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Les Blessures assassines est un film français de Jean-Pierre Denis, sorti en 2000 et qui reprend le thème de l'affaire Papin.

SynopsisModifier

Christine et Léa sont deux sœurs au passé déjà difficile. Mme Lancelin les prend à son service en tant que bonnes. Christine voit en Mme Lancelin une figure de mère idéale malgré sa sévérité. Mais la mauvaise influence de la mère des deux jeunes sœurs est très néfaste et la situation se dégrade. Les sœurs se renferment et finissent par commettre le pire en assassinant Mme Lancelin et sa fille après 6 ans de service.

CritiqueModifier

Il n’y a ni crime ni délit, quand l’auteur était atteint au moment des faits d’un état de démence. Voilà ce que disait l’article 64 de l’ancien code pénal. Le film Les blessures assassines milite clairement pour l’absence de crime du fait de l’histoire d’amour singulière des sœurs Papin. Il s’agit hélas d’un témoignage assez maladroit, car il travestit la réalité pour persuader, dans une hésitation permanente entre fiction et film biographique.

Les deux cadavres de Madame et Mademoiselle Lancelin, énucléés, frappés à coups de marteaux et de couteaux, et ciselés comme des lapins prêts à cuire. Voilà ce qu’a découvert la police, peu de temps avant que Christine l’aînée et Léa la cadette aient avoué avoir commis ce double crime sans préméditation, après une dispute entre Christine et Madame. Pour convaincre le public de l’influence de Christine sur Léa, Jean-Pierre Denis a écarté celle-ci du début du crime, alors qu’elle était présente tout au long des faits. Par ailleurs, le fait que les sœurs aient traité leurs victimes comme il était recommandé de le faire pour préparer des lapins ne peut être compris par les spectateurs, ce qui évacue un élément essentiel de la folie de ce crime : jusque dans cet acte, Christine et Léa restaient des cuisinières modèles.

Chez les Lancelin, les règles en vigueur posées dès l’embauche étaient authentiquement folles : Madame ne donnait d’ordre qu’à Christine qui transmettait telle une mère à Léa. Ce mode de communication n’apparaît pas dans le film alors qu’un fait du jour du crime ne pouvait que rappeler aux sœurs une grave transgression de celui-ci : le fameux soir, Léa avait laissé tomber des petits pains, alors que cinq ans plus tôt, un fait similaire avec un morceau de papier avait conduit Madame à la punir directement en la pinçant pour lui ordonner de ramasser. Les malades mentaux s’attachent plus à la phonétique qu’au contexte dans leur mode de compréhension du langage, ce que savait déjà la psychiatrie. Il est tout à fait possible que l’association de “ pains ” et “ papier ”, dont la phonétique fait penser à “ Papin ”, ait pu entraîner chez Christine une explosion hallucinatoire et pulsionnelle lui rappelant l’indignité qu’avait subie Léa. Cet épisode est complètement vidé de sa substance par le cinéaste, qui l’a réduit à une simple pinçure humiliante très insuffisante pour justifier un crime, y compris chez une ou deux malades mentales. Pour qu’il y ait crime, il faut une bonne raison, qu’elle soit folle ou non, sauf à considérer les criminels comme exclus du champ des humains.

Contrairement à ce que montre le film, les deux sœurs ne liaient jamais connaissance avec quiconque. Le seul lien qu’elles connaissaient était la cellule formée par deux femmes appariées. En effet, quand elles n’étaient pas placées en foyer par leur mère, elles avaient vécu avec une femme, ce qui n’est mis en évidence dans le film que pour Christine, qui évoque souvent Tante Isabelle, l’aspect symétrique des enfances des deux sœurs étant mis au rancard.

Deux événements consécutifs ont mis en évidence l’imminence du passage à l’acte. En 1929, Christine avait décidé pour les deux sœurs de leur rupture avec leur mère, suite à l’intervention généreuse de Madame pour qu’elles perçoivent l’intégralité de leurs gages. Les deux sœurs se mirent alors à l’appeler “ maman ” dans le secret de leurs confidences, ce qui ne pouvait que la mettre en danger le jour où leur vécu fusionnel se transformerait en vécu persécutoire. Ce fait apparaît très peu dans le film, et de toute façon sans que l’on comprenne l’origine de ce “ transfert ”. Deux ans plus tard, Christine, approuvée en silence par Léa, avait tenu au maire un discours incompréhensible, dans lequel elle accusait leurs patrons de les persécuter et de les séquestrer. Dans le film, ce fait est caricaturé à l’extrême, Christine allant jusqu’à employer elle-même le terme de “ persécution ”, comme si les malades mentaux décrivaient eux-mêmes leurs symptômes, un livre de psychiatrie sous leurs yeux.

Pour renforcer l’idée d’une folie à deux entretenue par l’emprise de l’aînée sur la cadette au sein d’un huis clos étouffant, Jean-Pierre Denis a cru bon de faire de Christine et Léa deux homosexuelles incestueuses. Il va de soi qu’il existe une forte connotation incestueuse et homosexuelle dans leur relation, dans la mesure où elles étaient incapables d’accepter une quelconque altérité, en particulier masculine. Cela dit, ces scènes de relations sexuelles sont autant inutiles qu’insultantes : comme si les spectateurs n’étaient pas assez intelligents pour comprendre qu’un lien est fusionnel par le simple récit.

Les sœurs Papin avaient besoin d’être réhabilitées, elles que le peuple avait traitées de bestiales et que les intellectuels avaient utilisées pour appuyer leurs thèses sur l’oppression des classes laborieuses. Une démarche de révision cinématographique du procès exige un bon assortiment de réalisme et de finesse, pour ne pas convaincre par la seule caricature. Cette mission, le cinéaste n’est pas arrivé à s’en acquitter : deux sœurs amoureuses l’une de l’autre, au sein d’une relation homosexuelle dont on ne perçoit pas les fondements, et qui mène au crime abject sans qu’on comprenne pourquoi, tel est ce que nous montre ce film.

L’affaire Papin a eu lieu au moment de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, ce qui a très bien pu participer à l’atmosphère de sidération de la pensée et d’excitation qui a gouverné son traitement judiciaire et social. Jean-Pierre Denis aurait peut-être pu se risquer à y faire allusion, il aurait fallu pour cela qu’il ne fasse pas un film-réalité dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne cesse de la travestir.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier

RécompensesModifier

NominationsModifier

(fr/en) Les Blessures assassines sur l’Internet Movie Database - Version plus complète en anglais

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