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Jimmy's Hall film britannique réalisé par Ken Loach et sorti en 2014

Analyse critiqueModifier

De 1919 à 1921, en parallèle de la guerre d'indépendance, le syndicalisme se développe fortement en Irlande. Les mobilisations se multiplient chez les ouvriers, mais aussi en milieu rural. On occupe des terres. Des comités prennent le nom de soviets, comme le soviet de Gowel, là où se déroule le film de Ken Loach. On compte, dans les années 1918-1920, plus de 100 soviets dans le pays.

Le 6 décembre 1921, le traité anglo-irlandais met fin à la guerre d’indépendance, et donne naissance à l'État libre d'Irlande, dominion de l'Empire britannique. Ce traité divise les indépendantistes. Il est rejeté par ceux qui veulent poursuivre la lutte pour obtenir l'indépendance complète de l'île. L'État libre d'Irlande voit alors l'INA (l'armée des partisans du traité) affronter les républicains de la nouvelle IRA (l'armée des opposants au traité). C'est la guerre civile irlandaise (1922-1923), traitée par Ken Loach dans Le vent se lève.

Soutenus par les grands patrons, par les propriétaires terriens et par l'Église catholique, les partisans du traité gagnent la guerre civile, et William T. Cosgrave gouverne le nouvel État pendant dix ans. Mais, en 1932, le Fianna Fáil d’Éamon de Valera, parti des opposants au traité, remporte les élections.

En 1932, après dix ans passés aux États-Unis, l’activiste républicain Jimmy Gralton revient dans son Irlande natale pour aider sa mère à exploiter la ferme familiale. Dans ce petit coin du comté de Leitrim, les distractions sont rares. Le chômage et la misère règnent. Les grands propriétaires terriens en prennent toujours à leur aise avec les paysans sans terre. Mais les républicains d’Éamon de Valera viennent de remporter les élections. Le changement de gouvernement fait naître des espoirs de progrès social.

Jimmy veut oublier les luttes de jadis. Il dit aspirer à une vie paisible. Ce qui fait beaucoup rire ses amis. Très vite, les jeunes du village lui demandent de rouvrir le Pearse-Connolly Hall qu’il avait fondé. C’était un dancing de campagne, mais aussi une salle communautaire. Des tribunaux y ont même siégé pour régler les différends dans la répartition des terres. Jimmy hésite. Il craint de réveiller la violence : neuf ans après la guerre civile, le comté vit en paix, mais de vieilles rancœurs couvent entre les adversaires d’hier. Jimmy s’est impliqué autrefois dans la réintégration de familles expulsées et dans l’attribution de terres, ce qui lui a valu la solide inimitié des conservateurs et des grands propriétaires terriens.

Malgré tout, il finit par se laisser convaincre, et les voisins se mobilisent pour restaurer le Hall. Celui-ci redevient un espace de discussion politique, de lecture. Il propose des cours de danse, de boxe, de chant, de dessin, de poésie. Jimmy a même rapporté d’Amérique des disques de jazz. Le succès de la salle est immédiat. Toutefois, l'influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont pas du goût de tous. Le curé, le père Sheridan, considère toute initiative sociale comme une atteinte à son pouvoir. En chaire, il dénonce le Hall comme un nid de païens et de communistes, où l’on écoute de la musique « de l’Afrique la plus noire », et il va jusqu’à citer les noms des personnes qui le fréquentent.

Le bras-de-fer avec le père Sheridan est tendu, mais purement verbal. Et les interventions de Jimmy restent dans les limites de la paroisse. Cependant, sa renommée s’étend. L’IRA d’un comté voisin vient réclamer sa présence lors de la réinstallation d’une famille chassée de chez elle par un riche propriétaire terrien. Jimmy sent bien qu’en donnant une dimension plus large à son action, il va exciter ses anciens ennemis. Mais il cède une nouvelle fois. Il accepte de se joindre à la manifestation, et il prend la parole au moment où la famille va retrouver sa maison. Les représailles ne tardent pas. Une nuit, des coups de feu sont tirés sur la salle pleine de danseurs. Une autre nuit, le Hall est entièrement détruit par un incendie.

