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Avalon (アヴァロン) est un film japonais (et polonais) réalisé par Mamoru Oshii, sorti en 2001.

SynopsisModifier

Dans un futur proche, le jeu de guerre illégal Avalon est un jeu vidéo sur lequel les joueurs branchent directement leur cerveau, et qui provoque des comportements addictifs. Certains joueurs sont tellement plongés dans le jeu que leur esprit y reste bloqué, leur corps demeure inerte, dans un état végétatif dont ils ne sortent plus : ce sont les non-revenus. Le nom « Avalon » provient de l'île de légende où vont les âmes des guerriers (dont celle du roi Arthur).

Comme dans tout jeu de tir subjectif, les personnages du jeu commencent avec des possibilités réduites et armés uniquement d'un pistolet et d'un chargeur, dans la classe C ; au fur et à mesure qu'ils remplissent des missions, ils accumulent des points qui leur permettent soit d'améliorer les capacités de leur personnage, soit d'acquérir du nouveau matériel, mais qui peuvent aussi être convertis en argent que touche le joueur dans le monde réel. En progressant, ils accèdent à des missions de plus en plus difficiles, avec plus de contraintes (par exemple un temps limité pour réaliser la mission), dans la classe B puis la classe A. Certains joueurs montent des équipes pour réaliser des missions en commun.

Les programmeurs du jeu sont connus sous le pseudonyme des « Neuf sœurs ». Les personnages les plus puissants sont les Bishops (évêques), seuls les joueurs les plus expérimentés arrivent à mener leur personnage à ce niveau. Le pouvoir de décider de leur réalité ultime, illusoire aussi, les anime, et les 'jeux' ressemblent terriblement à des interventions à partir de documentaires de guerres réelles, passées, datant du milieu du XXème siècle...

L'héroïne, Ash, ne vit que pour le jeu, et par le jeu : elle a atteint un niveau suffisant (classe A) pour lui permettre de gagner sa vie en jouant. Elle faisait partie d'une équipe réputée, les Wizards, qui fut dissoute pour une raison mystérieuse. Elle rencontre un de ses anciens partenaires, Stunner, qui lui apprend que Murphy, un des membres de l'équipe, est un non-revenant. Il aurait essayé d'accéder à un niveau caché, la classe Spécial A (SA), qui permettrait d'accumuler un nombre de points faramineux. Désireuse que son personnage devienne Bishop, Ash décide de tenter d'accéder elle aussi à cette classe SA. Pour cela, elle se met à la recherche, dans le jeu, du point d'accès : une petite fille qui apparaît furtivement et surnommée l'Ombre (Ghost).

Il existe une ambiguité, sans doute voulue par l'auteur, entre les 'non-revenants' (qui ne peuvent revenir de l'espace virtuel (ou sinon avec de terribles nausées et un risque de rester un "quasi-légume") et l'un des personnages centraux, revenus au Spécial A (probabablement le réel courant, ou son image...) qui démontrent que l'ultime jeu est de revenir dans le réel incertain, lui aussi, où la lancinante musique évocatrice d'Avalon reprend son thème et fait pressentir graduellement quelque chose de tragique (eros et thanatos recherchés par les joueurs d'argent)avant la décision du personnage final d'en finir avec ces aller-retours virtuel-réel, déstabilisants, désespérants, car l'"espoir d'aimer en chemin" (pour reprendre Apollinaire) se trouve trahi par un malentendu kafkaïen : qu'est-ce que "être"? Pas seulement exister, en tous les cas.

CritiqueModifier

Avalon est le premier long-métrage "classique" de Mamoru Oshii. Ce grand nom du manga nous avait déjà livré en 1995 l'inégalé Ghost in the Shell, qui allait donner naissance à toute une série de films, Matrix en tête, interrogeant notre réalité, notre rapport au monde, en remettant en question l'infaillibilité confortable de nos sens et de nos perceptions.

