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Le Trésor de la Sierra Madre est un film en noir et blanc de John Huston dont l’action se déroule dans le Mexique des années 1920. Ce film est sorti en 1948

Synopsis Modifier

Deux aventuriers américains, Dobbs et Curtin partent à la recherche d’or en compagnie d’un vieux prospecteur nommé Howard . Malgré les ennuis qu’il pressent le vieillard accepte tout de même de partir.

Les trois compagnons finissent par découvrir un petit filon et c’est alors que la discorde s’installe entre eux. Avant même de reprendre le chemin du retour à la civilisation, la « fièvre de l’or » s’empare de Dobbs auquel a échu le tiers d’une petite fortune. Sa crainte paranoïaque d’être roulé lui fait perdre d’abord sa confiance en ses deux compagnons puis sa raison lorsqu’il tente de s’emparer de la totalité du trésor, dont ils se fait déposséder à son tour par les bandits auxquels le trio avait réussi à échapper précédemment . Les scènes finales qui montrent ce qui advient des trois compagnons, des bandits et de l’or sont d’une ironie inoubliable.

Critique Modifier

Le film s’inspire fidèlement du roman homonyme, (paru en allemand en 1927) de B. Traven, un écrivain énigmatique aux idées anarchistes. Aucun écrivain du XXe siècle ne fut autant auréolé de mystère et d’obscurité. Une des rumeurs les plus incongrues concernant son identité est qu’il était le fils illégitime du dernier empereur allemand, Guillaume II. Son identité véritable ne fut pas établie avant 1920.

Dans les années 1920 la violence de la Révolution mexicaine s’était généralement apaisée, mais des bandits en groupes dispersés continuaient à terroriser le pays. Pour les éliminer, le nouveau gouvernement post-révolutionnaire envoyait patrouiller dans les zones reculées une police fédérale efficace mais brutale connue sous le nom de Federales. Les étrangers américains, tels que les "prospecteurs" dans cette histoire, couraient un réel danger d’être assassinés par les bandits s’ils croisaient leur chemin.

De même les bandits n’avaient guère droit qu’à une "dernière cigarette" s’ils venaient à être capturés par les unités de l’Armée, et devaient même creuser leur propre tombe avant d’être exécutés. C’est dans ce contexte que les trois “gringos” s’en vont chercher fortune. De façon surprenante, le vieux prospecteur s’avère extrêmement endurant, et surtout il sait comment trouver de l’or dans la très inaccessible Sierra Madre.

Le Trésor de la Sierra Madre fut l’un des premiers films hollywoodiens à être tourné presque entièrement hors des États-Unis, certaines scènes de nuit ont toutefois été tournées en studio.

Huston s’est toujours présenté comme le cinéaste de l’aventure, celui qui en a analysé les fondements et aboutissants avec la plus profonde introspection. De sa filmographie, l’un des plus grands chefs d’œuvres du genre est Le Trésor de la Sierra Madre.

En dehors de son amour pour l’Aventure, Huston se distingue également en tant que formidable adaptateur de romans. De Dashiel Hammett à James Joyce, en passant par Carson McCullers, Huston a pris un plaisir vital à créer une collusion entre la littérature et le septième art. Lorsqu’en 1947, la Warner lui propose de réaliser l’adaptation de l’ouvrage culte de l’écrivain allemand Traven, Huston accepte immédiatement. Ce roman, intitulé Le trésor de la Sierra Madre, est lui-même inspiré d’un poème germanique du 18ème siècle et raconte l’histoire de trois Américains à la recherche d’un trésor, trois hommes dont les destinées sont bouleversées par cette quête de l’idéal, trois visions de l’aventure à travers trois personnalités.

