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Histoire d'une prostituée est un film japonais réalisé par Seijun Suzuki, sorti en 1965.

Analyse critique sur le film: Histoire d'une prostituée

SynopsisModifier

Envoyée sur le front de Mandchourie, où se bat l'armée impériale, une jeune prostituée japonaise se retrouve déchirée entre un officier sadique tombé sous son charme et un jeune soldat idéaliste.

Dans le même état d’esprit que La Barrière de la Chair, Seijun Suzuki va ici aller se confronter directement à l’armée Japonaise siégeant en Mandchourie à la fin des années 30. Ainsi il déplace son regard critique de la société d’après-guerre à la société toute puissante cherchant à dominer tout le Pacifique. Mais pour lui, ce n’est qu’un doux glissement entamé depuis très longtemps qui trouve enfin sa finalité avec le monde militaire.

Avant cela, il s’était intéressé aux yakuzas, figures parfaites d’hommes obsédés par leurs devoirs, l’honneur et le respect de la famille, en un mot, déshumanisés. Puis il y a eu les prostituées d’occupation, ces femmes soldats rejetant ouvertement leurs sentiments au profit d’un plaisir intense de domination du désir masculin. Vague illusion des restes d’un autre temps, celui de la guerre. Alors il paraissait inévitable pour Suzuki de s’attaquer frontalement à l’idée qui plainait depuis quelques films, la guerre.

Une prostituée se retrouve dans un camp militaire japonais en Mandchourie, elle y devient l’objet d’un capitaine impitoyable et tombe amoureuse de son subalterne. La relation est impossible, mais la femme s’entête.

Nous voilà plongé en plein cœur de cette fameuse Mandchourie, celle qui faisait tant rêvé les frères de La vie d’un tatoué mais qu’on ne voyait jamais. On pouvait penser que la nature filmée dans ce film, merveilleusement colorée et agréable, reflétait ce que devait être la terre Chinoise. Mais le Far West tant vanté n’est rien, un désert interminable, sans vie, sur lequel le souffle du vent vient apporter un peu de mouvement. Déjà peu propice à l’optimisme, vu l’état des lieux, Suzuki achève cette vision en perdant la couleur, tout est définitivement en noir et blanc. Dans cette ambiance sombre, une femme nous est présentée, elle s’appelle Harumi, ce sera le personnage principal. Rêvant d’une vie stable et d’une famille, elle ne trouvera rien d’autres que des mensonges, femme brisée, c’est une prostituée.


Elle n’est pas non plus faible et passive, au contraire elle s’affirme et n’hésite pas à se faire entendre, la femme a du caractère et du courage. Quand elle se retrouve dans le camp militaire, surplombé par une pagode, humble symbole phallique révélant le dur labeur à venir, elle peut laisser tomber ses ambitions de femme, elle n’est plus qu’un objet au service des ardeurs des soldats, une simple prostituée travaillant à la chaîne. Loin d’être idéaliste, elle est parfaitement consciente de cette réalité et s’y soumet tout de suite sans chercher à s’imposer. Aussitôt arrivée dans le camp, aussitôt au travail. Elle va devenir la préférée d’un capitaine arrogant et méprisable, qu’elle le veuille ou non, le capitaine est un gradé qu’on ne contredit jamais.


En nous montrant la personnalité de ce capitaine dans son intimité, on comprend tout de suite quel genre d’homme il est. Surtout quand on rencontre son souffre douleur dévoué, le pauvre Muraki, un soldat rebelle dompté par le capitaine. Le gradé ne s’intéresse pas à ses hommes, il s’en moque, il utilise son pouvoir d’une façon arbitraire. Ce qu’il fait à ses hommes, il le fait à Harumi. Il y a un côté sado-masochiste chez cet homme, comme si la guerre avait révélé son esprit dérangé. L’armée en elle-même est perturbée par les valeurs impériales toutes puissantes qui viennent déshumaniser les soldats pour en faire des pantins au service de l’honneur et de la fierté de la patrie. Une scène comique et tragique à la fois montre un régiment marcher au pas, fièrement sur le chemin qui conduit vers les prostituées.

Propos incisifs de la part de Suzuki qui prennent avec l’armée une ampleur critique loin du regard ironique porté sur le monde des yakuzas. L’Empereur est le maître de cérémonie, privant sa population de son humanité pour mieux l’assouvir aux besoins d’une guerre sans queue ni tête. L’ennemi est invisible, la seule fois qu’on verra des chinois ils se montreront respectables envers leurs prisonniers en leurs proposant un marché afin de les sauver de la mort. Alors finalement, l’ennemi se trouve au sein du régiment japonais, et non pas en face sur le front, mais bien au milieu des esprits japonais. Ces soldats sont leurs propres ennemis, impitoyables envers eux-mêmes au nom des valeurs impériales, ils combattent sans jamais savoir qui sont les hommes en face.


Pendant que les soldats rêvent de gloire et de domination, Harumi retrouve l’amour. Mais comme souvent chez Suzuki, la passion est impossible, l’homme qu’elle désire n’est qu’une caricature d'être humain. Il ne semble même pas touché par toute l’affection de la femme. Son regard, ses gestes sont froids et méprisants. L’important pour lui est la victoire, l’alcool et les femmes sont des obstacles à cette finalité. Harumi est tellement heureuse de pouvoir vivre cette passion qu’elle en oublie la réalité, pour son amour, elle sera même capable de traversée un champ de bataille, et c’est dans une tranchée qu’elle vivra l’unique et seul moment de paix. Elle se laisse dominer par son amour au point de s’aveugler et de ne pas remarquer l’état mental de Muraki.

Le ton du film est pessimiste et sans espoir pour ces individus, la guerre a rongé les sentiments. D’autres arrivent à se rendre compte de cette réalité, un soldat profite d’une attaque pour déserter cette armée de fou plus meurtrière envers ses propres forces qu’envers ses ennemis. L’idéal communiste attire et défie l’illusion impériale japonaise. C’est une prostituée chinoise qui dit le dernier mot de l’histoire dévoilant toute l’ironie et l’absurdité de ce couple, cette même femme qui pendant tout le film a été traité comme une moins que rien.

Seijun Suzuki ne se contente pas de son scénario, même durement critique. Tout en restant sobre, le film est magnifique, avec une utilisation intelligente du noir et blanc avec ses contrastes tout en finesse. Les idées abondent comme l’image du capitaine se déchirant en plusieurs morceaux à la déclaration d’amour passée au ralenti, Suzuki sait mettre en valeur son regard. La haine pour le capitaine et la passion désespérée pour Harumi. L’ambiance est sombre de bout en bout, rythmée par moment par une douce musique dont il ne se dégage aucune note positive. Il n’y a plus que le désespoir d’un amour absurde préférant mourir en pantin dans la plus pure tradition japonaise que de vivre son regain d’humanité. Ce mélodrame ne reconnaît pas plus la passion que la guerre comme expérience salvatrice, il n’y ici qu’illusion et lâcheté.

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

Autour du filmModifier

  • Deuxième film d'une « trilogie de la femme japonaise » entamée avec le coloré La Barrière de chair l'année précédente et achevé en 1966 avec Carmen from Kawachi, dont le fil rouge est l'actrice Yumiko Nogawa.

bande annonce


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