caméra du haut de ce terril "découvre un monde en voie de disparition, signe de douleur, d'exploitation, de morts engloutis par la mine, mais aussi le monde où vivront les nouveaux arrivés. Déjà s'envole la fleur maigre est à l'image de ces paysages et de ces terrils, une idée rendue concrète, celle du temps, de la vie sans cesse renaissante. Sur cette terre dont on a arraché toute l'énergie possible, repoussent les herbes, les buissons, les arbres, la vivifiant à nouveau..."


Le poème qui donne son nom au film Modifier

Gia vola li fiore magre
Non sapro nulla della mia vita
oscuro monotono sangue.
Non sapro chi amavo,chi amo,
ora che qui stretto, ridotto alle mie
membra
nel guasto vento di marzo
enumero i mali dei giorni decifrati/Già vola li fiore magro
dai rami. E io attendo
la pazienza del suo volo irrevovcabile.
(Salvatore Quasimodo)


[Je ne saurai rien de ma vie
sang obscur et monotone.
Je ne saurai rien, qui j'aimais, qui j'aime
maintenant que replié, réduit à mes
membres,
dans le vent pourri de mars
j'énumère les maux des jours déchiffrés.
Des branches déjà s'envole la felur maigre
Et moi j'attends
la patience de son vol irrévocable.]


L'engagement de Paul Meyer Modifier

Paul Meyer va poursuivre alors une existence difficile, sous le poids de cette dette qu'il devra rembourser toute sa vie. Il signe le Manifeste pour la culture wallonne en 1983 et sa réplique de 2003. Originaire des cantons germanophones, par son talent et son courage, il est sans doute celui qui a porté le cinéma wallon sur les fonts baptismaux de la révolte et de la dénonciation.


Paul Meyer peut apparaître comme l'homme d'un seul film. Nous avons signalé déjà tous les autres. Il a actuellement comme projet de réaliser La mémoire aux alouettes où serait mis en scène Toni Santocono, fils d'immigré italien, vivant en Wallonie et qui a écrit un roman qui a rencontré un succès immense, Rue des Italiens ainsi que Nino Seviroli, bibliothécaire à Aragona, en Sicile, qui a travaillé comme professeur et animateur en Wallonie durant une quinzaine d'années avant de retourner dans son pays d'origine.


L'idée du film est que les investigations de Santocono vont le mener en Wallonie, à Bruxelles en Suisse et en Italie avec Seviroli. Sur le chemin de leur quête et de leur errance, ils vont rencontrer des témoins ou des rescapés du drame de Marcinelle connu sous le nom de catastrophe du Bois du Cazier qui fit 274 morts en 1956 dont une majorité de travailleurs italiens. Et qui demeure la plus importante catastophe minière de Wallonie, au crépuscule de cette activité extractive dans le sillon industriel. A travers ce projet, Paul Meyer, renoue ainsi avec son inspiration de toujours aux côtés d'un homme comme Santocono qui à lui seul symbolise dans la région du Centre et de La Louvière, un certain rapport de l'immigré à sa terre d'accueil (de bon ou de mauvais accueil), et au pays des origines.


Bibliographie Modifier

Cinéma Wallonie Bruxelles, du documentaire à la fiction, Èwaré - W’allons-nous ?, Liège, 1989, rassemble une série d’études autour du film et de Paul Meyer, principalement Thierry Michel, Roger Mounèje, Henri Storck, Jacques Cordier, Girolamo Santocono, Bert Hogenkamp, Anne Morelli...


Œuvres Modifier

  • Klinkaart (1955)
  • 1959. Wallonie (1 h 30). Réalisation, scénario et dialogues : Paul Meyer. Image : Freddy Rents, Jules Bechof, Philip Cape, Claude Gabriels. Montage : Rose Tuytschaver, Paul Meyer. Son : Roland de Saiency. Musique : Arsène Souffriau. Prod. : Paul Meyer. Distr. : Cinéma Public Films.

L'abbaye de la Cambre (CM), 1955

Klinkaart (CM), 1956


Puis quelques téléfilms et documentaires.

  • Le logement social (court-métrage), 1958
  • Stèle pour Egmont (court-métrage), 1958
  • Déjà s'envole la fleur maigre, 1960
  • Borinage 61 (court-métrage), 1961
  • Le nerf de la paix (MM), 1962
  • Ce pain quotidien (série TV), 1962-66
  • Le Temps (court-métrage), 1965
  • ça va, les parnajons ? (court-métrage), 1975
  • L'herbe sous les pieds (court-métrage), 1977
  • Zone rouge (film documentaire), 1989
  • Vandycke, dingue, dong (film documentaire), 1994


Voir aussi Modifier


Liens internet Modifier

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