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Bernard Herrmann (29 juin 1911 New York, États-Unis – 24 décembre 1975 Los Angeles) compositeur et chef d’orchestre, essentiellement connu pour ses musiques de films, particulièrement celles issues de sa collaboration fructueuse avec Alfred Hitchcock. Introduit à Hollywood par Orson Welles avec lequel il débuta (Citizen Kane), il fut redécouvert à la fin de sa vie par la génération du nouvel Hollywood pour laquelle il écrivit et dirigea ses dernières partitions (Taxi driver de Martin Scorsese). Il s’illustra aussi par ses compositions et directions pour la radio et la télévision. Il est aujourd’hui considéré comme un des grands maîtres de la musique de film moderne.

Biographie Modifier

Apprentissage (1911,1933)Modifier

Bernard Herrmann nait à New York en 1911, premier enfant d'une famille d'origine russe juive issue de l’immigration massive d’Europe de l’Est. Abraham Herrmann encourage vivement dès le plus jeune âge l'éducation musicale de ses deux fils qui passe, pour l'aîné, par l’apprentissage du violon pour lequel il ne développe pas d’aptitude particulière. Ce dernier s’illustre en revanche rapidement par ses talents pour la composition remportant à 13 ans un premier prix (100$) pour une pièce illustrant Les cloches de Paul Verlaine. Son initiation à la composition passe alors par la découverte du Grand traité d’instrumentation et d’orchestration modernes d’Hector Berlioz, son livre de chevet, compositeur dont l’influence restera perceptible dans le travail de Bernard Herrmann pour les perspectives qu’il ouvre sur l’utilisation d’instruments non conventionnels. Herrmann, qui est et restera un lecteur insatiable, se lie à la même époque une d'amitié très forte avec le futur écrivain et directeur de film Abraham Polonsky.


L'année 1928 marque le début d’une grande amitié avec Aaron Copland dont il rejoint le groupe des jeunes compositeurs. Sa personnalité, son érudition et son appui seront déterminant dans le développement de la carrière du jeune Herrmann. La nouvelle scène musicale new-yorkaise est alors en ébullition, à l'image d'un Georges Gershwin avec lequel l'étudiant peu zélé partage ses après-midi . Des enseignements qu'il recevra avec son ami Moross à l’Université de New York et la Juilliard School jusqu’en 1932, les quelques cours de Percy Grainger auront le plus d'influence . Le savoir encyclopédique de l'australien excentrique, son ouverture la plus large vers toutes les formes de musique et son intérêt pour les compositeurs tombés dans l'oubli marqueront durablement l'élève qui aspire à s'affranchir des conventions.
Herrmann réunit l'année suivante un premier orchestre de 30 musiciens, le New Chamber Orchestra of New York, qui constitue alors son médium principal pour faire entendre sa musique.

Les années CBS (1934, 1939) Modifier

En 1934, l'occasion s'offre à lui d'entrer à CBS (Columbia Broadcasting System) comme chef d’orchestre . La radio est alors le média populaire incontournable dont le dynamisme et le penchant pour l'innovation répondent à ses attentes. Cette période est pour lui l’occasion de s’illustrer rapidement dans la composition de musique pour pièce radiophonique et de défendre certaines de ses convictions (en soutenant le travail de Charles Ives notamment). Il poursuit parallèlement son travail personnel débutant deux années plus tard l’écriture de sa première pièce de concert, Moby Dick, cantate achevée en 1938 [1]. En 1937, Herrmann s’est imposé comme l'un des compositeurs pour radio les plus brillants et assurément l'un des plus prolifiques.

