FANDOM


La Nuit du chasseur (The night of the hunter) est un film américain réalisé par Charles Laughton en 1955.

Synopsis Modifier

Lors d'un court séjour en prison, le pasteur Harry Powell a comme compagnon de cellule Ben Harper, un homme désespéré qui, pour sauver sa famille, a commis un hold-up et assassiné deux hommes. Powell cherche à faire dire à Harper où se trouvent les 10 000 dollars dérobés, mais celui-ci ne cède pas. Le prêcheur fanatique se rend chez la veuve de Harper qui a été pendu. Willa Harper ne tarde pas à épouser l'homme d'église, ne voulant pas voir que ce dernier ne veut qu'une chose : faire avouer à ses enfants, John et Pearl, l'emplacement du magot.

Critique Modifier

Le scénario du film est basé sur un roman du même titre de l'écrivain et scénariste américain Davis Grubb, publié en 1953.

C'est l'unique film réalisé, aux États-Unis, par l'acteur britannique Charles Laughton, monstre sacré de l'écran. À partir d'une situation construite sur les dichotomies (le bien-le mal, les adultes-les enfants, le jour-la nuit, le studio-l'extérieur, etc.), Laughton a réalisé une œuvre à part, complexe, inclassable, unique, empruntant aussi bien au western qu'au film noir ou au conte cauchemardesque pour enfant, dont le fantastique n'est jamais loin. L'échec commercial du film empêcha Laughton de réaliser d'autres films.

Si ce film est un chef d'œuvre incontesté du cinéma, régulièrement classé dans les premiers films préférés des critiques, La Nuit du chasseur est avant tout un bijou à part. Son noir et blanc scintillant, sa musique douce et terrifiante, ses interprètes au sommet de leur art en font une œuvre poétique et plus encore, lyrique.
S'il est des films dont on dit qu'il se dégage "quelque chose", celui de Laughton ne nous laisse pas indemne. Facile, il utilise des enfants pour victime d'un ex-prisonnier ! Si seulement... Les enfants — et surtout le petit garçon, terriblement convaincant — sont autre chose que des victimes, ils ont une force de caractère comme on la leur connaît, la peur les rend d'autant plus dégourdis qu'ils ont l'habitude de l'être et l'attendrissement qu'ils provoquent est plus grand encore quand le diabolique Powell devient frénétiquement incontrôlable.

La scène dans la maison, après la disparition de la mère, est d'une tension, d'une folie et d'une terreur indescriptibles.
Mais quand les enfants s'endorment dans leur barque se laissant porter par la rivière, la grandeur du cinéaste et la beauté magique de ce conte explose radicalement aux yeux. D'autant que la deuxième partie du film est remarquable, notamment par la confrontation entre Lillian Gish en bergère protectrice face au loup Robert Mitchum.
L'affrontement entre Rachel Cooper et Harry Powell est aussi celui de deux spiritualités/religiosités toutes personnelles, opposition qui est symbolisée dans la scène où chacun interprète sa propre version de la chanson Leaning on the everlasting arm, dont le révérend Powell oublie des mots.

Ce film ne se veut en aucun cas un récit réaliste. Il s'agit d'un conte, d'un rêve, ou plutôt d'un cauchemar dont le génie malfaisant emprunte les traits de Robert Mitchum, et dont la bonne fée n'est autre que la très grande Lilian Gish. Entre eux, deux enfants. Le conte est pour eux. Et pour les spectateurs ébahis de tant de beauté et de terreur, qui resteront à jamais ces enfants dérivant au fil de la rivière dans un décor artificiel d'une poésie à couper le souffle. Car ce conte est aussi un magnifique poème graphique. Le déroulement est d'une efficacité redoutable : on entre dans l'histoire de plain-pied, et il n'y aura jamais le moindre temps mort.

L'irruption de Powell suscite la terreur des uns, la fascination des autres : on le découvre ainsi, parfaitement à l'aise, à peine arrivé, en train de bavarder paisiblement au drugstore du village. La comédie entre alors en jeu dans le film : les propriétaires du drugstore, lui, le vieux naïf, et elle, la vieille bigote au roucoulements et gloussements de dindon, prête à croire chaque mot qui tombe de la bouche du prédicateur. Ces deux-là forment un duo remarquable, jamais épais, mais d'une drôlerie satirique jamais méchante.

Une petite démonstration effectuée à l'aide de ses mains tatouées, et Powell tient la ville entière. Ah ! le sermon des mains ! La droite est tatouée "love", la gauche "hate", et c'est une jubilatoire délectation que de voir l'imposteur commenter leur combat comme un match de boxe devant son public crédule. Le film est parsemé de ces trouvailles, des glapissements ou hurlements de Robert Mitchum aux personnages cocasses ou attachants tels que la vieille dame interprétée par Lilian Gish, l'une des Deux Orphelines de Griffith. Et l'on suit la cavale des enfants, avec en refrain le cantique chanté par l'inquiétant pasteur.

Star du muet, notamment dans les films de D. W. Griffith, Lillian Gish (1893-1993) trouve ici un de ses rôles parlants les plus marquants. Elle est époustouflante dans la peau de cette vieille nourrice de caractère ne vivant qu'entourée des enfants et adolescents qu'elle a recueillis.

Le noir et blanc de Stanley Cortez (photographe, entre autre de "La Splendeur des Amberson" d'Orson Welles), ses contrastes lumière/ombre, ses compositions expressionnistes, ses hommages évidents au cinéma de Griffith, reste l'une des marques les plus notables du film.

Le conte de fées semble prendre le pas sur les autres genres représentés dans ce film. Robert Mitchum, fou sanguinaire et hilarant, joue juste, alterne entre le culot de l'imposteur et la férocité du grand méchant loup. Il y a un envoûtement caché dans ce film, et des images qui marque pour la vie. Shelley Winters sous l'eau, les mains tatouées de Robert Mitchum, le visage de Lilian Gish, les crapauds qui regardent passer la barque des enfants, ou encore le pasteur, véritable fou chantant, poussant son cantique au clair de lune sur un cheval volé, à la poursuite tranquille des gardiens de son trésor. La poésie de ce film lui confère son caractère intemporel, et le rend magique.

Le téléscopage de cette poésie visuelle (en fait le regard des deux enfants sur l'histoire) avec la force tranquille, brutale et charnelle de Mitchum, est une autre clé pour comprendre cette impression de fascination et de malaise qui nous envahit pendant cette heure et demie de frissons. Car la peur préside à la vision de "La Nuit du Chasseur".

DistributionModifier


Fiche techniqueModifier


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB


Cette page utilise tout ou partie du contenu de Wikipédia francophone. L'original de l'article est à La_Nuit_du_chasseur. La liste des auteurs se trouve dans historique. Le texte de cette page tout comme celui-ci est disponible sous Creative Commons Attribution-Share Alike License 3.0 .

Interférence d'un bloqueur de publicité détectée !


Wikia est un site gratuit qui compte sur les revenus de la publicité. L'expérience des lecteurs utilisant des bloqueurs de publicité est différente

Wikia n'est pas accessible si vous avez fait d'autres modifications. Supprimez les règles personnalisées de votre bloqueur de publicité, et la page se chargera comme prévu.

Sur le réseau FANDOM

Wiki au hasard