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'Texte gras'L'Anglaise et le Duc film français d'Éric Rohmer sorti en 2001.

Analyse critiqueModifier

Le film nous présente le point de vue peu habituel d'une aristocrate anglaise, Grace Elliott, pendant la Révolution française. Celle-ci vivant dans le cercle de la famille royale, est une amie proche du duc d'Orléans (Philippe Égalité). Le récit est divisé en cinq temps qui sont autant de dates majeures de l'histoire révolutionnaire.

Quelques jours avant la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, la première scène présente les deux personnages principaux : la robuste et délicate Grace Elliot, aristocrate écossaise installée à Paris, qui écrira les Mémoires dont est inspiré le film et le sémillant duc Philippe d'Orléans, cousin du roi, engagé aux côtés des révolutionnaires. L'ancien couple d'amants professe une amitié sincère, tandis que la France se réjouit de sa monarchie parlementaire.

Deux ans plus tard, le 10 août 1792, le peuple de Paris et les Fédérés venus de province, prennent les Tuileries et Louis XVI est emprisonné au Temple. Les persécutions contre les aristocrates augmentent et Grace fuit à Meudon. Le 3 septembre, des bandes plus ou moins organisées massacrent les prisonniers politiques accusés de fomenter un complot contre la nation. C'est ce jour là que Grâce revient dans la capitale pour apporter son aide au marquis de Champcenetz, le gouverneur des Tuileries, ancien obligé et ennemi récent du duc d'Orléans. Pour le faire sortir de France, elle est contrainte de faire appel à son ami qui obtempère de mauvaise grâce.

En 1793, la Terreur commence à régner de manière organisée et systématique. Grace ne parvient pas à convaincre le Duc qui vote pour la mort du roi. Celui-ci est exécuté le 21 janvier. Grace y assiste depuis la terrasse du château de Meudon.

Cette trahison, qui a été vécue comme un drame amoureux par Grace s'efface devant les persécutions dont le Duc et elle-même sont victimes. Le Duc se sait isolé et condamné depuis que son fils, le duc de Chartres, futur Louis-Philippe est devenu l'aide de camp du général Dumouriez, passé à l'ennemi le 1er avril 1793. Grâce est convoquée devant un tribunal populaire, elle échappe de peu à la mort grâce à l'intervention miraculeuse de Robespierre.

Un épilogue, située dans une prison ou Grace est incarcérée et pris en charge par une voix off, nous informe que le Duc a été guillotiné comme la plupart des compagnons de cellules de Grace qui ne doit son salut qu'à la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794.

C'est à partir d'un point de vu moral, la volonté indéfectible de son héroïne de combattre l'opportunisme et les compromis, que l'histoire s'engage. Ce point de vue moral est très antirévolutionnaire mais, L'Abolition des privilèges et La Déclaration des droits de l'homme semblent aujourd'hui les seuls lambeaux symboliques positifs de la Révolution Française que la marche vers la Terreur a condamnée aux poubelles de l'Histoire pour avoir renié la valeur fondatrice de nos sociétés : la démocratie. En privilégiant le point de vue de ceux qui sont malmené par le courant dominant de l'époque, Rohmer n'a pas fait non plus une épopée de la Contre-révolution. En privilégiant le point de vu "moral" sans chercher à incarner un héros, Rohmer se range du côté de ceux pour qui l'art et le subjectif est le seul moyen d'accéder à la vérité. L'utilisation des décors peints relève de cette même recherche d'une vérité subjective.