Débuts à Hollywood (1939, 1947) (1951, 1955) Modifier

En 1939, Welles convainc son ami de le suivre à Hollywood[2]. Citizen Kane (1941), fruit de leur première collaboration, a un retentissement majeur. À l’image du film, la musique, de part sa construction et la richesse des apports divers, marque un tournant dans l’histoire de la musique de film[3]. Herrmann signe la même année la musique très ambitieuse de Tous les biens de la terre (The Devil and Daniel Webster) de William Dieterle pour laquelle il s’autorise de nombreuses expérimentations (peinture sur bande, overdubbing)[4]. Nommé aux Oscars cette année là pour ces deux premiers coups d’essai, il remporte la statuette pour le second. La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons) marque le terme de la collaboration avec Welles, le compositeur ne lui pardonnant pas de s’être incliné devant le re-montage du film opéré par les studios. Refroidi par cette expérience, Herrmann tardera de fait à embrasser pleinement la carrière qui s'ouvre à lui dans le cinéma[5].

L’intransigeance, le caractère irascible d’Herrmann qui n’hésite pas à sacrifier une amitié pour un bon mot assassin lui vaudront d’ailleurs de perdre progressivement un nombre important d’amis et de soutiens. Ce manque d’appui pénalisera clairement l’épanouissement de sa carrière de chef d’orchestre à laquelle il tient plus que tout mais pour laquelle il ne soulèvera jamais une adhésion suffisante. De même, ses quelques œuvres de concert (il achève sa Symphonie en 1941) ne connaîtront qu’un succès saisonnier[6].

Pour Joseph L. Mankiewicz il signe en 1947 la musique du film L'Aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs. Muir), œuvre qu’il présentera par la suite comme sa plus satisfaisante[7]. Herrmann toujours enraciné à New York rompt alors avec le cinéma et quitte la Californie. Tout en poursuivant durant toutes ces années son travail pour la radio où son statut lui garantit des libertés exceptionnellement accordées au cinéma, ll achève en 1951, après huit ans de travail, son opéra Wuthering Heigths[8]. Cet accomplissement non fécond couplé au démantèlement de l'orchestre de CBS pousse Herrmann à reconsidérer sa position vis à vis d'Hollywood[9].

Sa collaboration sur le film Le Portrait de Jenny avait été pour lui l’occasion d’appréhender une première fois la composition pour cet instrument électrique singulier qu’est le thérémine. Pour son retour non attendu sur la côte ouest il concrétise cette tentative avec la musique du Le Jour où la terre s'arrêta (The Day the Earth Stood Still) de Robert Wise (1951) qui définira pour longtemps la musique de film de science-fiction[10]. Sont assemblés pour l’occasion une véritable section de thérémines appuyée par des violons, basses et guitares électriques. Jouer sur des compositions peu orthodoxes d’orchestres sera une constante de l’œuvre d’Herrmann.

Les années Hitchcock (1955,1966) Modifier

L’année 1955 marque le début de sa collaboration avec Alfred Hitchcock qui reste un modèle du genre[11]. Les trois premières œuvres sont souvent jugées moins significatives : Mais qui a tué Harry ? (The Trouble With Harry) (1955) et Le Faux Coupable (The Wrong Man) (1956) ont une coloration qui détonne dans l’image commune que l’on se fait de l’œuvre d’Herrmann. L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much) (1956) comporte quant à lui une chanson (Que Sera Sera) imposée par la production du fait de la présence de Doris Day et son point culminant reste la cantate du compositeur Arthur Benjamin utilisée pour la première version du film, qu’Herrmann estime humblement insurpassable et qu’il se contentera donc de réorchestrer[12] (note: il la dirige en personne dans le film).

En 1958, Hicthcock offre enfin à Herrmann un projet à la pleine mesure de ses ambitions et de son talent. La partition qu’il délivre pour Sueurs froides (Vertigo) est une œuvre majeure à laquelle le film ouvre de larges plages non dialoguées où elle peut s’exprimer pleinement. Le thème principal où résonne fortement les échos du Liebestod du Tristan et Isolde de Richard Wagner se déploie sur plus de cinq minutes[13]. La thématique du film est en outre proche des aspirations d’Herrmann que l’on classe dans la famille des compositeurs romantiques.