Fred C.Dobbs est le personnage central du film. Interprété par Bogart, il est celui dont la caractérisation est la plus complexe. Tiraillé par une soif maladive de l’or, il part à l’aventure dans le seul but de s’enrichir. Il est cet aventurier sans grand projet, celui pour lequel l’argent est une fin. Au fond Dobbs est un personnage en fuite : rejeté par une ville qui ne l’accepte pas, il n’a d’autre choix que de partir dans la Sierra Madre. Son périple prend source dans les rues de la cité de Tampico. Il y traîne ses semelles en quête d’une aumône et, tel un sans abri, ne suscite pas le moindre intérêt de la part des citadins. Lorsqu’on lui propose un emploi, le patron ne le paye pas, lorsqu’il fait la manche on ne lui accorde pas le moindre regard. A quoi bon rester dans cet environnement hostile ?

Le hasard vient alors chambouler son destin : après avoir acheté un ticket de loterie il gagne quelques dollars qui vont lui permettre de monter une expédition pour trouver un filon d’or, ce trésor libérateur qui l’obsède tant. Les trois hommes partent et l’aventure peut alors démarrer.

Mais la Sierra Madre est un décor âpre, la vie en est quasiment absente : en dehors de sordides lézards et de bandits sans foi ni loi, rien ne résiste à cet environnement. Le moral des hommes est mis à rude épreuve. Dobbs réalise que sa fuite en avant n’est pas synonyme de libération et perd peu à peu patience. Finalement c’est grâce à l’expérience et l’abnégation du vieil Howard que le filon aurifère est enfin découvert. L’extraction du métal précieux peut commencer et, tandis que chacun s’acharne à la tâche, les tensions apparaissent au sein du groupe. Le responsable de cette atmosphère n’est autre que Dobbs : pour lui, il n’est nullement question de faire confiance à ses partenaires. Il va donc falloir partager l’or et cacher sa part. Dès lors, la moindre parole déplacée entretient la paranoïa de Dobbs et exacerbe la méfiance de chacun. Au fond, Dobbs semble avoir atteint l’objectif de son aventure : le trésor est trouvé. Il doit alors faire face à la question de son existence : que va t’il faire de cet or ? Confronté à sa stupidité mercantile, il ne sait pas faire le moindre projet et entre inexorablement dans une spirale autodestructrice.

Devant ce vide, il décide de s’enrichir d’avantage quitte à écraser les autres. Ici, il est question de conscience : Dobbs voit la sienne s’évanouir et le mener à la violence la plus extrême. Dans un délire paranoïaque, il s’engage dans des monologues préfigurants sa folie jusqu’à cette phrase absolument symptomatique : "Si on croit avoir une conscience, elle gâche la vie. Mais si on croit ne pas en avoir, quel problème y a-t-il ?".

Huston résume ainsi le personnage de Dobbs : il est l’aventurier dénué de morale, celui qui ne vit que dans l’obsession futile du gain. L’aventure selon Dobbs est une chute vertigineuse vers les profondeurs de l’absurdité humaine. Le final de Dobbs est mis en scène dans une ville en ruines symbolisant sa propre existence. La boucle est bouclée : Dobbs est de retour en ville, son trésor est perdu, ses espoirs anéantis et sa vie détruite. Le message de Huston est clair : l’aventure selon cette voie est dénuée d’espoir.

Lorsque Howard apparaît à l’écran il n’est qu’un vieil homme sur le déclin. Il ressasse ses souvenirs de prospections mais personne ne semble lui porter la moindre attention. Le seul qui l’écoute est Dobbs : assoiffé d’or, le pauvre diable est prêt à avaler n’importe quelle histoire du moment qu’elle le mène à la richesse. Tout comme Dobbs, Howard est un exclu de la cité. Il vit à travers son passé d’aventurier et lorsqu’on lui propose l’expédition, il n’hésite pas une seconde. Il veut saisir cette dernière chance. Et si Dobbs pensait devoir attendre le vieil Howard pendant leur marche, il réalise rapidement que ce dernier est bien plus à son aise dans les montagnes désertiques de la Sierra Madre que ses deux camarades. A la recherche du filon d’or, Howard reprend goût à la vie. Il court dans les rochers, rit de chaque événements et fait preuve d’un grand professionnalisme.

