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Ceux qui m'aiment prendront le train est un film français de Patrice Chéreau, sorti en 1998.

SynopsisModifier

Jean-Baptiste Emmerich, né à Limoges, peintre scandaleux et tyrannique à Paris, mort à Paris, veut qu'on l'enterre à Limoges (le plus grand cimetière d'Europe). C'est par cette phrase qu'il règle ses dernières volontés, lui qui la voyait arriver et ne voulait pas partir en laissant les autres en paix.

Sous couvert d'enterrement, ce film dissèque une journée d'une quinzaine de personnages en crise, rassemblés autour d'un mort, dont la présence et le regard les faisait exister, qui ont perdu tout repère et se retrouvent obligés de se confronter les uns aux autres. Cet homme, en quittant ces vivants qu'il avait si fort influencés, les laisse face à des questions que sa présence faisait oublier.

Critique Modifier

L'idee de ce film vient des obseques du fameux cineaste Francois Reichenbach qui a dit "Ceux qui m'aiment prendront le train". S'ensuit la descente de sa famille et ses amis a Limoges en 1993. Daniele Thompson faisait partie des voyageurs.

Film représentatif de la tension que Patrice Chéreau sait cultiver et entretenir, à l'écran comme à la scène, au cœur de ses personnages et entre ceux-ci. La séquence d'ouverture (long travelling caméra à l'épaule de l'entrée de la gare jusque dans le train) est à ce titre emblématique et stupéfiante.

La scène la plus émouvante de tout le film est celle où Claire découvre dans la pénombre, entre deux portes, la véritable identité de Viviane (anciennement Frédéric . Elle semble troublée mais remarque surtout la beauté de Frédéric, bel homme, devenu belle femme. Elle pleure tellement il/elle lui semble beau. Comment une transformation d'homme en femme peut-elle donner une si belle femme. Claire se sent presque laide face à cette belle femme qu'elle a si bien connu quand il était homme. C'est comme si le Frédéric qu'elle connaissait était mort et venait de renaître en Viviane. Claire va devoir réapprendre à connaître Frédéric/Viviane.

DistributionModifier

Fiche techniqueModifier

  • Réalisation : Patrice Chéreau
  • Scénario : Patrice Chéreau, Danièle Thompson & Pierre Trividic d’après une idée originale de Danièle Thompson
  • Dialogues : Patrice Chéreau
  • Image : Éric Gautier
  • Son : Guillaume Sciama & Jean-Pierre Laforce
  • Montage : François Gédigier
  • Musique : Nina Simone, Catherine Lara, Portishead, Christopher Young, Gustav Mahler, Jeff Buckley, Cake, Eric Neveux, Björk, Banda de Cornetas y Tambored, The Doors, Charles Aznavour, Willy DeVille, Massive Attack, Rita Mitsouko, PJ Harvey, Nina de Artequera, James Brown, The Divine Comedy
  • Producteur exécutif : Jacques Hinstin
  • Producteur délégué : Charles Gassot
  • Production : Téléma Prod., Studio Canal+, France Télévision & Azoz Films
  • Distribution : Bac Films
  • Durée : 130 minutes (2 h 10)
  • Date de sortie : 13 mai 1998


Césars 1999Modifier


Revue de presseModifier

Il est incroyable le regard de Patrice Chéreau sur la bande de zouaves qu’il a flanquée dans le train, jetée à travers le paysage à trois cents à l’heure. Incroyable de tendresse, de générosité, de respect, de la singularité de chacun. Avec ce regard-là, un cinéaste peut tout filmer, le plus trivial, le plus extrême, le plus mélodramatoc. Et il le fait. C’est bouleversant et rigolo.

Jean-Michel Frodon (Le Monde)

Comme « La Reine Margot », « Ceux qui m’aiment… » foisonne de personnages que la caméra serre au plus près. ,Réunis dans un train pour se rendre à l’enterrement de leur ami, tous se cherchent, se querellent et se font du mal pour faire taire leur douleur […] « J’ai un goût, dit Patrice Chéreau, pour les histoires entremêlées. J’ai mieux maîtrisé cette fois-ci. Il y en a beaucoup au début, puis ça se resserre. Les scènes s’allongent et on commence à dire des choses. » Et, pourrait-on ajouter, comme il les dit bien ! Sur un melting pot de sujets pas toujours évidents à filmer (la mort, l’appropriation d’un héritage spirituel, la paternité, l’homosexualité), Patrice Chéreau signe un film admirable.

Jean-Charles Le Meunier (La voix du Lyonnais)


Immersion, dès les premiers plans, de la caméra au cœur de la crise. Elle colle au corps, au visage, impitoyable, elle est fébrile et précise, elle cherche et trouve, elle isole un visage, un regard, un geste. La foule pressée dans le wagon corail s’individualise et se trahit. La brutalité contrôlée des mouvements est relayée par la brutalité du montage. La, manière Chéreau ne ménage pas le spectateur soumis, en plus, à une bande-son exaltée. C’est elle qui fait des rencontres, des tueries, comme le disait Doillon de certains de ses propres films.