Son travail sur La Mort aux trousses (North by Northwest) l’année suivante est aussi d’une facture exceptionnelle, avec notamment son ouverture construite sur un improbable fandango à la dynamique époustouflante[14]. Mais c’est en 1960 qu’il obtient enfin la totale adhésion du plus grand nombre avec sa musique pour Psychose (Psycho), modèle absolu du genre, dont la forte singularité est d’être écrite uniquement pour des cordes. La musique qu’il impose pour la scène de la douche qu’Hitchcock avait prévu d’habiller d’un silence froid, restera sa signature, entrera dans le patrimoine commun et constitue sûrement la pièce de musique de film la plus citée et la plus reproduite[15].

Parallèlement, Herrmann débute une collaboration avec le producteur Charles H. Schneer et le maître de l’animation Ray Harryhausen : Le Septième voyage de Sinbad (The 7th Voyage of Sinbad) en 1958, L'Île mystérieuse (Mysterious Island) en 1961 et Jason et les Argonautes (Jason and the Argonauts) en 1963. Le fruit de ce travail sous-évalué à l’époque est fastueux car l’illustration de sujets à caractère fantastique légitime toutes les tentations d’Herrmann à composer pour des ensembles orchestraux aux compositions improbables (notamment des sections de cuivres imposantes).

Enfin le compositeur ne manque pas son rendez-vous avec la télévision, le média qui monte en puissance. Rod Serling fait naturellement appel à lui pour habiller sa remarquable série La Quatrième Dimension (The Twilight Zone) dont il signe la musique de nombreux épisodes, à commencer par le pilote et le générique de la première saison[16]. Mettre en musique plusieurs épisodes de la série Alfred Hitchcock présente s'impose aussi naturellement.

Ses trois dernières collaborations avec Hitchcock seront Les Oiseaux (The Birds) (1963), film qui ne comporte pas de musique mais un assemblage de sons échantillonnés ou synthétiques, Pas de printemps pour Marnie (Marnie) (1964) et Le Rideau déchiré (The Torn Curtain) (1966), projet avorté, la partition d’Herrmann qui n’avait tenu compte d’aucune des recommandations étant finalement rejetée par le réalisateur sous la pression des studios qui lorgnent dorénavant vers des musiques ayant un potentiel commercial évident.

Ce rejet progressif des studios hollywoodiens pour la musique à caractère classique au profit d’une musique « pop » décide Herrmann à quitter la côte californienne.

Londres et la génération du nouvel Hollywood (1966, 1976) Modifier

La sollicitation de François Truffaut pour composer la musique de son Fahrenheit 451 (1966) touche Herrmann et vient à point[17]. Le deux hommes, réunis sous l'ombre d'Hitchcock, se vouent une admiration mutuelle qui perdurera. Il délivre pour l'occasion l'une de ses plus belles partitions depuis Psychose. Leur seconde collaboration,La mariée était en noir, ne comblera pas le réalisateur dans la même mesure (c'est par ailleurs, un des films qu'il regrette le plus d'avoir tourné). La carrière du compositeur pour le cinéma est alors mise en sommeil.

A cheval entre la Californie et Londres (où il ne s'installera définitivement qu'en 1971) , il profite de ces années de faible activité pour réenregistrer, souvent à ses frais, certaines de ses propres œuvres ou celles de compositeurs qu'il admire (Sibelius, Dukas, Liszt[18],Holst,Raff,Satie, Debussy[19]). Ces enregistrements suscitent rarement un grand enthousiasme (exception faite notamment de celui de la seconde symphonie de Ives). Son plus grand accomplissement personnel durant cette période reste l'enregistrement de son opéra, opéra qu'il entend pour la première fois[20].

Deux tentatives malheureuses dans le registre de la comédie musicale[21], plusieurs projets pour le cinéma avortés (L'Obsédé de Wyler [22], L'Exorciste de Friedkin [23]), d'autres rares sans éclats (où il verse souvent dans l'auto-citation) nourissent l'amertume d'un Herrmann à la santé déclinante.