L’aventure selon Howard est synonyme de vitalité, il s’en nourrit, y puise une énergie dynamisante. Avec ce personnage, Huston montre que l’homme n’existe qu’en relation avec l’adversité et peu importe la chute, l’important est de s’y confronter et d’aller de l’avant. A la différence de Dobbs, Howard ne subit pas l’expédition, le plaisir n’est pas de rentrer et d’échanger son or contre des dollars ; il jouit d’être là, tout simplement. Lorsqu’il rencontre les Indiens et sauve un des enfants de la tribu, il devient un roi pour les indigènes. Au sein de ce village indien, Howard est nourri, les femmes le regardent avec envie et il peut se laisser aller à tous les plaisirs de la vie. Au final, l’or est perdu, mais Howard a trouvé un lieu où finir sa vie. Un paradis avant l’heure où tout l’or du monde ne vaut pas la vie d’un enfant ou le sourire d’une femme. Avec Howard on retrouve l’essence même de la thématique de John Huston pour lequel l’aventure n’est positive que dans sa construction et l’objectif (trouver un filon d’or, un faucon maltais ou une baleine géante) n’est qu’un prétexte. Howard est un aventurier épicurien et certainement le plus Hustonien des trois personnages.

Initialement le rôle du jeune Curtin était destiné à Ronald Reagan, le futur ex-président des États-Unis. Mais après avoir vu la performance de Tim Holt dans La splendeur des Amberson (Orson Welles, 1942), Huston lui propose d’interpréter le troisième aventurier de la Sierra Madre.

Curtin est un jeune homme assez candide. Sa vision du monde est idéaliste. Il n’a ni l’expérience du vieil Howard, ni même celle de Dobbs. C’est un être en devenir qui puise dans l’expérience et l’énergie de ses compagnons pour se construire. S’il part dans la Sierra c’est évidemment pour trouver de l’or, mais l’aventure ne s’arrête pas là. Les dollars accumulés dans la mine d’or lui serviront à construire son futur. Ses projets sont multiples : il veut un ranch, une femme et une famille. Des trois héros, il est sans doute le plus moderne et le moins romanesque. Il reflète la réalité d’une génération en devenir, celle qui construira l’Amérique après-guerre. Pour Curtin, les objectifs doivent être envisagés à long terme et le trésor qu’il espère accumuler dans la Sierra Madre n’est qu’un moyen d’y parvenir. D’abord proche de Dobbs, il réalise à ses dépends qu’il a eu tort de lui faire confiance et se rapproche d’Howard auprès duquel il puise une certaine sagesse.

Au final, Curtin n’a peut-être pas amassé d’or, mais il a enfin réalisé que sa jeunesse est une force qu’il va pouvoir utiliser à bon escient. Dans le fantastique éclat de rire qu’il partage avec Howard avant le clap de fin, il affiche une confiance qu’il n’avait pas au départ. A l’inverse de Dobbs, Curtin a pris "conscience" de ses capacités et décide de partir à la recherche d’un autre trésor : après la mort de Cody (l’intrus qui vient tenter de faire un chantage auprès de nos trois héros), il réalise que cet homme avait une épouse et un avenir. Il décide de partir à la rencontre de cette femme auprès de laquelle il espère construire "son" avenir. Ses prétentions ne reposent sur rien de concret, mais l’énergie qu’il semble avoir acquis le portera sûrement dans cette nouvelle grande aventure…

Finalement, les trois compagnons de la Sierra Madre offrent chacun une approche de l’aventure bien différente. Pour Dobbs c’est une fuite en avant, pour Howard une raison de vivre et pour Curtin un moyen d’arriver à ses fins. En décrivant le destin de ces personnages, John Huston démontre ici qu’il n’est pas le cinéaste de l’échec comme certains critiques réducteurs le laissent trop simplement entendre. Il est d’avantage le cinéaste de l’aventure avec un grand A, celui pour lequel l’objectif n’est pas l’objet de la quête mais l’expérience qui y mène. Le trésor de la Sierra Madre se présente comme un film pivot dans la filmographie de John Huston. A la fois analyse de la notion d’aventure et spectacle de tous les instants, un film total, porté par trois comédiens au firmament de leur art, un chef d’œuvre tout simplement.

RécompensesModifier

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

Lien externeModifier


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