Jean-Pierre Jeancolas (Politis)

Comme toujours, Chéreau s’y entend pour filmer des corps, scruter des visages, faire accoucher ses acteurs d’un texte et maintenir chez sa troupe une ligne tendue, tranchante. Mais on a ici le sentiment que tout ce superbe travail tourne à vide, que le style excède la substance, que l’Idée domine la Chair. La fusion entre théorie et incarnation n’opère que par moments fugaces : le travelling arrière sur le cimetière, fulgurant, comme une image mentale funèbre de la France contemporaine ; ou encore la scène entre Trintignant, Perez et les boites à Chaussures, qui fait passer un véritable trouble…

Serge Kaganski (Les Inrockuptibles)

Chic, un artiste est mort. Il est enterré en province. Sa famille, ses amis, prennent le train à Austerlitz pour un dernier hommage. Occasion de découvrir des rapports plus que tendus. L’enterrement de famille est un classique du drame bourgeois. Or là, il devient un lyrisme de cinéma. Chéreau, qui a connu des triomphe à Bayreuth, ne nous emmène pourtant qu’à Limoges. Qu’importe. Le réseau des éclairs avec lesquels il dispose son ouverture est splendide. Dans le train, il mêle l’information (la voix off d’enregistrement du mort), le sentiment (le réseau des regards qui s’espèrent ou s’exaspèrent) et l’action (le portrait éclaté de chacun via l’agitation ferroviaire) dans une splendide leçon de mise en scène… Autant de liens qui ne cessent de se tendre, par le désir ou le rejet, autour de cet enterrement dérisoire (à Limoges, « plus grand cimetière d’Europe »).

La mise au trou d’un père artiste et nihiliste, qui ne voulait rien de rien mais qui est fauteur de tout, est donc traité ici au travers des conséquences sur ceux qui restent… Valeria Bruni-Tedeschi fait la gueule comme d’ab, avec beaucoup de cheveux dans les yeux. Charles Berling, encore mieux que d’ab, joue un fils troublé de Jean-Louis Trintignant, frère désabusé du mort, qui atteint là au pur génie de désinvolture en marchand de chaussures de luxe… Au delà, il y a dans le film un côté catalogue un brin démonstratif des sociologues de l'époque… Notamment dans la brochette d’homo, pourtant fort bien tenue : l’esthète au physique de statuaire (le très grave Pascal Greggory), le travelo extraverti aux hormones (délicieux numéro de Vincent Pérez qui se rêve en boulangère) ou le giton lumineux et séropo (un Sylvain Jacques très ébouriffé)… ici, un public non inverti devra prendre son manuel de psychologie à la rubrique « carence du père ».

Mais si le film parvient à une sismographie exacte et bouleversante de l’innocuité de toute famille, il se veut aussi plaidoyer pour le nécessaire jeu des rôles et des rites… Bref, orchestrant la contradiction majeure entre tout ce que l’on hait et tout ce qui nous fonde, Chéreau a tenté le film total sur le grands écart des rapports filiaux. On pourra en discuter à l’infini la morale, très peu claire. Mais il en a superbement réussi la mise en scène.

Jean-Jacques Bernard (Première)

Dire de Chéreau qu’il est un intellectuel prétentieux n’est pas une révélation. IL nous offre ici un film intelligent mais ennuyeux. Enfin, ennuyeux pour le commun des mortels. L’élite adorera…peut-être. […] Comme le tout est filmé sans talent, il ne reste qu’un brillant exercice de scénariste qui se serait pris, une fois de plus, pour un cinéaste !

Christophe Calzado (Fiches du cinéma)

Jean-Baptiste, qui se savait malade, voulait être enterré à Limoges. « C’est loin », lui avait-on fait observer. « Eh bien, ceux qui m’aiment prendront le train », avait-il répondu… On ne sait pas très bien qui est qui. On ne voit que des éclats de personnage. La caméra de Patrice Chéreau est notre fil d’Ariane dans ce portrait de groupe où chacun se dévoile au fil du voyage. Dure, mais jamais injuste. Brillante, mais dénuée de virtuosité gratuite. Un peu à la manière de John Huston dans Gens de Dublin, elle lie la plainte quotidienne des hommes à la tranquillité de l’éternité qui les cerne. Elle passe de la vie, où tout est joué à moins que les tendres ne s’en mêlent, à cet inconnu a priori terrible, mais où tout est jouable, même l’espoir. Interprétation splendide : Trintignant, Gréggory et Vincent Pérez en transsexuel au nom de fée.

