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L'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt) film américain de Alfred Hitchcock, sorti en 1943

Analyse critiqueModifier

L’histoire se déroule à Santa Rosa, une petite ville de Californie typiquement américaine. Le spectateur suit la vie de la famille Newton, une famille comme on en voit partout aux Etats-Unis. Le père est employé de banque, la mère reste à la maison pour s’occuper de son foyer, ce couple a trois merveilleux enfants dont la jeune Charlie, bientôt adulte. Mais le mal va faire son apparition dans cet univers apparemment heureux en la personne de l’oncle Charlie, qui est peut-être un homme recherché pour l’assassinat de plusieurs veuves. Dès la première scène du film, on note un net contraste entre le quartier sombre, proche de New York ou réside l’oncle Charlie et la ville de Santa Rosa : la grisaille, les terrains vagues s’opposent au soleil de Californie. Cette noirceur va migrer vers l’ouest du pays quand l’oncle Charlie débarque, le train qui l’amène dégage une fumée noire et l’ombre du train se dresse sur toute l’image.

En effet à partir de ce moment, un malaise va s’installer au sein de la famille Newton. La jeune Charlie est en admiration totale devant son oncle Charlie, mais lui semble plutôt distant malgré l’amour qu’il porte à sa nièce. Cet homme a quelque chose à cacher, comme le montre la scène ou il feint d’amuser sa petite nièce en fabriquant une maison en papier avec un journal ; en réalité, il dissimule des pages du journal qui mentionnent son nom. La mise en scène d'Alfred Hitchcock semble apparemment plus simple que dans bien d’autres de ses films et on note particulièrement certains plans littéralement terrifiants de Joseph Cotten qui par un regard, un mouvement, devient soudainement menaçant.

Comme dans beaucoup d’autres films du futur réalisateur de Vertigo, l’humour est présent, même s’il est diffusé sporadiquement. On note une certaine ironie quand la jeune Charlie fredonne un air dont elle ne se rappelle plus le titre ; l’oncle Charlie lui suggère Le beau Danube bleu, mais quand soudain elle se rappelle que l’air n’est autre que celui de La Veuve joyeuse, l’oncle Charlie fait mine de renverser son verre. Ici l’humour se fait violent. On relèvera aussi l’insistance de la mère à montrer au faux sondeur sa façon de casser des œufs pour qu’il puisse enfin la prendre en photo, ou bien encore le personnage loufoque incarné par Hume Cronyn.

Le MacGuffin n’est qu’un prétexte scénaristique qui tend à faire progresser l’histoire. Mais ce qui selon Hitchcock est intéressant dans un film n’est pas l’issue finale, mais les comportements des personnages, l’intérêt que le spectateur portera sur les héros du film. En l’occurrence, le MacGuffin de L’Ombre d’un doute tend à savoir si l’oncle Charlie est oui ou non recherché par la police, et s’il sera arrêté ou pas. Mais ce qui captive le plus sont les notions de bien et de mal, constamment mêlées, au travers des deux Charlie. La similarité de leurs comportements est parfois flagrante, dans leurs premières scènes respectives, on peut les voir tous les deux allongés sur leurs lits en train de réfléchir. Les relations qu’ils entretiennent sont pour le moins ambiguës, l’oncle Charlie va même jusqu’à offrir une bague à sa nièce, bague qu’il lui mettra au doigt comme un mari le ferait à sa femme.

Au fur et à mesure que progresse le film, on voit les relations de l’oncle et de sa nièce se bouleverser, l’attirance fait peu à peu place à la répulsion. Charlie qui aimait tant être avec son oncle n’ose presque plus lui parler et se méfie constamment de ses faits et gestes, qui auparavant lui paraissaient drôles ou à la limite inopportuns ; désormais, son oncle lui paraît constamment suspect, même si pendant un temps elle espère ne se faire que des idées. La police l’a d’ailleurs informé qu’un autre suspect courait dans l’Etat du Maine. Cependant le doute est là.

Au cours du film, un autre personnage très important va faire son apparition en la personne du détective chargé de l’enquête au sujet de l’oncle Charlie. Cet homme va à son tour nouer une relation privilégiée avec la jeune Charlie, au début pour les besoins de l’enquête, puis il entamera une esquisse de relation amoureuse. C’est à partir de ce moment-là que le film bascule. La jeune Charlie semble peu à peu se détacher de son oncle, et donc de la cellule familiale, pour basculer dans la vie adulte en tombant amoureuse de ce policier. C’est à ce moment-là seulement qu’elle s’éloignera de son oncle et qu’elle verra la réalité en face. C’est en cela que le film est aussi un film sur l’adolescence et le passage toujours délicat vers la vie d’adulte.

Dans les entretiens que Hitchcock accorda à François Truffaut à propos de la fin de L’Ombre d’un doute, il cita une phrase d’Oscar Wilde "On ne tue que ce que l’on aime" ; cette phrase souligne toute l’ambiguïté de la relation qui lie les deux Charlie.

« L’Ombre d’un doute, le film préféré d’Hitchcock, celui où se trouvent comblés à la fois ses propres exigences formelles et le goût du public pour la vraisemblance et la psychologie. L’Ombre d’un doute, c’est évidemment un film à suspens, une intrigue policière à la mise en scène implacable, fondée sur le chiffre 2. C’est aussi une histoire de famille (existe-t-il seulement des histoires qui ne soient pas de famille?) excessivement morbide (pourquoi Emma et Charlie sont-ils aussi maladivement attachés à leur enfance?). Mais c’est surtout un récit passionnant qui s’amuse sans vergogne à brouiller les identités et les repères classiques entre bons et méchants. »
Jean-Baptiste Morain, Les Inrockuptibles, 4 août 2006

DistributionModifier

  • Teresa Wright  : la jeune Charlie
  • Joseph Cotten : oncle Charlie Oakley
  • Macdonald Carey  : détective Jack Graham
  • Henry Travers  : Joseph Newton
  • Patricia Collinge  : Emma Newton

Fiche techniqueModifier

  • Titre original : Shadow of a Doubt
  • Réalisation : Alfred Hitchcock
  • Scénario : Thornton Wilder, Sally Benson et Alma Reville d'après une histoire de Gordon McDonell
  • Sociétés de production : Skirball Productions, Universal Pictures
  • Producteurs : Jack H. Skirball et Alfred Hitchcock
  • Photographie : Joseph Valentine
  • Musique : Dimitri Tiomkin
  • Montage : Milton Carruth
  • Durée : 108 minutes
  • Dates de sortie : 12 janvier 1943 (première à New York)
    • France : 26 septembre 1945
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