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Les Poings dans les poches , film italien de Marco Bellocchio, sorti en 1965

Analyse critiqueModifier

Perdu entre l’admiration de son frère Augusto qui rêve de départ et l’amour coupable qu’il voue à sa sœur Giulia, Alessandro, sujet à des crises d’épilepsie et victime de débilité congénitale, tente de détruire l’oppression familiale. Sa première cible est sa mère, aveugle et despotique.

Le film s'ouvre sur une lettre anonyme que vient de recevoir Augusto, l'aîné, et dont on comprend qu'elle a été écrite par sa soeur, Giulia, en vue de briser le couple qu'il forme avec sa fiancée. Au fil d'une succession grinçante de scènes de la vie quotidienne, les relations familiales se dessinent dans une atmosphère de claustrophobie de plus en plus oppressante.

Le malaise qui finit par suinter de tous les pores de la demeure, l'âpreté avec laquelle le cinéaste dépeint cette cellule familiale sont renforcés par une science du faux raccord qui donne à la mise en scène, par ailleurs léchée et maîtrisée, un aspect rugueux, nerveux, quasi malade.

La dynamique du drame se met en place lorsque Alessandro, qui vient de rater son permis de conduire, se propose de remplacer l'aîné Augusto pour conduire la famille sur la tombe du père. Dans une lettre adressée à celui-ci, il formule le projet de supprimer tout le monde d'un coup en envoyant la voiture dans un ravin et ce afin de le libérer de la charge que fait peser sur lui cette famille.

Augusto, le plus "normal" de la famille, n'attend en effet qu'une chose, épouser sa fiancée, prendre un appartement en ville, et commencer une vie d'adulte. Mais les frais occasionnés par l'état de santé de sa mère, et de son frère Leone qui ne dit pas un mot, dans la logique du rôle de figurant que lui assignent les membres de la famille, l'en empêchent.

Le scandale tient moins au projet d'Alessandro qu'au flegme relatif de son aîné qui, découvrant la lettre une fois le convoi parti, s'accommode sans excès de panique à son contenu. La famille revient intacte du cimetière, mais Alessandro n'a pas renoncé à son projet, qu'il va simplement conduire sous d'autres modalités, déguisant les crimes en accident avec la complicité tacite de Giulia et d'Augusto. La famille, l'Église, la bourgeoisie, tous les piliers de la société italienne sur lesquels repose encore l'Italie des années 1960, sont dynamités avec une violence glaciale.

Il serait dommage de cantonner le film à cette lecture idéologique. Sa portée est plus grande, comme en témoigne le malaise que provoque encore sa vision. A travers la trajectoire d'Alessandro, en l'inscrivant comme Bellocchio l'a fait dans un contexte socio-historique spécifique, qu'il connaissait bien pour en être issu, Les Poings dans les poches saisit la complexité du conflit entre pulsion de mort et pulsion de vie au moment de l'adolescence.

Dans un noir et blanc magnifique, avec une musique somptueuse d'Ennio Morricone, le film fait le tableau d'une famille italienne rongée par des pulsions incestueuses, des tares congénitales, des non-dits étouffants, qui alimentent silencieusement, jusqu'à la faire exploser, la révolte délirante et froide du jeune Alessandro. Celui-ci est génialement interprété par Lou Castel, extraordinaire de bizarrerie souffreteuse, et dont c'était le premier grand rôle au cinéma. Inoubliable dans la scène de la veillée mortuaire, où il croise les jambes au bord du cercueil ouvert, il avouera plus tard avoir proposé à Bellocchio de s'allonger près de la morte, ce que le réalisateur n'osa pas tourner, par peur de la censure.

En parallèle avec les films de Jean-Luc Godard, en France, ce premier long-métrage de Bellocchio est considéré comme un film précurseur des mouvements sociaux de 1968. Il fait l'effet d'une bombe dans son pays, lors de sa sortie en 1965. Il marque le début d'une radicalisation politique du cinéma italien à laquelle allaient contribuer d'autres cinéastes comme Pier Paolo Pasolini ou Bernardo Bertolucci.

« Je dirais que votre cinéma appartient au cinéma de prose. En fait – naturellement je schématise - si nous voulions résumer en une formule ce qu’est ce film Les Poings dans les poches, on ne trouverait aucune des formules qui nous furent chères jusqu’ici. Pourrions-nous dire qu’il y a du néo-réalisme, que d’une certaine façon votre film est néo-réaliste ? Non. Vous êtes en dehors de ces formules. Le noyau de votre film est une sorte d’exaltation de l’anormal, de l’anormalité contre la norme de la vie bourgeoise, familiale. C’est une révolte rageuse de l’intérieur du monde bourgeois. Pour m’exprimer de façon plus vive, je pourrais dire que c’est le film d’un beat, d’un hippie. »
Pier Paolo Pasolini, I Pugni in tasca, un film di Marco Bellocchio, Éd. Garzanti, Milan, 1967

DistributionModifier

  • Lou Castel : Alessandro
  • Paola Pitagora : Giulia
  • Marino Masè : Augusto
  • Liliana Geraci : la mère
  • Pierluigi Troglio : Leone
  • Jenny MacNeil : Lucia
  • Irene Agnelli : Bruna

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : I pugni in tasca
  • Réalisation : Marco Bellocchio
  • Photographie : Alberto Marrama
  • Montage : Silvano Agosti
  • Musique : Ennio Morricone
  • Production : Enzo Doria
  • Société de production : Doria Cinematografica
  • Format : Noir et Blanc
  • Durée : 105 minutes
  • Date de sortie : 31 octobre 1965

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