L’année 1973, la génération dite du « Nouvel Hollywood » ayant pris le pouvoir, marque pourtant le début d’un regain d’intérêt pour le travail du compositeur. Brian De Palma, pressé par son monteur, a l’audace de lui demander d’écrire la musique de son Sœurs de sang (Sisters) (1973)[24]. Grâce à cette collaboration fructueuse le jeune public découvre l’univers d’Herrmann[25]. Ils enchaînent ensemble avec Obsession (1976), travail pour lequel le compositeur, fatigué, donne beaucoup de lui-même et dont il sort éprouvé[26]. Pour Martin Scorsese, il signe sa dernière partition (Taxi driver (1976) , singulière et inspirée. Il décède au soir du dernier jour d’enregistrement. Le film lui est dédié

Analyse sommaire de la contribution d’Herrmann à la musique de film Modifier

Contexte Modifier

En 1940, le monde de la musique de film hollywoodien est dominé par des compositeurs issus de l’immigration d’Europe de l’Est formés parfois par des grands maîtres du classique (Richard Strauss, Gustav Mahler notamment). Cette situation est d’autant plus figée que le système hollywoodien est alors bâti sur les studios, studios auxquels les artistes sont fortement liés via des contrats.
Les maîtres d’alors (Erich Wolfgang Korngold, Max Steiner, Dimitri Tiomkin et l’exception américaine Alfred Newman) produisent une musique dont les qualités intrinsèques ne peuvent pas être mises en cause (Mahler voyait en Korngold un futur grand maître) mais dont on peut discuter la parfaite adéquation à ce nouveau média qu’est le cinéma. Ils font preuve d’un académisme assez strict caractérisé par l'usage orchestres symphoniques amples, d'harmonies riches et luxueuses et de longues lignes mélodiques expressives[27]. Des tentatives concluantes de réflexion sur les spécificités de cette musique sont pourtant conduites. Pour exemples le travail de Max Steiner sur King Kong ou les œuvres emprunt d'exotisme de Miklós Rózsa pour certains films de genre.

Le cas Herrmann Modifier

Herrmann bouleverse cet académisme en synthétisant ce qui sera la musique de film moderne. Parmi les particularismes de la musique d’Herrmann on peut dégager un usage poussé de l’art de la dissonance,des accords augmentés, ainsi qu'une propension à l'élaboration de structures harmoniques sibyllines construites sur des intervalles et accords empilés, souvent minimalistes, lassinantes et hypnotiques et qu'il laisse parfois irrésolues[28]. Mais les plus significatifs restent l’utilisation fréquentes de motifs musicaux (ostinato) et les libertés qu’il s’accorde en terme d’orchestration (la musique n’étant pas destinée à être reproduite en concert, il ne veut rien s’interdire). Du premier, il tire une capacité nouvelle à s’accorder au rythme propre du film induit par le montage (se traduisant aussi par une réactivité et une productivité saluées par ses collaborateurs lors des inévitables remontages)[29]. Le second lui permet d’élargir considérablement son vocabulaire (d’autant plus qu’il ne cessera de s’ouvrir à de nouvelles techniques : instruments électriques, électroniques, usage de l’over-dubbing, des bandes inversées….. ).

On reproche parfois à Herrmann d’avoir sacrifié sa musique sur le principe de l’efficacité, faisant parfois l’usage d’un nombre trop minimaliste de notes. Herrmann développe plutôt rarement des mélodies. Compositeur qualifié de néo-romantique, il brille, de fait, tout particulièrement dans l’illustration des sentiments exacerbés, passion amoureuse, terreur et psychose auxquels l’Ostinato donne corps efficacement, soutenu par les dissonances et orchestrations perturbées. La « simplicité » du matériel musical confère à sa musique une capacité d’imprégnation immédiate et durable sur l’auditeur. Sa signature musicale est immédiatement identifiable.

Héritage Modifier

Le travail d’Herrmann est d’une facture moderne et solide qui supporte aisément la marque du temps. On peut supposer que sa carrière était sur le point d’être relancée : il devait travailler sur le Carrie de Brian De Palma[30] et Steven Spielberg avait tenu a le rencontrer lors de ses dernières séances d’enregistrements[31].

