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La Guerre sans nom est un film documentaire français réalisé par Bertrand Tavernier, sorti en 1992.

SynopsisModifier

Le film s'ouvre sur le départ en train des rappelés le 18 mai 1956, pour aboutir en fin de parcours sur les images actuelles d'un hôpital psychiatrique où sont internés des ex-combattants d'une guerre encore maintenant qualifiée de "remise en ordre" par les autorités successives. Entre ces deux pôles, le fil des histoires individuelles se déroule peu à peu pour recouvrir le silence de tant d'années d'oubli. Les entretiens sont longs et les détails surgissent avec une étonnante précision, souvenirs restés intacts et rarement révélés jusqu'à ce jour.

Note d'intentionModifier

La société productrice Little Bear communique:
Trente ans après les accord d'Evian, il s'agit de plonger dans un des sujets tabous de notre histoire, souvent occulté : la guerre d'Algérie.

Loin de nous ériger en conscience pure ou en tribunal qui distribuerait avec la facilité que donne le recul du temps, les bons et mauvais points, nous souhaitons écouter ceux qui n'ont jamais parlé, les appelés de la guerre d'Algérie. L'histoire se raconte toujours par en haut, à la manière d'une épopée où se distinguent les grands hommes, les généraux à épaulettes, les héros. Comme ironisait Brecht en parlant de la conquête de la Gaule de Jules césar, n'avait-il pas au moins un cuisinier avec lui Nous voulons donc faire revivre la guerre d'Algérie par ceux qui l'ont faite, les soldats du contingent, ces 2,7 millions de jeunes Français qui ont franchi la Méditerranée entre 1954 et 1962. Nous avons choisi la région de Grenoble afin de donner une unité aux témoignages recueillis.

La manifestation qui s'est déroulée dans cette ville en mai 1956, contre le départ des rappelés, nous fournissait un point de départ. Là se croisaient les destinés d'un certain nombre de nos témoins qui, dans les mois et les années suivantes, ont servi en Algérie. nous avons été frappés par la densité et la force des témoignages recueillis. Comme si les mémoires avaient été congelées et s'ouvraient enfin au questionnement, avec la certitude que le temps était venu de chasser l'amnésie collective.

Plus de quarante témoins ont été interrogés ; certains étaient présents le 1er novembre 1954, d'autres, en juillet 1962, ont vu l'ALN victorieuse entrer dans Alger. Les uns ont servi dans les paras, les commandos ou les chasseurs, d'autres dans le Génie sur les barrages électrifiés. Quelques-uns étaient isolés sur des pitons, d'autres sans cesse en opération. Beaucoup ont connu les horreurs de la guerre, d'autres n'ont aperçu les maquisards du FLN que de loin. Quelques-uns ont tout fait, certains n'ont rien vu. Les uns ont pris goût à la guerre, elle les a révélés à eux-mêmes, d'autres l'ont difficilement supportée. Des gaullistes, des chrétiens, des communistes, des sans-parti, ouvriers, paysans, instituteurs, des "bouffeurs de fell's" et des consciences "torturées", toutes les opinions se confrontent, s'affrontent ou se confortent. Les témoins abordent tous les thèmes : la vie quotidienne, la bouffe, la peur, la solitude, les opérations, les interrogatoires, les exactions du FLN et la torture, l'abandon des harkis, les prisonniers et les blessures, le putsch de l'OAS. Ainsi peu à peu, ces voix multiples se complètent et composent l'immense puzzle des appelés.

Tel est le matériel de base original, exceptionnel - une cinquantaine d'heures - à partir duquel nous avons construit le film. Une longue durée. Nous avons eu souvent l'impression, alors que nous tournions, de procéder à une sorte de psychanalyse sauvage. En se racontant, les témoins cherchaient au fond d'eux-mêmes une vérité longtemps enfouie.

Combien de fois nous ont-ils avoué parler de ces événements pour la première fois ? Même à leurs enfants, beaucoup d'entre eux ne s'étaient jamais confiés. C'est dire que cette introspection devant la caméra fut douloureuse, lente, souvent hachée de silence et de larmes.

La forme du film respecte ce cheminement.

Nous avons voulu retracer les itinéraires d'individus de vingt ans lâchés dans la guerre. Afin que ces trajectoires singulières touchent à l'imaginaire collectif, à l'universel, nous les avons regardées à l'intérieur.

Enfin, nous avons voulu des vies dans la guerre, pas des discours sur la guerre.

Pour toutes ces raisons, le film ne peut avoir une durée conventionnelle.

CritiqueModifier

La Guerre sans nom" nous apprend peu de chose sur l'Algérie, et presque rien sur les événements qui s'y sont déroulés entre 1954 et 1962. "La Guerre sans nom", c'est surtout un "tête à tête" de quatre heures avec une trentaine d'appelés et de rappelés originaires de la région de Grenoble. Là où ont eu lieu, en 1956, les manifestations les plus importantes contre l'envoi de rappelés en Algérie. Aucun document d'archives, pas de discours "officiel", mais leurs propres photographies prises il y a trente ans. Ouvriers, paysans, cadres, qu'ils soient communistes, apolitiques ou pour une Algérie française, leur histoire s'est croisée dans l'ennui de l'attente ou dans la violence de la guerre. C'est ce vécu, enfoui dans la mémoire depuis trente ans, qu'ils racontent pour la première fois face à la caméra.

Contrairement à Max Ophüls du "Chagrin et la pitié", Patrick Rotman et Bertrand Tavernier ne provoquent pas au montage la confrontation des divers récits, la parole prend ici le temps de s'installer, seulement entrecoupée de longs travellings de la région grenobloise ou des Aurès algériens. Paysages montagneux, chemins semés d'embûches, "fellaghas" invisibles et redoutés sont les images d'angoisses qui reviennent le plus souvent. La torture, aucun intervenant ne l'a pratiquée, mais la plupart connaissaient son existence.

Les gorges se nouent par moment, et laissent apparaître la peur, une peur qui ne les a pas quittés depuis ces années-là. Beaucoup ont la certitude que cette guerre a gâché leur vie. Certains mettent en cause l'irresponsabilité des politiques. Cette brèche pratiquée dans ce mur du silence de trente ans a permis de comprendre que personne n'est sorti indemne de cette guerre coloniale, même pas les enfants de ces hommes qui découvrent seulement maintenant la tragédie vécue par leurs aînés.

Fiche techniqueModifier

  • Réalisateur : Bertrand Tavernier
  • Scénario Patrick Rotman , Bertrand Tavernier
  • Société de production : Le Studio Canal + , GMT Productions , Little Bear
  • Producteur délégué Jean-Pierre Guérin
  • Directeur de la photographie  : Alain Choquart
  • Ingénieur du son : Michel Desrois
  • Montage : Luce Grunenwaldt
  • Durée : 215 minutes
  • Date de sortie : 19 février 1992


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