Rohmer déclare :

  • à propos de son héroïne :
    Elle est témoin de choses horribles, elle rend compte des moments les plus violents. Je les ai même montrés d'une façon un peu édulcorée, ça aurait pu être plus violent, le cortège qui portait la tête de la princesse de Lamballe devait être beaucoup plus terrible, les descriptions d'époque sont atroces, c'est le corps entier coupé en morceaux et qu'on avait traîné, et d'autre part les gens plus ou moins avinés étaient peut-être plus sales, plus sanglants. Ce cortège était constitué d'éléments qu'on appellerait maintenant incontrôlés, des gens souvent sans emploi, qui cherchaient l'aventure, comme les casseurs aujourd'hui. Certains agissent ainsi par goût de la violence, d'autres par intérêt, il y a beaucoup de pillage à ce moment-là, des pillards qui étaient poursuivis par les gardes nationaux.
  • Mon objectif était de renforcer l'impression de vérité. Dans la mesure où je montre des toiles peintes, je voulais établir ce parti pris d'emblée. Ensuite, j'ai fait comme si mes personnages étaient des êtres picturaux, des êtres de tableaux, qui accèdent à la vie. Grâce à ce préambule, on y croit davantage, il justifie les décors, et que les personnages aient une façon d'agir un peu ancienne : on sait que ces gens viennent de tableaux, qu'ils sont attachés à leur époque, et ça permet de ne pas douter d'eux. On peut croire en eux parce que les caractéristiques de l'époque telles qu'on les connaît par les peintures leur sont attachées, et elles sont plus vraies que les caractéristiques que pourrait leur donner une reconstitution par la photographie
  • Je renoue avec l'esthétique des grandes fresques historiques du temps du muet, comme Cabiria ou Intolerance. Dans ce cas, la peinture m'a paru plus efficace que les outils proprement cinématographiques, comme le montage ou le champ-contrechamp, qui ne m'auraient rien apporté

Les deux personnages historiques principauxModifier

Grace Dalrymple Elliott (1754 - Ville-d'Avray, 1823), dame écossaise qui fut un temps maîtresse du duc d'Orléans, est l'auteure d'une autobiographie : Ma vie sous la Révolution (Journal of My Life During the French Revolution).

Grace Dalrymple était une fille d'un avocat d'Édimbourg : Hew Dalrymple. Ses parents se séparèrent alors qu'elle était enfant et elle fut placée dans un couvent en France où elle a grandi. Elle devint active dans des cercles sociaux, prenant grand soin de s'habiller et d'agir de la bonne manière, alors elle devint éduquée et participait aux événements mondains. D'après les portraits que l'on a faits d'elle à l'époque, elle était remarquablement attrayante, avec de belles expressions du visage.

En 1771, elle fait ses débuts dans la société d'Édimbourg et devient renommée pour sa beauté. Elle épouse le richissime docteur John Elliott cette année là, devenant Madame Grace Elliott. Néanmoins, en 1774, elle quitte Édinbourg avec Lord Valentia après un scandale. En 1782, elle donna naissance à une fille : Georgina Seymour. Le Prince de Galles (George IV), Charles Wyndham, George Selwin et Lord Cholmondeley, tous, simultanément, réclamèrent la paternité.

George IV, Prince de Galles, l'introduisit au Duc d'Orléans en 1784. En 1786, Grace s'installa à Paris. Elle observa sur place la Révolution.

Grace fut emprisonnée, bien que sa liaison avec le duc fut terminée, en raison d'une lettre suspecte en sa possession de Charles James Fox. Elle était une royaliste notable, de même qu'une Anglaise. Elle était aussi suspectée d'avoir aidé un royaliste fervent, le Marquis de Champcenetz, fuyant la sentence de mort à Paris.

Au même moment dans cette prison, ils entendirent la nouvelle que Marie-Antoinette avait été exécutée, le 16 octobre 1793. Grace, plus tard, écrivit que la grandeur et le courage de la Reine inspira à tous les prisonniers d'essayer de suivre son exemple et de faire face à leur propre mort avec dignité.

Louis Philippe Joseph d’Orléans, duc de Chartres, puis duc d'Orléans , ayant changé son nom en Philippe Égalité après 1792, né au château de Saint-Cloud le 13 avril 1747 et mort guillotiné à Paris le 6 novembre 1793.

Fils de Louis Philippe d'Orléans (1725-1785), duc d'Orléans, dit « le Gros », et de Louise Henriette de Bourbon-Conti († 1759), il descendait en ligne masculine du régent Philippe d’Orléans et du roi Louis XIII.

