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Les Sentiers de la gloire ( Paths of Glory) film américain de Stanley Kubrick, sorti en 1957

Analyse critiqueModifier

En 1917, en France, lors de la Première Guerre mondiale, c'est l'enlisement; des assauts réguliers sont organisés pour essayer de prendre le dessus sur l'ennemi. En faisant miroiter un avancement, le général de division français Broulard incite le général de brigade Mireau à lancer un de ses régiments à l'assaut d'une position allemande très solide, située au sommet d'une colline fortifiée et très bien armée : la Fourmilière, sans renforts ni préparatifs et avec peu de préparation d'artillerie.

Lors de l'assaut des forces françaises, le régiment du colonel Dax est repoussé par le feu ennemi, subit de lourdes pertes et doit se replier. Observant la scène et s'apercevant qu'une partie des hommes n'a pas quitté la tranchée, le général Mireau enrage et ordonne de tirer au canon sur ses propres troupes pour les forcer à attaquer. Son ordre, oral, est rejeté par l'officier d'artillerie.

Devant ce rejet, le général Mireau traduit le régiment en conseil de guerre (cour martiale) pour « lâcheté devant l'ennemi », souhaitant qu'une centaine des soldats soient fusillés. Le colonel Dax repousse cette initiative qu'il juge révoltante et barbare. Finalement, le général Broulard pousse au compromis : seuls trois hommes, un par compagnie, seront jugés.

Le colonel Dax, avocat dans le civil, demande alors l'autorisation au général Broulard de défendre les trois hommes qui seront désignés. Mais, malgré son talent et sa motivation, il ne parvient pas à faire fléchir les juges pour qui la sentence ne fait aucun doute : les soldats seront fusillés le lendemain.

En dernier recours, le colonel Dax décide de retrouver le général Broulard pour lui apporter les preuves que le général Mireau a ordonné à son artillerie de tirer sur ses propres troupes. Cela n'empêche pas l'exécution des trois soldats, mais le général Broulard ordonne une enquête sur les agissements du général Mireau et offre le commandement de la brigade au colonel Dax, croyant que celui-ci a agi par pure ambition. Écœuré par le cynisme de Broulard, Dax refuse de façon catégorique cet avancement et s'empresse de retourner auprès de ses hommes.

Ce film s'inspire de plusieurs faits réels. Pendant la Première Guerre mondiale, environ 2 500 soldats français ont été condamnés à mort par les conseils de guerre, dont un peu plus de 600 furent réellement fusillés « pour l'exemple » par l'armée pour des motifs divers (abandon de poste, mutilations volontaires, refus d'obéissance, etc.), les autres ayant vu leur peine commuée en travaux forcés.

Stanley Kubrick s'appuie entre autres sur l'affaire des caporaux de Souain où le général Réveilhac aurait fait tirer sur son propre régiment refusant de sortir des tranchées lors d'un assaut impossible, avant de faire exécuter quatre soldats en mars 1915, qui seront réhabilités en 1934.

La justice militaire était devenue une justice d'exception depuis des décrets d'août et septembre 1914 : le sursis, le recours en révision, les circonstances atténuantes et le droit de grâce étaient supprimés.

L'épisode du soldat sur une civière qu'on ranime pour le fusiller s'inspire lui d'un autre cas, celui véridique du sous-lieutenant Jean Julien Marius Chapelant exécuté le 11 octobre 1914 après une parodie de procès. Gravement blessé aux jambes depuis plusieurs jours, incapable de tenir debout, épuisé moralement et physiquement, le sous-lieutenant Chapelant avait alors été ficelé sur son brancard et celui-ci posé le long d'un arbre pour qu'on puisse le fusiller.

Le contraste des espaces, accolés par le montage en un effet saisissant, est l'un des éléments essentiels de l'opposition mise en scène par Kubrick. La première scène a lieu dans le QG français, s'ouvre par un plan large de son extérieur. C'est une sorte de château à la décoration magnifique. La discussion entre les généraux commence par des remarques sur cette atmosphère luxueuse. Des plans très larges nous montrent les deux généraux marchant côte à côte, au moment où la proposition de promotion a convaincu le général Mireau d'accepter l'offensive proposée par Broulard, alors qu'il la reconnaît fort périlleuse. À cet espace confortable succède la vision de la place des soldats dans les tranchées. Ici, il n'y a pas de recul, ni de lumière. La visite de Mireau, suivi par un travelling arrière pendant que les soldats le saluent tour à tour, contraste avec les immenses salles larges des officiers supérieurs.

