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Film Socialisme , film franco-suisse de Jean-Luc Godard, sorti au Festival de Cannes 2010 où il était sélectionné dans la section Un certain regard.

Analyse critique Modifier

Le film comporte trois parties, « Des choses comme ça », « Quo vadis Europa », et « Nos humanités ». De façon ironique, le film est proposé en DVD avec des sous-titres en "navajo", en fait dans une sorte de pidjin anglais.
Initialement, le film s'appelait Socialisme mais le titre n'était pas totalement satisfaisant pour Godard. Dans une brochure de présentation du film, le philosophe Jean-Paul Curnier a mal lu et a cru que le film s'intitulait Film socialisme. Cela a plu à Godard qui a conservé ce titre.

Godard explique qu'il a eu l'idée de filmer une famille (la famille Martin) dans un garage. Mais cette idée lui a paru insuffisante pour faire un long métrage. Dans l'entretien aux Inrockuptibles, il explique : « Mais ça ne tenait pas sur un long métrage, parce que sinon les gens seraient devenus des personnages et ce qu’il s’y passe serait devenu un récit. L’histoire d’une mère et de ses enfants, un film comme on peut en faire en France, avec des dialogues, des états d’âme. » Il conçoit plus les membres de la famille Martin comme des statues. Godard a ensuite fait la connexion entre cette idée de statue et l'antiquité et donc la Méditerranée.

Dans la première partie, on suit des voyageurs dans une croisière sur la mer Méditerranée passant par l'Égypte, la Palestine, Odessa, la Grèce, Naples et Barcelone. Cette partie se déroule sur le navire Costa Concordia, un bateau qui a fait naufrage le 13 janvier 2012. Cette partie présente un collage elliptique d’images, de paroles, de langues. Lieux et pays défilent, dits, filmés ou inscrits sur les intertitres : Alger la blanche, Haïfa, Barcelone, Napoli, la Grèce, la Palestine et l’Égypte. Et Odessa. Sur ce bateau, on croise surtout des vieux, des retraités de l’histoire qui ont traversé ses turpitudes, disons une grosse moitié de XXe siècle, parfois en s’y compromettant, comme ce criminel de guerre à la nationalité indéterminée. Ce chapitre est une sorte de combat entre Godard et ce qui est advenu du monde. Ce conflit est notamment visuel. On pense à certains plans sur le pont du navire, avec la définition de zones de netteté extrêmement complexes et une photographie virtuose. D’autre part, on est en présence d’une imagerie banale, voire même franchement sale, qui renvoie notamment au film de vacances ou à la vidéosurveillance, avec laquelle est filmée la trivialité de scènes absurdes de plaisanciers, que l’on imagine captées dans le cadre d’un réel brut, boîte de nuit, repas déprimants, gym-tonic face à un écran géant.

Dans la seconde partie, on suit la famille Martin et une équipe de la télévision France 3 qui fait un reportage sur cette famille. Cette partie présente un localisme en contrepoint du nomadisme de la croisière ; un quelque part indéterminé en France. Il s’agit du garage Gérard qui met aux prises ladite famille à une équipe de journalisme de France 3 Régions à l’affût de l’annonce d’une candidature aux élections cantonales d’un des membres de la famille. Pendant que le père tape des factures, les enfants demandent des comptes sur les grands fondements démocratiques et révolutionnaires. D’un régime visuel et narratif plus homogène, on se situe ici davantage chez le Godard décennie 1980.

Troisième partie, l'Europe et ses origines antiques, les rendez-vous manqués . Ce mouvement final («Nos humanités») revient sur les lieux du premier, une visite où une voix (re)fait l’histoire d’un ton magistral un peu plombant, heureusement contrebalancé par un statut visuel tendance Histoire(s) du cinéma ; avec une moindre flamboyance, mais on est bien face à ces juxtapositions, rapprochements, desquels jaillissent des possibilités de sens et d’associations entre ces fragments et éclats : « Mettre à l’abri toutes les images du langage et se servir d’elles, car elles sont dans le désert où il faut aller les chercher. »

Mais le film ne s’arrête pas à un pessimisme désespéré et définitif. Pour ouvrir une brèche rédemptrice, il faut quitter ce rafiot corrompu et rejoindre le local, le sédentaire, en l’occurrence le garage Martin. On y découvre le père, œuvrant à sa comptabilité et déclarant : « il faut savoir dire “nous” pour savoir dire “je”. » La famille doit se battre contre une incarnation d’une vacuité et d’un Mal, une équipe de télévision, qui en fait le siège. Alors que Florine, la jeune fille, lit les Illusions perdues, elle lance à la journaliste : « si vous vous moquez de Balzac, je vous tue ! » C’est en ce lieu, trivial et perdu, dont les occupants refusent d’être filmés, que semble pouvoir se dessiner quelque chose comme une projection vers l’universel, une reconnaissance vis-à-vis de la culture et une interrogation des fondements de l’organisation en société, par exemple l’idée de souveraineté populaire dont Athènes a fait don à l’Europe.

Dans ce geste de réappropriation d’un passé qui semble pourvu d’un peu de présent et de futur, il est question de fédérer et de libérer, une émancipation nouvelle : « quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi. » Si l’incertitude et le doute planent, il est émouvant de voir Jean-Luc Godard, dont l’amertume et l’aigreur face au monde tel qu’il est ne font aucun doute, fonder cette espérance dans la jeunesse, auprès de laquelle il a toujours été, et demeure.

Distribution Modifier

  • Catherine Tanvier : la mère
  • Christian Sinniger : le père
  • Jean-Marc Stehlé : Otto Goldberg
  • Olga Riazanova : Olga Vladimirovna, agent secret russe
  • Élisabeth Vitali : journaliste France 3
  • Eye Haidara : cadreur France 3
  • Patti Smith : la chanteuse guitariste
  • Nadège Beausson-Diagne : Constance
  • Alain Badiou : le philosophe
  • Robert Maloubier : la personne dans la vraie vie
  • Agatha Couture : Alissa
  • Maurice Sarfati
  • Lenny Kaye : le guitariste
  • Bernard Maris : l'économiste
  • Elias Sanbar : l'historien

Fiche technique Modifier

  • Scénario et réalisation : Jean-Luc Godard
  • Photographie : Fabrice Aragno et Paul Grivas
  • Musique : Thierry Machuel
  • Image(s) et autres sons : JLG, FA, PG, JPG
  • Production : Ruth Waldburger, Alain Sarde
  • Sociétés de production : Wild Bunch, Vega Film, Périphéria
  • Durée : 97 minutes
  • Date de sortie : 19 mai 2010 (Festival de Cannes)
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