Quelques compositeurs actuels revendiquent cet héritage. John Williams signe en 1982 une partition aux accents indiscutablement herrmanniens pour le E.T. de Steven Spielberg. Danny Elfman pour lequel les films Harryhausen-Herrmann furent une révélation construit pour Edward aux mains d'argent une musique que l’on rapproche sans mal du Fahrenheit d’Herrmann. Sa composition pour Mars Attacks! est un pastiche autant qu'un hommage appuyé à celle écrite pour Le Jour où la terre s'arrêta

L’œuvre d’Herrmann survit aussi plus simplement au travers de citations. Citons les compositions reprises presque intégralement pour deux remakes de films dont il avait composé la musique originale :Les Nerfs à vif (Cape Fear) de Martin Scorsese et Psychose de Gus Van Sant réorchestrés respectivement par Elmer Bernstein et Danny Elfman. La signature efficace du premier étant aussi employée dans le deuxième opus de Trois droles de dames. Dernièrement, Quentin Tarantino prouva dans le premier volume de son Kill Bill (2003) au travers d’un emprunt à la bande originale de Twisted Nerve (1968) que la puissance de la musique d’Herrmann était assurément intacte.

Enfin, l'emploi répété d'ostinato fait de la musique d'Herrmann une candidate idéale au sampling pour l'élaboration de boucles. Comme le démontre en 2002 le groupe The Cinematic Orchestra avec son morceau The Man With a Movie Camera construit sur un échantillon de la partition du film le Septième voyage de Sinbad.