Pair de France, Philippe d’Orléans fit de bonne heure preuve d’indépendance. Comme tous les princes des branches cadettes de la maison de Bourbon, il prit le parti des Parlements en 1771 et refusa de siéger au « parlement Maupeou ».

En 1771, il se fit élire grand maître du Grand Orient de France, qui venait d’être organisé. Adepte des idées nouvelles et grand admirateur des institutions britanniques, le duc de Chartres manifesta plus d’une fois avant la Révolution son hostilité au régime et à la Cour, notamment lors de l’assemblée des notables (1787).

À partir de 1785, devenu duc d’Orléans, il offrit au Palais-Royal - « l'anti-Versailles » - un centre et un point de ralliement aux ennemis de la cour. Chef du 3e bureau à l’Assemblée des notables (1787), il déclara que les États généraux avaient seuls le droit de voter les impôts, et protesta contre les édits bursaux : il fut exilé.

Délégué aux deux assemblées des notables, le duc d'Orléans avait été élu député de la noblesse aux États généraux de 1789, s'était prononcé pour les idées nouvelles et il fut l'un des meneurs du groupe des 47 députés de la Noblesse qui se rallièrent au Tiers état, le 25 juin 1789.

Lié à Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, espérant peut-être un temps le trône de Louis XVI, il dut s’exiler en Grande-Bretagne après les journées des 5 et 6 octobre 1789, pour éviter d'avoir à s'expliquer dans le cadre de l'instruction menée au Châtelet de Paris pour déterminer les responsabilités de ces journées révolutionnaires. C'est à Londres, à cette époque qu'il put négocier ses emprunts avec la couronne britannique.

Revenu en France en 1790, il décida de ne plus s'occuper de politique malgré la pression énorme de son entourage qui envisageait depuis 1789 un changement de dynastie en sa faveur. Membre du Club des Jacobins depuis sa fondation, il était aussi membre fondateur du club de Valois qui s'opposait au club monarchique.

Après la fuite de Louis XVI à Varennes et la fusillade du Champ-de-Mars, le duc d'Orléans déclara solennellement, par écrit, qu'il renonçait absolument à toute intention de prendre la régence en France. En 1792, il se rendit avec ses fils à l’armée du Nord, mais après la défection du général Dumouriez, il reçut l’ordre de la quitter.

Quand son fils aîné, le futur Louis-Philippe Ier, suivit le général Charles-François Dumouriez dans son aventure personnelle, il devint suspect aux yeux des Montagnards. Il fut décrété alors d'accusation, et arrêté le 6 avril 1793. Le ci-devant duc d'Orléans, sa sœur la duchesse de Bourbon et ses enfants furent incarcérés au fort Saint-Jean à Marseille. Ramené à Paris, à la Conciergerie et jugé par le Tribunal révolutionnaire puis guillotiné le 6 novembre 1793.

Distribution Modifier

  • Jean-Claude Dreyfus : Louis Philippe d'Orléans (1747-1793)
  • Lucy Russell : Grace Elliott
  • Alain Libolt : le duc de Biron
  • Charlotte Véry : Pulcherie
  • Rosette : Fanchette
  • Léonard Cobiant : Champcenetz
  • François Marthouret : Dumouriez
  • Caroline Morin : Nanon
  • Héléna Dubiel : madame Meyler
  • François-Marie Banier : Maximilien de Robespierre

Fiche technique Modifier

  • Titre original : L'Anglaise et le Duc
  • Réalisation : Éric Rohmer
  • Scénario : Éric Rohmer, d'après l'œuvre autobiographique de Grace Elliott
  • Production : Françoise Etchegaray
  • Société de production : Compagnie Eric Rohmer (CER), Pathé Image Production
  • Photographie : Diane Baratier
  • Montage : Mary Stephen
  • Durée : 129 minutes
  • Date de sortie : France : 7 septembre 2001
  • 2001 : nommé pour la meilleure réalisation au prix du cinéma européen, Éric Rohmer
  • 2002 : nommé pour le César des meilleurs costumes, Pierre-Jean Larroque
  • 2002 : nommés pour le César des meilleurs décors, Antoine Fontaine et Jean-Baptiste Marot


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