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La Belle Endormie , film italien de Marco Bellocchio, sorti en 2012

Analyse critiqueModifier

Au début du mois de février 2009, l'Italie se divise sur le cas d'Eluana Englaro, plongée dans le coma depuis dix-sept ans et dont l'assistance médicale a été stoppée depuis quelques heures. Sa famille mène un combat en faveur de son euthanasie contre les autorités judiciaires, religieuses et politiques. Bellochio joint à ce cas trois autres exemples, tous différents, de Belles Endormies

Mardi 3 févier 2009. Udine. Dans une église, une belle endormie se réveille et tente de voler l'argent du tronc. Elle erre ensuite devant l'hôpital "la Quiete" (La tranquillité) et tente de voler le docteur Pallido, un médecin. Celui-ci, comme tous ses collègues, est perturbé : Eluana Englaro, une jeune femme plongée dans le coma depuis 17 ans vient d'arriver pour que, conformément à la demande de sa famille, le personnel de santé suspende son alimentation.

Le tribunal administratif de Milan avait en effet annulé fin janvier une décision du procureur de cette même ville, annulant, elle, une décision de la cour de cassation de 2007. Celle-ci, se basant sur la constitution, avait autorisé l'arrêt des soins souhaités par Beppino Englaro, le père d'Eluana. Le "dernier voyage" d'Eluana vers Udine suscite la révolte des mouvements pro-vie. C'est ce que constate Uliano Beffardi, nouveau sénateur du parti populaire de Berlusconi qui, rentré chez lui, allume la télévision.

Le 7 févier, Uliano Beffardi se terre chez lui. Il refuse les appels du leader du parti populaire l'appelant à Rome pour voter en urgence un décret-loi souhaité par Berlusconi. Celui-ci, exploitant l'émotion populaire entretenue par les catholiques extrémistes veut interdire la possibilité pour la justice d'autoriser tout cas d'euthanasie. Uliano se souvient de la mort de sa femme et s'interroge sur le bien-fondé de l'acharnement thérapeutique. Cette hésitation rend furieuse sa fille, Maria, militante du Mouvement pour la Vie. Celle-ci s'en va avec deux amies pour manifester devant l'hôpital d'Udine dans lequel est hospitalisée Eluana.

Le 8 février. Sur une aire d'autoroute, Maria croise Roberto dont le frère cyclothymique et ardent défenseur de l'euthanasie lui jette de l'eau au visage. C'est le coup de foudre entre Roberto et Maria, inexplicable et étrange, laissant tout juste à Roberto le temps d'inscrire son numéro de téléphone sur la main de Maria après l'avoir vaguement séchée d'un mouchoir en papier.

Rossa est revenu errer près de l'hôpital et tente de s'ouvrir les veines. Le docteur Pallido l'hospitalise. Ailleurs, une célèbre actrice croit inlassablement au réveil de sa fille, Rosa, plongée elle aussi depuis des années dans un coma irréversible. Elle a renoncé à sa carrière et veut devenir une sainte pour intercéder auprès de Dieu. Elle s'est désintéressée de son mari, acteur sans grand talent et de son fils qui comptait sur elle pour sa carrière. De désespoir, celui-ci débranche sa sœur mais son père empêche l'irrémédiable. L'actrice s'en aperçoit en se montre sévère envers son fils.

Uliano Beffardi est à Rome. Il tente vainement de parler à sa fille. Celle-ci a retrouvé Roberto dont le frère fait un nouvel esclandre devant l'hôpital. Il est arrêté par la police. Uliano décide de rendre public le fait que, par amour pour sa femme, il l'a aidé à mourir. Le soir Roberto et Maria font l'amour.

Le 9 février. Alors qu'Uliano va faire son discours de démission, on annonce la mort d'Eluana. Maria est désespérée car Roberto est parti sans lui laisser un mot. Rossa tente de se suicider. Elle est retenue au dernier moment par le docteur. Plus tard, alors que celui-ci s'est endormi, elle ouvre à nouveau la fenêtre mais renonce.A la gare d'Udine, Maria est prête à pardonner à son père son attitude lors de la mort de sa mère. Elle avait cru que son père avait tué sa mère en l'étouffant. Son expérience de l'amour lui fait comprendre qu'il l'enlaçait. Son père aurait pu se contenter de cette réconciliation mais il décide de lui faire lire son discours de démission non prononcé où elle apprendra donc qu'il a bien aidé sa femme à mourir.