Listes des œuvres Modifier

Musiques de films Modifier

  • 1941 : Citizen Kane d'Orson Welles profite de la dynamique de travail forgée lors de leurs expériences radiophoniques. Welles offre en outre au compositeur le luxe de travailler sur le film dès le début de sa production, soit douze semaines. La richesse des apports (musique américaine via des pastiches ou des compositions existantes) caractérise cette œuvre de style néo-romantique où les méthodes de travail du compositeur pour la radio transpirent plus que dans aucune autre de ses réalisations suivantes (dans l'utilisation des ponts notamment). Il y impose son style non mélodique, l'usage de leitmotiv, dès l'ouverture à l'orchestration déjà singulière. Il privilégie la ponctuation là où le remplissage (fond sonore) faisait règle[32]. Il compose pour l'occasion l'aria d'un opéra fictif[33].
  • 1941 : Tous les bien de la terre (The Devil and Daniel Webster ou All That Money Can Buy). Herrmann profite encore une fois de condition de travail rares puisque Dieterle qui l'implique tout au long de la production, le convie à la projection des rushs, place en lui toute sa confiance (il n'entendra les premières notes qu'au premier jour d'enregistrement)[34]. Américaine par essence, nourrie de mélodies traditionnelles, la musique est enrichie d'expériences sonores fruits de la collaboration étroite du compositeur avec l'ingénieur du son James.G Stewart (avec lequel il avait déjà travaillé sur Kane). Peinture sur bande, intégration et détournement d'échantillons sonores ou superposition de multiples prises de son pour produire un solo de violon surnaturel et endiablé[35]. De ce travail, Herrmann, qui a toujours refusé qu'on le réduise à un compositeur pour musique de film, tirera une pièce concert (The Devil and Daniel Webster suite).
  • 1942 : La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons) d'Orson Welles. La moitié de la musique d'Herrmann disparaît dans le re-montage effectué par le studio, à commencer par les deux nocturnes.
  • 1944 : Jane Eyre de Robert Stevenson ravive l'intérêt d'Herrmann pour l'univers des sœurs Brontë au point qu'il s'engage dans la composition de son opéra[36]. Pour son entrée à la 20th Century Fox, le royaume d'Alfred Newman, il produit une de ses musique les plus conventionnelles.
  • 1945 : Hangover Square de John Brahm. Partition très remarquée d'Herrmann dont le point culminant est le Concerto Macabre pour piano dont l'écriture précède la réalisation du film[37] (luxe rarement offert). Dans cette pièce de nature litzienne d'une durée dix minutes, le compositeur fusionne les trois mouvements et convoque les dissonances et ruptures en écho au désordre psychologique du protagoniste principal. Selznick fortement impressionné propose à Herrmann de travailler sur le prochain film d'Alfred Hitchcock (La Maison du docteur Edwardes), demande qu'il réitère ensuite pour Le Procès Paradine.
  • 1946 : Anna et le roi de Siam (Anna and the King of Siam). Herrmann, qui a pris le soin de se documenter, délivre une musique en miroir du film. De tonalité orientale mais restituée par un orchestre traditionnel[38]. Cet exercice est pour lui l'occasion d'appréhender pour la première fois l'échelle pentatonique pélog javanaise dans son travail pour le cinéma. Sélectionnée aux oscars.
  • 1947 : L'Aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs. Muir) de Joseph L. Mankiewicz. La thématique du film entre en résonance avec les aspirations romantiques du compositeur. Cette musique, une des plus personnelles qu'il ait composé pour le cinéma, partage d'ailleurs quelques motifs avec Wuthering Heigths, l'opéra sur lequel il travail depuis des années. Les deux œuvres sont intimement liées. L'évocation des flux, reflux et agitations des élément marins (qui font écho aux transport d'âme de l'héroine) , par son approche impressionniste, peut être rapprochée de certains travaux de Debussy (La Mer) ou de compositeurs britanniques comme Benjamin Britten ("Peter Grimes") ou Ralph Vaughan Williams pour lesquels Herrmann n'a jamais caché son admiration. La partition se caractérise aussi par un usage poussé du leitmotiv.
  • 1948 : Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie) (non crédité)
  • 1951 : Le Jour où la terre s'arrêta (The Day The Earth Stood Still) de Robert Wise. Ce film marque le retour du compositeur au premier plan (dans l'esprit des studios et du public tout du moins). Il est célèbre pour l'usage qu'il y fait d'instruments électroniques et électriques (violons, basses,guitares,thérémines appuyés par quatre pianos, quatre harpes et une section imposante de cuivres)[39].
  • 1951 : La Maison dans l'ombre (On Dangerous Ground). L'engagement d'Herrmann pour la musique de film est dès lors entier. Il se traduit dans les faits par la liberté qu'il s'accordera dorénavent à s'écarter des orchestrations conventionnelles (se permettant de déséquilibrer totalement les orchestres des studios, ce qu'il est considérablement plus difficile d'obtenir pour la production de pièces de concert). Le style Herrmann est posé.
  • 1952 : L'Affaire Cicéron (Five fingers) de Joseph L. Mankiewicz
  • 1952 : Les Neiges du Kilimandjaro (The Snows of Kilimanjaro) d'Henry King
  • 1953 : La Sorcière blanche (White Witch Doctor)
  • 1953 : Tempête sous la mer (Beneath the 12-Mile Reef) dont les neuf harpes[40] annoncent ses futures compositions pour les films d'Harryhausen.
  • 1953 : Capitaine King (King of the Khyber Rifles) remarquable pour son très large emploi des rythmes et modes orientaux (échelle pentatonique pélog javanaise).
  • 1954 : Le Jardin du diable (Garden of Evil) d'Henry Hathaway
  • 1954 : L'Égyptien (The Egyptian) (co-écrit avec Alfred Newman)
  • 1954 : Prince of Players
  • 1954 : L'Homme du kentucky (The Kentuckian) de Burt Lancaster est la seconde incursion du compositeur dans le genre du Western. Une de ses pièces les moins sombres.
