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La Fille coupée en deux est un film français réalisé par Claude Chabrol, sorti en 2007.

SynopsisModifier

Une blonde employée dans une chaîne de télévision locale drague un romancier à succès cultivant l’aphorisme mais qui ne peut se résoudre à quitter son épouse, puis ensuite un fils de famille un peu niais et imbu de lui-même.

CritiqueModifier

Chabrol trouve une nouvelle jeunesse grâce à son héroïne, présentatrice télé à la fois innocente et fatale.

Il y a dans ce film une sorte de mystique de la Jeune Femme, qui a peut-être commencé avec La Demoiselle d’honneur, il y a trois ans, mais qui s’accomplit pleinement dans ce film-ci. La Jeune Femme est aujourd’hui la seule figure qui transcende le petit peuple de chabrol, où tout le monde est plus ou moins cynique, grotesque ou cruel. Alors que la Jeune Femme, elle, demeure une inconnue. Elle ouvre un nouveau territoire, peut-être un nouvel horizon, au grand ironiste du cinéma français, que l’on pouvait croire revenu de tout, dupe de rien.

La Jeune Femme s’appelle Gabrielle Deneige, nom idéal pour présenter la météo (son job), mais aussi pour évoquer ce qui ne saute pas aux yeux : une forme de pureté dont elle ne se départira pas. Gabrielle, la jolie femme-enfant, attise toutes les convoitises dans le Lyon des gens en vue – monde qu’elle est en train de conquérir. Sur la chaine de télé du câble où elle officie, les propositions affluent, pas seulement professionnelles. Elle se laisse aussi draguer par l’héritier oisif d’une immense fortune. Et elle tombe dans les bras du grand écrivain local, qui a au moins l’âge d’être son père.

Autour de Gabrielle grouille donc la faune chabrolienne dans toute sa splendeur, incarnée par des acteurs qui, pour les principaux, en connaissent déjà l’éthologie. Benoît Magimel est l’héritier à mèche dans l’œil, pseudo-dandy un rien dérangé qui joue les princes, mais comme un pied. François Berléand, le don Juan au prix Goncourt, confit dans l’autosatisfaction et le dévouement des femmes qui l’entourent. Mathilda May figure une impayable attachée de presse ultra-sexuée, hyper-libidineuse – la comédienne effectue là un retour remarquable. Enfin Caroline Sihol, nouvelle venue au club, est assez grandiose en mère de Magimel, alliage glaçant de conservatisme enfariné et d’instinct carnassier. Les citer ainsi à la suite n’est pas qu’une convention, tant ils comptent dans le plaisir procuré par La Fille coupée en deux.

Le fait divers de référence (un drame de la jalousie) peut bien dater de la fin du XIXe siècle, il a déjà inspiré le film de Richard Fleischer, La Fille sur la balançoire (1955). Avec un sens confondant de l’époque, Chabrol (en compagnie de la coscénariste Cécile Maistre) le rapporte à une problématique éminemment contemporaine que l’on pourrait libeller ainsi : vie privée, vie publique. Au moment pile où tel homme politique de premier plan est, dit-on, gêné dans son accès à un poste international par sa réputation d’érotomane, Chabrol nous propose une affaire où la composante sexuelle est un argument juridique de première importance, l’enjeu d’une guerre d’argent et des nerfs.

« Partouzes ou non ? » sera ainsi la grande question des notables et du tribunal : tout est dit de la schizophrénie actuelle entre puritanisme et obsession du sexe. Au-delà de cette tragi-comédie hyperréaliste, c’est bien la trajectoire de Gabrielle, fausse ambitieuse, vraie amoureuse, qui passionne le cinéaste et emmène le film ailleurs. Mystérieuse par sa transparence même, elle n’a rien à cacher. Et pourtant elle n’est pas du tout ce qu’elle semblait être, une petite allumeuse arriviste. Gabrielle résiste quand les autres n’ont de cesse de la faire chuter de leur côté – qui dans la cupidité, qui dans le compromis ou le désabusement.

Deux fois Chabrol évoque Woody Allen. D’abord au détour d’une blague d’Edouard Baer (dans son propre rôle) sur le cinéaste new-yorkais. Ensuite lorsque Gabrielle assiste sur scène un vieux magicien, exactement comme Scarlett Johan­sson avec Woody dans le récent Scoop. Chez l’Américain comme chez le Français, c’est un ange blond qui recharge en idéalisme un univers archicaustique. Claude Chabrol et Woody Allen avaient en commun la vaillance, un effet de signature immédiat et une même capacité à rester dans le présent. Aujourd’hui, ils ont aussi en commun de croire, comme d’autres en l’avenir, au sourire salvateur des jeunes femmes.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier


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