Excepté le champ de bataille où l'on ne voit même pas le ciel tant les soldats doivent se courber pour avancer, le seul autre espace accordé aux soldats est la cellule où les trois accusés attendent le procès et la mort. En revanche, dans le tribunal, de larges contre-plongées les écrasent, à l'image de la charge du procureur et d'un président qui ignore toutes les procédures ordinaires de la justice (témoins, greffier...). D'ailleurs, Dax leur avait auparavant précisé que même le lieu jouerait contre eux, puisqu'ils auraient le soleil dans les yeux.

Les soldats sont toujours une masse anonyme. Même hors des tranchées, ils sont agglutinés. Ainsi, lors de la dernière scène, lorsque Dax sort de l'état-major, il les découvre écoutant une chanteuse allemande effarouchée : ils forment une foule grimaçante, hurlante, peu sympathique, qui remplit le pseudo-cabaret. L'espace qui leur est attribué montre exactement ce qu'ils sont pour leurs chefs : une masse, que l'on peut fractionner en pourcentages.

Le personnage du colonel Dax fait l'intermédiaire entre les mondes. Il l'est d'abord dans l'espace, puisqu'il est le seul à aller à la fois chez le général d'armée Broulard et dans les tranchées ; il l'est aussi de par sa position institutionnelle, commandant aux uns, il est commandé par l'autre. Il est avocat dans le civil et cela lui permet de défendre ses hommes ; il peut les « représenter » auprès des supérieurs, tenter de combler un fossé qui sinon serait infranchissable puisque les supérieurs ne semblent pas voir les inférieurs. Socialement aussi, il exerce une médiation : pendant le procès, les gradés utilisent des termes que les soldats, hommes peu instruits, ne comprennent pas, ce qui est d'ailleurs une manière de prouver encore leur supériorité. Dax, lui, connaît les deux mondes et peut corriger cet abus de pouvoir.

Le film de guerre n'est pas isolé dans l'œuvre de Kubrick. Fear and Desire (1953), son premier long métrage, était déjà un film de guerre; Barry Lyndon (1975) , Full Metal Jacket (1987) , Dr Folamour (1964) ou Spartacus (1960), ses films sont nombreux à mettre en scène des soldats.

C'est un film de guerre mais surtout un film contre l’armée. Il dénonce des rapports sociaux profondément viciés, et la résistance désespérée que leur offrira un individu, le colonel Dax. L’opposition, à la différence du film de guerre classique, ne passe donc pas entre deux camps mais entre les supérieurs et les soldats d’un même camp, les uns jouant leur promotion, les autres leur vie. Ce thème sera repris en 1970 par Francesco Rossi dans "Les Hommes contre"

A sa sortie,le film est apprécié aux États-Unis car, au premier degré, la cible explicite est l’armée française. Mais il est chahuté en Belgique, soumis à une forte pression française, interdit en Suisse. En France, les efforts diplomatiques aboutissent et il ne sera pas même soumis à la commission de censure. Les cinéphiles iront le voir en groupe en Belgique.

Le film sortira en France dix-huit ans plus tard, au milieu de l'été 1975.

DistributionModifier

  • Kirk Douglas  : le colonel Dax
  • George Macready  : le général Paul Mireau
  • Ralph Meeker  : le caporal Philippe Paris
  • Timothy Carey  : le soldat Maurice Férol
  • Joe Turkel  : le soldat Pierre Arnaud
  • Adolphe Menjou : le général Georges Broulard
  • Wayne Morris  : le lieutenant Roget
  • Peter Capell  : le président de la cour martiale

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : Paths of Glory
  • Réalisation : Stanley Kubrick
  • Scénario : Stanley Kubrick, Calder Willingham et Jim Thompson, d'après le roman de Humphrey Cobb paru en 1935
  • Production : Kirk Douglas, James B. Harris et Stanley Kubrick
  • Directeur de la photographie : Georg Krause
  • Musique : Gerald Fried
  • Durée : 88 minutes
  • Dates de sortie : 25 décembre 1957
  • France : 26 mars 1975 (après 18 ans d'interdiction)
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