  • 1955 : Mais qui a tué Harry ? (The Trouble with Harry) d'Alfred Hitchcock. Singulière pour ses couleurs orchestrales, cette musique écrite pour une petite formation de vent et cordes (complétée par quatre cors et une harpe mais exempt de percussion) réexploite de thèmes écrits en 1952 pour le programme radio 'Crimes Classics'[41]. Singulière aussi comme l'unique comédie habillée par le compositeur. Il réutilisera plusieurs fois cette formation (L'Homme du kentucky,Blue-jean,Tender Is the Night,Joy in the Morning) pour ses musiques de film qui restent parmi les plus confidentielles.
  • 1956 : L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much) d'Alfred Hitchcock. Peu de place pour la musique d'Herrmann sur ce film. À son crédit, la réorchestration de la cantate enrichie d'un orgue, de harpes et de cuivres dont les partitions expressives portent la marque du compositeur.
  • 1956 : Le Faux Coupable (The Wrong Man) d'Alfred Hitchcock, musique qui se distingue pour son incursion timide (en accord avec le sujet du film) dans le monde du jazz. Composée pour une petite formation, la musique reste en retrait. Le prélude est une des rares pièces gaie et enlevée produite par Herrmann.
  • 1956 : L'Homme au complet gris (The Man in a Grey Flannel Suit) de Nunnally Johnson
  • 1956 : Williamsburg
  • 1957 : The Hatful of Rain de Fred Zinnemann
  • 1958 : Le Septième voyage de Sinbad (The 7th Voyage of Sinbad) co-réalisé par Ray Harryhausen. Première des quatre collaborations du compositeur avec le tandem Schneer-Harryhausen qui offrira à Herrmann l'occasion de déséquilibrer sans contrainte ses orchestres en toute légitimité et d'explorer ainsi de nouveaux champs d'orchestration à l'image d'un pionnier comme Edgard Varèse. Complété par un ensemble de percussion, l'orchestre s'exprime souvent au travers de quelques instruments singulièrement mis en avant (célesta, glockenspiel, triangle), pour caractériser certains personnages notamment[42]. Pour la princesse, des violons en sourdine s'exprimant uniquement dans le registre aigu. Pour le squelette, il convoque xylophone, castagnettes, wood-blocks, fouet dans un pastiche enlevé de la danse macabre de Camille Saint-Saëns. Souvent condamné pour auto-citation (excusable au regard de la quantité de matériel produit sous exploité) Herrmann réemploye des thèmes composés en 1934 pour CBS (The Arabian nights). De sa pièce de concert inachevé Egypt - A Tone Picture il tire le thème de Bagdad[43]. À plusieurs reprises il tire profit de l'expérience qu'il acquise dans ses travaux précédent sur l'échelle pentatonique.
  • 1958 : Sueurs froides (Vertigo) d'Alfred Hitchcock
  • 1958 : Les Nus et les morts (The Naked and the Dead) de Raoul Walsh
  • 1959 : La Mort aux trousses (North by Northwest) d'Alfred Hitchcock
  • 1959 : Blue-jean (Blue Denim)
  • 1959 : Voyage au centre de la terre (Journey to the Center of the Earth) pour orgues, harpes, cuivres et percussions.
  • 1960 : Psychose (Psycho) d'Alfred Hitchcock. Pour ce qui reste sa partition la plus célèbre Herrmann réduit, en accord avec la photographie et le budget du film, son orchestre à une formation de cordes, cordes dont il exploite toutes les dimensions en jouant de tous les effets possibles (elles se substituent notamment aux percussions). La musique est construite sur un ensemble de motifs non mélodiques, continuellement modulés, modulations qui leur sont propres lorsque ces motifs sont superposés (la musique semble alors dériver en s'égarant dans des jeux de dissonances). Autre caractéristique propre à la signature du compositeur, l'exploitation de la phrase musicale suspendue qui trouve son aboutissement au final, démonstration éloquente du bon usage de la musique sérielle. Pour influence, on cite le Divertimento pour cordes de Bela Bartok[44].
  • 1960 : The Three Worlds of Gulliver co-réalisé par Ray Harryhausen
  • 1961 : L'Île mystérieuse (Mysterious Island) co-réalisé par Ray Harryhausen
  • 1962 : Les Nerfs à vif (Cape Fear) dont le célèbre motif à quatre notes pour cuivres, par sa simplicité et son efficacité, caractérise tout particulièrement le travail d'Herrmann (pour ce à quoi on le réduit habituellement).
  • 1962 : Tendre est la nuit (Tender is the night) d'Henry King
  • 1962 : Joy in the Morning
  • 1963 : Les Oiseaux (The birds) d'Alfred Hitchcock
  • 1963 : Jason et les Argonautes (Jason and the Argonauts) co-réalisé par Ray Harryhausen
  • 1964 : Pas de printemps pour Marnie (Marnie) d'Alfred Hitchcock
  • 1966 : Le Rideau déchiré (Torn Curtain) d'Alfred Hitchcock, remarquable pour la démesure de ses pupitres de flûtes, cors et trombones.
  • 1966 : Fahrenheit 451 de François Truffaut
  • 1967 : La mariée était en noir de François Truffaut
  • 1968 : Twisted Nerve
  • 1971 : The Night Digger convoque le timbre singulier de l'harmonica en contrepoint et rupture sur un ensemble de cordes classique. La violence de cette intrusion, comme celle des glissandi des violons, est balancée par l'emploi de la viole d'amour. Herrmann obtiendra une nouvelle fois que le nom des solistes soient inscrits au générique.
  • 1971 : La Bataille de la Neretva (The Battle of Neretva)
  • 1973 : Sœurs de sang (Sisters) de Brian De Palma, caractérisé par l'emploi de deux synthétiseurs Moog[45], une orchestration plus que jamais perturbée, et parcouru par un thème typiquement herrmannien, hypnotique et entêtant, joué au glockenspiel.
  • 1974 : It's Alive!
  • 1976 : Obsession de Brian De Palma. Œuvre testament dominée par un vaste chœur et un orchestre d’une ampleur sans précédent (avec orgue), dont l’écriture fleure souvent avec l’impressionnisme de Debussy (celui du Martyre de St Sébastien), incluant aussi la polytonalité ou les dissonances agressives déjà exploitées pour Le Rideau déchiré. Avec ce film, le compositeur, en proie depuis toujours à certaines obessions (sa mort tout particulièrement), renouait contre l'avis de ses médecins avec un engagement total.
  • 1976 : Taxi Driver de Martin Scorsese. Herrmann investit enfin le champ du jazz symphonique (incarné notamment par les musiques innovatrices d’Alex North (un des rares compositeurs pour musique de film qu'Herrmann tenait en haute estime), Elmer Bernstein ou Lalo Schifrin).

