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L'Homme du train est un film français réalisé par Patrice Leconte sorti en 2002.

SynopsisModifier

Milan , un homme au physique marqué (du genre gangster) n'ayant pour seul bagage un sac de voyage, descend d'un train dans une petite ville de province. Il souffre de migraines et passe donc à la pharmacie pour acheter de l'aspirine. Il y rencontre Manesquier , un professeur de français à la retraite qui vit coincé entre ses souvenirs et ses petites habitudes. Ce dernier lui propose l'hospitalité, Milan l'accepte. Se crée alors entre Milan, taciturne et cynique, et Manesquier, grand bavard adepte du monologue alambiqué, une relation faite de fascination mutuelle et d'amitié.

Le lendemain Milan rencontre Luigi , une ancienne connaissance qui lui propose de braquer la banque locale avec l'aide de Sadko , le chauffeur qui ne dit qu'une phrase par jour à dix heures précises depuis huit ans, et Max, un ami alcoolique de Milan. Milan accepte à demi-mot. Le braquage doit avoir lieu le samedi après-midi.

Le samedi après-midi, au moment du braquage, Manesquier doit subir une triple-pontage cardiaque dont il craint de ne pas sortir vivant. Durant les trois jours précédents l'opération il connaît une «vie d'aventurier» auprès de Milan : il apprend à tirer au pistolet, ose demander à un jeune délinquant de se taire dans un restaurant, et fait dire à sa sœur que son mari est un «con». À l'inverse Milan apprend les joies de la vie pantouflarde et monotone auprès de Manesquier. Chaque homme apprend de l'autre, chacun souhaite avoir la vie de l'autre. Manesquier propose à Milan de le payer pour qu'il ne fasse pas le braquage, ce dernier refuse.

Le samedi après-midi les deux hommes meurent. Milan se fait tirer dessus par un policier de GIGN en voulant sauver Max, Luigi et Sadko se sont enfuis sans les avertir lorsqu'ils ont vu que les policiers les attendaient. Manesquier ne survit pas à l'opération chirurgicale.

CritiqueModifier

Patrice Leconte aime à confronter les acteurs : on songe à Une Chance sur deux (1998) qui réunissait une dernière fois Delon et Belmondo en les opposant à la jeune génération représentée par Vanessa Paradis. L'Homme du train met cette fois en présence Johnny Hallyday et Jean Rochefort, tous deux excellents, dans une histoire douce amère toute en demi teinte autour d'une rencontre en apparence fortuite. Pourtant le réalisateur ne laisse rien au hasard : le choix du lieu et du moment de la rencontre ne sont pas anodins et lui permettent d'emblée de situer les personnages et de préciser le thème du film. Mais il le fait visuellement, d'une façon éminemment allusive et avec une grande sobriété. C'est en effet la fin du jour (or les personnages sont au soir de leur vie) et ils se croisent dans une pharmacie où chacun vient se soigner (signe évident d'un mal-être car leur vie ne les satisfait pas ou plus). Manesquier est curieux de Milan qu'il invite chez lui. On le sent tout de suite fasciné par cet étranger bourru et taciturne et ce qu'il représente d'aventure et de mystère : que vient-il faire dans sa ville ? Pourquoi transporte-t-il des révolvers ? Car lui, l'homme de la poésie et des livres, a le sentiment douloureux de n'avoir pas vécu la vie qu'il espérait, ou qu'il espère encore et la vision de cet inconnu n'est-il pas le signe du destin qu'il attendait ? De son côté, Milan, être silencieux que l'on sent désabusé, ne semble pas indifférent à la vie, si différente de la sienne, que mène son hôte. Lui, l'homme du train, c'est-à-dire de nulle part, sans passé ni avenir, se surprend à apprécier cette maison de famille chargée de souvenirs qui l'accueille et ce sentiment de confort qu'elle fait naître.

Si le réalisateur marque bien leurs différences de caractère (l'un aime les mots et adore les échanges ; l'autre s'exprime peu et n'aime pas les questions), de situation (l'un a pour seul viatique un sac de voyage lourd d'une vie aventureuse ; l'autre s'enracine dans une vieille maison bourgeoise où ont vécu ses ancêtres), de raison de vivre (l'un vit de hasards : l'autre est professeur retraité), il sait aussi en montrer les points communs : ils sont tous deux marqués physiquement par leur passé malgré leur différence d'âge et aspirent à modifier leur vie. Aussi, loin d'être statique, le récit de cette brève rencontre va-t-il progresser durant les trois jours de la durée du film vers un rapprochement de plus en plus marqué entre les deux personnages, jusqu'à leur « séparation » (?) finale : on y voit ainsi le professeur s'exercer, brièvement et d'une façon calamiteuse, aux armes à feu, et le braqueur de banque donner une brève leçon de français bien peu conventionnelle. Leconte semble ainsi donner à penser que, finalement, ce que nous sommes explique ce que nous faisons et que nos vies ne sont pas forcément le fruit du hasard, ni, sans doute, l'échec que l'on peut redouter. Mais il est tout aussi juste de considérer ces deux scènes comme de simples moments d'humour destinées à éclairer un film plutôt sombre.