Tandis qu’un congrès eucharistique se déroule à Dublin et met tout le pays en effervescence, le père Sheridan confère avec un grand propriétaire et un officier. Il brandit la menace communiste. Le gouvernement de de Valera finit par céder à la pression de l’Église catholique. Jimmy est arrêté par les gardaí, puis expulsé d’Irlande sans jugement.

Jimmy’s Hall vaut surtout par la peinture d’une petite communauté perturbée par des conflits de valeurs. La charge n’est pas tant anticléricale, l’Église étant dépeinte sous deux angles. Le jeune prêtre Seamus est compréhensif voire socialement engagé, quand le père Sheridan symbolise une autorité religieuse archaïque et obscurantiste.
Il s’entoure de paroissiens bornés, pour lesquels la musique américaine est une insulte à la culture irlandaise, et le dancing une œuvre du Diable. Sheridan contraste avec l’humanisme de Gralton , dont le charisme païen détourne les bonnes âmes du droit chemin de la piété. Bien que situé dans l’Irlande des années 30, le scénario trouve un écho avec certains pans de l’actualité, des anathèmes lancés par les excités des Manifs pour tous aux actions d’intégristes des autres religions. Si le récit de Loach n’échappe cependant pas au manichéisme, le cinéaste se rattrape avec d’attachantes séquences musicales et une discrète mais subtile romance qui lui permettent d’imprimer sa griffe.

Jimmy est un modèle d'héroïsme, si opiniâtre, si courageux qu'il force même le respect de son ennemi en soutane. Ce conte politique n'est pourtant pas le portrait d'un seul homme. Les plus belles scènes, les plus fortes, sont celles où vibre cette communauté rebelle, ces corps solidaires dans la danse, jazz ou folklore, comme dans la contestation, d'une manifestation à l'autre. Cette foule de beaux personnages secondaires forts en gueule, émouvants, cocasses est traitée par Ken Loach avec grâce et tendresse, avec ce mélange unique d'âpreté réaliste et de pudeur qui le pousse à éviter les gros plans, à observer les visages à bonne distance. Il profite de ces luttes de jadis pour développer un discours sur l'individualisme du monde contemporain, et utilise la crise d'alors pour mieux parler de celle d'aujourd'hui.

Distribution Modifier

  • Barry Ward (V. F. : Jean-Christophe Dollé) : James Gralton
  • Simone Kirby (V. F. : Julie Sicard) : Oonagh
  • Andrew Scott (V. F. : Julien Sibre) : père Seamus, le jeune vicaire
  • Jim Norton (V. F. : André Penvern) : père Sheridan, le curé de la paroisse
  • Brían F. O'Byrne (V. F. : Emmanuel Lemire) : O'Keefe
  • Francis Magee : Mossy
  • Karl Geary : Sean
  • Denise Gough : Tess
  • Aisling Franciosi : Marie
  • Aileen Henry : Alice

Fiche technique Modifier

  • Réalisation : Ken Loach
  • Scénario : Paul Laverty, d’après la pièce Jimmy Gralton's Dancehall de Donal O'Kelly
  • Consultant historique : Donal Ó Drisceoil
  • Photographie : Robbie Ryan
  • Montage : Jonathan Morris
  • Direction artistique : Stephen Dely
  • Musique : George Fenton
  • Production : Rebecca O'Brien
  • Sociétés de production : Sixteen Films, Element Pictures, Why Not Productions, Wild Bunch
  • Pays de production : Royaume-Uni, Irlande, France
  • Durée : 109 minutes
  • Date de sortie : 22 mai 2014 (Festival de Cannes 2014), 2 juillet 2014 (France)

Distinctions

  • Sélection officielle Festival de Cannes 2014


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

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