Pierre Murat (Télérama)

Il y a ici, comme souvent dans les films de Chéreau (« La Reine Margot », « La Chair de l’orchidée »), l’idée que toute petite société fonctionne comme une cour, avec ses secrets, ses courtisans et ses cabales. Sauf qu’ici, le roi est mort, le monde n’a plus son ordre et les particules se cognent à tout. Forcément, tout mouvement (loi physique de base) libère de l’énergie. Ces gens-là vont donc s’échauffer, s’énerver et finir par s’engueuler. Mais ces petites histoires (avec qui tu couches ? Pourquoi m’as-tu fait un enfant dans le dos ? Qui aimait-il le mieux de toi ou de moi ?) n’intéressent Chéreau que parce qu’elles ont une traduction formelle. « Ceux qui m’aiment… » est un si évident exercice de style que le reproche de maniérisme ne manquera pas de lui être fait. […]. Or, justement, c’est de se tenir vaillamment et presque exagérément à parti pris que Chéreau réussit à excéder la forme, ou plutôt qu’il fait la forme devenir l’émotion même.

Stéphane Bousquet (Les Cahiers du Cinéma)

Dans un magnétophone, la voix de Trintignant se fait entendre. C’est lui qu’on va enterrer. Il était peintre et semble avoir beaucoup marqué l’assemblée, qui compte des drogués, des homosexuels, des hystériques, un transsexuel. Pas étonnant que le contrôleur ne leur réclame jamais leurs billets. Ces gens-là se retrouvent dans les toilettes, s’injurient sur le quai, se chamaillent dans le cimetière, parlent avec des majuscules de la Mort, de l’Amour, etc. Le résultat finit par être comique, comme si Claude Sautet s’était égaré dans un boite gay […]. Bref, cela empeste la mode et la prétention. Ceux qui m’aiment pas prendront la porte.

Eric Neuhoff (Madame Figaro)

Un peintre vient de mourir et a choisi de se faire enterrer à Limoges. Ses amis, ses amants, les amis de ses amants, retrouvent les membres de sa famille pour faire le voyage en train. L’occasion de faire le point sur leurs vies. Les images qui s’entrechoquent, des gestes ébauchés saisis au vol, des regards échangés pris sur le vif, des dialogues qui se mélangent, des musiques qui s’enchaînent… La symphonie du monde, de ses battements de cœur et de ses déchirures. D’emblée, on est frappé par l’ambition, la qualité et la force de la mise en scène. Par ce mélange d’audace, de liberté, d’invention et d’ambition qui provoque comme un éblouissement. Tout le début de cet étrange voyage qui conduit vers une tombe est une des plus belles choses que l’on ait vu au cinéma depuis longtemps. Et une des plus résolument contemporaines. Comme si, dans le palais du cinéma, Patrice Chéreau venait d’ouvrir une porte restée mystérieusement fermée jusqu’ici. Il y dans ce Chéreau-Là, à la fois quelque chose à la fois d’un peintre abstrait qui saurait donner vie à la matière et d’un médecin légiste qui mettrait à nu les sentiments. Lyrisme et lucidité, émotion et précision…

Magnifique. Bien sur, le début de ce film, tout entier dans le mouvement et l’énergie, met la barre très haut. Et, même si Chéreau réussit par la suite un séduisant cocktail des genres et des tons, on ne pourra s’empêcher de regretter un peut qu’on ne se pose pas davantage. Ou que ce personnage du mort que Chéreau nous a furieusement donné envie de connaître, se dilue pour ne plus être que le révélateur des liens qui unissent ces êtres blessés, jetés dans la tourmente de l’amour et du désir. Chacun réalise en effet ce qu’il était pour cet homme qu’on s’apprête à enterrer, et du coup, ce qu’ils sont tous, les uns par rapport aux autres. Et sur une bande originale superbe, des acteurs inspirés (et ils ont tous formidables, de Trintignant, plus insaisissable et profond que jamais, à Vincent Pérez, littéralement hallucinant dans un rôle très inattendu, en passant par Berling, Gréggory, Todeschini, Valeria Bruni-Tedeschi, Dominique Blanc, Sylvain Jacques…) portent la douleur ~ et l’espérance ~ d’aimer jusqu’à l’incandescence. Leurs ombres tremblent sur les murs longtemps encore après que les feux se soient éteints.

Jean-Pierre Lavoignat (Studio magazine)

Patrice Chéreau à propos de son filmModifier

Je sais maintenant ce que le cinéma m’apporte, ce que je ne peux trouver qu’au cinéma. Il ne faut pas séparer violemment le cinéma du théâtre comme on le fait, même si je sais bien que nous sommes dans un pays où les frontières ont du mal à être franchies. Ainsi, lorsque je rencontre des gens qui me demandent mes projets, et que je réponds que je viens de terminer un film et que j’en écris un autre - ce qui est vrai - ‘‘Mais le théâtre ?’’ interrogent-ils. ‘‘Non, pas de projets immédiats’’. ‘‘Quel dommage !’’ s’écrient-ils alors. Il n’y a pas de dommage. Le cinéma et le théâtre ne sont pas des univers séparés et incompatibles, quoiqu’on dise. Toute révérence gardée, je préfère me rappeler l’exemple de ‘‘Citizen Kane’’, dont le générique porte à un moment la très belle mention : ‘‘Tourné avec les acteurs du Mercury Theatre’’... (Patrice Chéreau)

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