On ne peut passer sous silence une réalisation toute de sobriété, d'élégance et de finesse. C'est sur les visages que Patrice Leconte, à l'aide de plans rapprochés et de gros plans, dessine les sentiments de ses personnages et nous pousse à lire leur personnalité et à décrypter le destin qui les attend. On citera également, comme exemple particulièrement significatif d'un cinéma qui dit par les images, la façon de filmer l'arrivée de Milan à Annonay : la caméra le saisit de loin et par un travelling latéral continu qui glisse de la droite de l'écran (il entre dans la gare et disparaît dans le bâtiment) vers la gauche (il en ressort). Ce plan est limpide : il suggère que Milan ne fera que passer, anonyme, à peine entraperçu, dans cette ville ; et que sa solitude et son inaccessibilité ne lui permettent que de traverser la vie, comme il traverse cette gare, sans jamais être vu, sans jamais se poser nulle part. Un autre exemple d'une réalisation qui multiplie les signes qui se font écho à l'intérieur même du film est à relever. Ces nombreux tableaux, qui décorent les murs de la maison de Manesquier et qu'il montre non sans quelque ironie à Milan, représentent non seulement un élément du récit (son appartenance à une famille aux racines anciennes), et du décor (une accumulation d'objets qui révèle le milieu bourgeois), mais inspire même la réalisation. Il suffit de rappeler le plan suivant -composé comme un tableau intimiste de grand maître : dans le clair-obscur du soir, Milan et Manesquier, en veine de confidences, sont placés de part et d'autre d'une fenêtre qui donne à voir, dans le jardin, une composition florale dont les couleurs à la fois délicates et vives éclairent, de la lumière de l'espoir, le cœur même de la scène. Emotion et lumière diffuses.

De cette étrange rencontre, Patrice Leconte sait montrer tous les enjeux et les dangers à travers l'utilisation des décors (une ville anonyme, Annonay, grise, sans charme), une maison étouffante, surannée, vestige d'un passé à jamais révolu, des couleurs à l'unisson (chaudes mais sombres dans la maison, ou sans éclat : gris bleu, beige, jaune pâle), et, surtout, d'une caméra au plus près des visages pour en dessiner les forces et les faiblesses, pour en saisir les cicatrices. La musique, à l'unisson, se fond dans cette atmosphère toute en nuances mais peut, à l'occasion, par exemple pour traduire les peurs pusillanimes de Manesquier face au jardinier, s'évanouir au profit de sons plus inquiétants. Le jeu des correspondances entre les scènes suggère la métaphore : cette très ancienne maison vétuste, que son propriétaire laisse se dégrader et n'est plus entretenue, n'est-ce pas Manesquier, lui-même, vieilli, malade et rongé de regrets ; ce jardinier qui surgit, à l'improviste, devant lui, une faux à la main - et qui l'effraie - n'annonce-t-il pas, dans le même décor de son enfance, la « faucheuse » menaçante qui l'attend, désormais proche, depuis si longtemps ?

Le dénouement va précipiter les événements qui, tout en se mettant en place, suivaient un cours nonchalant. La fin, tout à fait inattendue, réussit le tour de force de mêler les contraires en faisant communier à distance les personnages par un montage parallèle et alterné de plans.

Le rendez-vous que chacun des deux personnages a avec le destin et qui est pourtant si différent (l'un va opérer un vol dans une banque, quand l'autre va être opéré d'un triple pontage cardiaque) se révèle étrangement semblable. La dernière séquence du film est bouleversante : à l'aide d'images surprenantes, ramassées en une vision onirique mais funeste, le réalisateur magnifie la part de rêve que nous portons en nous et qui refuse de céder aux injonctions du temps. Au moment ultime, Manesquier et Milan, comme tournés l'un vers l'autre, communient avec une rare intensité. C'est dans un silence lourd de sens que leurs personnages, désormais inversés, se dirigent l'un vers l'autre, se croisent en se regardant, avant de se séparer. L'échange onirique.

La boucle du film se referme sur cet échange qui était suggéré et espéré par les deux protagonistes. Les premières images étaient celles d'un train, à bord duquel se trouvait Milan, qui arrivait en gare d'Annonay ; à la fin du film, un train semblable quitte Annonay : à son bord se trouve, cette fois, Manesquier. Cette boucle tient de la métaphore : l'arrivée du train peut signifier, pour les deux personnages, une renaissance née de leur rencontre, comme une brève parenthèse dans leur destin ; le départ final, à l'inverse, ponctue une fin commune.

Distribution Modifier

Fiche techniqueModifier

  • Réalisation : Patrice Leconte
  • Scénario et dialogues : Claude Klotz
  • Directeur de la photographie : Jean-Marie Drejou
  • Musique originale : Pascal Esteve
  • Production : Philippe Carcassonne
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Durée : 90 minutes
  • Date de sortie : 2 octobre 2002
  • Meilleur film étranger au Florida Film Critics Circle (2004) et au Los Angeles Film Critics Association (2004) et au Seattle Film Critics Awards (2003)
  • Meilleur acteur pour Jean Rochefort et meilleur film à la Mostra de Venise


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