Chacune des quatre situations est porteuse de mystères, de questions et de drames enfouis dont la mise en scène baroque de Bellochio rend compte. C'est pour Rossa ; l'église où elle s'endort ; sa façon toute dévote dont elle retire les chaussures du docteur comme Marie Madeleine prit soin des pieds du Christ. C'est pour la famille de l'actrice le voile blanc sur une statue grecque dénudée ; le piano joué à l'endormie, Rosa, d'une stupéfiante beauté. C'est pour le sénateur ; son errance dans les rues de Rome, le sauna de l'assemblée ; Le sénat toujours vu par des écrans de télévisions ou en transparence renforce l'impression d'irréalité de cette assemblée. C'est, pour Maria et Roberto ; leur coup de foudre ; les bougies dans la rue.

Face à ces mystères, il y a les certitudes grotesques du parti du peuple Berlusconi, jamais en panne de vulgarité (Une femme est en vie quand elle a ses règles) ou du goût maladif pour le pouvoir, à travers le sénateur psychiatre. La douleur et l'acharnement n'ennoblissent pas l'homme. Nul n'est besoin de plaider une cause jusqu'à l'excès ou la violence tant le monde devrait reconnaitre l'ambigüité et la force de la vie à surgir de toute situation ; même si c'est pour se résoudre à comprendre la douleur et l'ambigüité de cette vie comme Maria confrontée à un échec amoureux et à l'attitude plus ambiguë qu'elle ne le croyait de ses parents au seuil de la mort.

Le film est loin d'être neutre, Bellocchio ne cache pas son inclination pour l'homme politique, en butte à la discipline de son parti et qui refuse d'aller contre ses principes moraux. Cela ne l'empêche nullement d'accorder leur chance aux contempteurs de l'euthanasie, en faisant notamment de Maria un personnage fort, entier. Il y a en elle une ferveur, une force d'âme et de conviction qui se révèle un parfait antidote au cynisme généralisé, au manque de civisme, de sincérité. L'engagement sans calcul, c'est ce que le film célèbre, au-delà des clivages idéologiques. Un élan qui permette de sortir du coma, d'échapper à l'atonie.

Cette flamme, le film la porte en lui. Les échanges sont clairvoyants, les visages des femmes frémissants. Même dans la rébellion ou la rupture, le cinéaste choisit toujours le camp de la beauté et de la vitalité, de l'harmonie roborative. Tout en sachant que la maladie, la folie, la mort menacent toujours, se confondent même avec la vie.

« Marco Bellocchio, mauvaise conscience de l’Italie (il a dû, faute de financement, renoncer à tourner un film sur les frasques berlusconiennes), met en place quatre destins contaminés par l’affaire. Dans une ambiance d’obscurité, de messes incessantes et d’images télévisées d’archives, Bellocchio dénonce une Italie somnambule, prompte à écouter les conseils de psychanalystes idiots ou les diatribes de Silvio Berlusconi. La mise en scène au cordeau sert admirablement ce sujet volcanique qui cible avec puissance les pères de la nation, le cynisme et les fausses croyances. »
Sophie Grassin, Le Nouvel Observateur, 2013

DistributionModifier

  • Alba Rohrwacher : Maria Beffardi
  • Toni Servillo : Uliano Beffardi
  • Isabelle Huppert : « Divina madre »
  • Pier Giorgio Bellocchio : Docteur Pallido
  • Maya Sansa : Rossa
  • Michele Riondino : Roberto
  • Fabrizio Falco : Pipino
  • Gianmarco Tognazzi : le mari de « Divina madre »
  • Brenno Placido : Federico, le fils de « Divina madre »
  • Roberto Herlitzka : le sénateur psychiatre

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : Bella addormentata
  • Réalisation : Marco Bellocchio
  • Scénario : Marco Bellocchio, Veronica Raimo et Stefano Rulli
  • Photographie : Daniele Ciprì
  • Montage : Francesca Calvelli
  • Musique : Carlo Crivelli
  • Production : Riccardo Tozzi
  • Société de production : Babe Films, Cattleya et Rai Cinema
  • Durée : 110 minutes
  • Dates de sortie : août 2012 (Mostra de Venise 2012)
    • France : 10 avril 2013

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