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L'Accordeur de tremblements de terre

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L'Accordeur de tremblements de terre (The Piano Tuner of Earthquakes) est un film allemand réalisé par Stephen Quay et Timothy Quay, sorti en 2005.

SynopsisModifier

Emporté par une passion dévorante mais non partagée, le Dr Emmanuel Droz, neurologue méphistophélique et inventeur ayant découvert le secret de la résurrection, veut s’unir à jamais à la femme qu’il aime, la belle cantatrice Malvina van Stille. Afin de réaliser son dessein il la tue, l’enlève, puis la maintient dans un état de mort apparente.

Droz engage l’accordeur de pianos Felisberto pour réviser ses instruments, des automates actionnés par les marées qui gouvernent mystérieusement le rythme de la vie dans sa propriété isolée sur les bords de l’océan, la Villa Azucena. Felisberto découvre peu à peu l’intention du docteur : mettre en scène un "opéra diabolique" qui enchaînera la destinée de Malvina. Il se jure secrètement de la sauver, mais se trouve en fait lui-même pris au piège dans l’univers pervers de Droz.

CritiqueModifier

Les frères Quay souhaitaient intégrer beaucoup d’animation dans ce long métrage et ainsi l’incorporer aux scènes tournées avec les comédiens. « Avoir, en quelque sorte, des comédiens qui se déplaceraient dans des décors de poupées, expliquent-ils. Nous voulions parvenir à cette intégration, ou désintégration par moments, car il y a aussi un glissement où l’on espère que le royaume des poupées va s’immiscer dans celui des humains et vice versa. Nous recherchions un état intermédiaire où l’on ne sache plus trop dans quel monde on se trouve. »

Les frères Quay - de vrais jumeaux, impossibles à identifier l’un de l’autre - creusent depuis près de 30 ans un sillon très particulier. Avant tout créateurs de films d’animation à la personnalité affirmée, ils n’ont réalisé que deux long-métrages, tous deux centrés autour de personnages et d’acteurs "réels". Cet Accordeur de tremblements de terre fait suite au fascinant Institut Benjamenta, tourné il y a déjà onze ans (1995).

Si les deux frères sont américains, toute leur culture, toutes leurs références littéraires, artistiques, musicales et cinématographiques sont presque exclusivement européennes, avec une nette préférence pour l’Europe orientale. N’ont-ils pas déclaré : "Notre pays nous semble terne. En Amérique, il y a tant de choses grossières, prétentieuses et stupides, insulaires. Pour nous, être ici en Europe, est une immense source d’inspiration. D’une manière ou d’une autre, on n’est pas nés au bon endroit, mais nous nous sommes toujours tournés vers l’Europe et notre avons trouvé notre inspiration dans ce contexte." Les noms les plus souvent associés au leur (et qu’ils revendiquent d’ailleurs) sont ceux de Kafka, Bergman, Paradjanov, Ghelderode, Bruno Schulz, Dovjenko, Franju, Robert Walser, Borowczyk, Tarkovski et surtout le maître de l’animation tchèque Jan Svankmajer, sans oublier un autre Américain européanisé, l’ex-Monty Python Terry Gilliam qui voyait en Institut Benjamenta : "Le film visuellement le plus beau, le plus envoûtant et le plus drôle que j’ai vu ces 300 dernières années !". Peu surprenant qu’on le retrouve ici producteur exécutif des frangins...

Autant le dire de suite : l’univers des frères Quay est essentiellement sensoriel. Un bazar des sens où chacun trouvera de quoi étancher sa soif d’expériences visuelles, auditives et quasi-tactiles. Un univers fantastique où les objets sont rois, à condition d’avoir déjà vécus, leur recyclage ou plutôt leur ré-utilisation pour ne pas dire leur résurrection demeurant le passage forcé à ce royaume onirique, toujours à la frange du rêve et du cauchemar. L’amour des détails, des gros plans d’objets faisant vivre chaque nervure reste la marque de Stephen et Timothy Quay dans chacun de leurs courts-métrages d’animation. Le passage de l’animation au cinéma live et à de vrais acteurs n’entraîna aucune des ruptures que l’on pouvait craindre, la fidélité au (superbe) noir et blanc d’Institut Benjamenta aidant à cette volonté de constance.

Mais cette débauche formelle entraîne aussi parfois quelques faiblesses scénaristiques qu’il serait vain de nier. Plus d’un spectateur sort des films des frères Quay sans avoir bien compris de quoi il relevait exactement, les histoires racontées paraissant hermétiques, et voilà aussitôt les jumeaux qualifiés de cinéastes abscons...

L’Accordeur de tremblements de terre n’échappera sans doute pas au débat (tant mieux !). Librement adapté d’un roman d’Adolpho Bioy Casares, L’Invention de Morel, mais aussi inspiré du Château des Carpathes de Jules Verne (dont je vous conseille la version parodique du cinéaste iconoclaste tchèque Oldrich Lipsky, 1981), le film en enthousiasmera certains et en rebutera d’autres. Il faut accepter de se laisser bercer par le rythme quasi-hypnotique du récit, par les images embuées (et en couleur, cette fois), par un montage souvent serré, fractionné, fusionnant prises de vue réelle et animation, par un jeu d’acteur assez froid (à l’exception notable d’Assumpta Serna), par une ambiance semblant tout droit sortie du tableau d’Arnold Böcklin L’Île des Morts.

Car c’est bien cela qui intéresse en premier lieu les frères Quay. L’ambiance. L"histoire n’est qu’un prétexte et les personnages ne sont jamais approfondis. Pas de psychologie, pas de background social ou autre. Des tableaux évocateurs devant générer chez le spectateur un mélange de sentiments divers et parfois contradictoires, voilà la vraie trame de leurs films. Avec L’Accordeur de tremblements de terre, les cinéastes ont souhaité la rencontre, et parfois la fusion, entre comédiens et décors de poupées, de marionnettes et... vice-versa. "Nous cherchions, affirment-ils, un état intermédiaire où l’on ne sache plus trop dans quel monde on se trouve." Pour la première fois, ils ont eu recours à pas mal d’incrustations numériques, recourant à la technique télévisuelle haute définition pour les acteurs et à la photo numérique pour la partie animation.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier

Lien externeModifier


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