Exploitations ultérieures du travail d'Herrmann pour le cinéma


Voir aussiModifier

Discographie Modifier

La musique d'Herrmann bénéficia dans la seconde partie des années 1990 d'un regain d'intérêt certain qui se concrétisa par la réédition en CD de la quasi totalité de ses œuvres significatives (plusieurs dizaines de références). Réédition d'enregistrements originaux ou de ré-enregistrements réalisés par l'auteur lui-même durant sa période londonienne. Mais aussi nouveaux enregistrements d'œuvres complètes, ou partielles exploitées dans de nombreuses compilations. Dans la première catégorie, parmi les plus notables, on peut pointer le travail remarquable de la maison d'édition Varèse Sarabande avec le Royal Scotish National Orchestra. Pour la seconde, on distingue les enregistrements réalisés sous la direction de l'ami Elmer Bernstein et du talentueux Esa-Pekka Salonen.

Bibliographie Modifier

  • anglaisSteven C. Smith: A Heart at Fire's Center. Life and Music of Bernard Herrmann, University of California Press 1991, ISBN 0-52007123-9
  • Jean-Pierre Eugène: La musique dans les films d'Alfred Hitchcock, Dreamland éditeur, Paris, 2000 ISBN 2-910027-60-0
  • anglaisDavid Cooper : Bernard Herrmann's The Ghost And Mrs. Muir: A Film Score Guide, Scarecrow Press 2005, ISBN 978-0810856790
  • anglaisDavid Cooper : Bernard Herrmann's Vertigo: A Film Score Handbook, Greenwood Press 2001, ISBN 978-0313314902

Documentaire vidéo Modifier

Liens externes Modifier


Retrouvez tous les détails de la filmographie de Bernard Herrmann sur sa fiche IMDB


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