Avalon est un film qui met plus en scène une ambiance et un univers qu'une histoire. L'ambiance déshumanisée du monde post-industriel, gris et terne ne procure au spectateur aucun repère de temps ni de lieu (le film a été tourné à Varsovie et à Wrocław, en Pologne). Elle n'est pas sans évoquer celle de certains films d'Andreï Tarkovski, en particulier Stalker, qui « brouille » aussi le rapport monde physique/métaphysique, réel/virtuel. Le totalitarisme esthétique du film trop peu connu "1984" de Michael Radford n'est pas loin. Cette ambiance est accompagnée par la musique, alternativement symphonique et électronique. L'utilisation de chœurs et d'une cantatrice donne une belle puissance, d'un lyrisme un peu appuyé, au combat mené par les acteurs dans le film. Le reste de la musique originale est en parfaite symbiose avec l'ambiance assez désincarnée d'une partie du film, quelquefois presque arythmique de lenteur, sèche et métallique.

L'héroïne est une guerrière sans émotion mais non sans sensibilité, comme le montre son seul échange avec un autre être vivant, la confection de la pâtée de son chien : elle lui cuisine un ragoût à base de viande, de légumes frais et de riz (aliments de luxe par rapport au niveau de vie) alors qu'elle même ne se nourrit que de céréales. Le Basset artésien normand apparaissait déjà dans le film d'animation Ghost in the Shell et était également associé à un personnage célibataire. Ce chien au regard triste, personnage récurrent des films de l'auteur, représente probablement ici la solitude urbaine mais aussi le contact avec le « réel », lien fragile qui finit par se briser lorsque le chien disparaît sans explication.

La plupart des gens restent figés, immobiles, lorsqu'ils n'ont pas une tâche spécifique à accomplir. L'ambiance sépia accentue le sentiment de voyage dans un monde étrange. Dans le domaine du cyberpunk, ce film minimaliste (avec peu d'effets spéciaux) est plutôt à classer du côté de films comme eXistenZ de David Cronenberg ou d'Eraserhead de David Lynch : un film suscitant une réflexion sur l'évolution de la société plus qu'un film à grand spectacle.

Le thème de ce film serait la perception de la réalité, la frontière avec le virtuel. En effet, tel un joueur de jeu vidéo (parfaitement capable de distinguer le réel du virtuel), il arrive que le spectateur ressente plus de sentiments de vie à l'intérieur du mode virtuel (passage en mode couleur dans le film, avec des personnages plus vivants que ce qui est ressentis dans la réalité, c'est-à-dire la première partie)

L'univers du film d'Oshii est un univers crépusculaire, qui, d'un point de vue strictement esthétique, évoque une combinaison de Jean-Pierre Jeunet, Terry Gilliam et Enki Bilal, avec lesquels il partage cette approche toute en froideur d'un monde à la fois vieillot et post-apocalyptique. C'est dans ce monde en suspend, sombre, sans espoirs et surtout, ce qui est le plus frappant, totalement inerte, qu'une partie de la population cherche le mouvement, l'action dans un wargame virtuel interdit nommé Avalon.

La plupart des joueurs ne sortent pas indemnes de ce jeu et des images inquiétantes nous montrent les "non-revenus", ces malheureux, dont les corps ne sont plus que des enveloppes vides, privées de leur esprit qui est resté prisonnier du jeu. Ce n'est pas le cas d'Ash, l'héroïne, joueuse implacable, admirée et crainte, pour qui dextérité au jeu est source de revenus. Ancienne équipière d'un groupe de joueurs réputé invincible, les Wizards, elle a préféré continuer en solo, et part en quête d'un mystérieux niveau caché, promesse de puissance, de maîtrise, et surtout d'horizons moins médiocres que son environnement figé.

Ce film, s'il n'apparaît pas comme une révolution, constitue cependant une innovation certaine en matière de films d'anticipation et il est indéniable que la qualité des effets spéciaux et les choix esthétiques de Mamoru Oshii y sont pour beaucoup. Bilal est décidément très présent à l'esprit, et ce n'est pas anodin, pour deux bonnes raisons : Oshii est un dessinateur comme Bilal et l'univers d'Avalon, même s'il nous est présenté avec de vrais acteurs, semble toujours porter la marque d'un graphiste. Enfin, le film a été entièrement tourné en Pologne avec des acteurs slaves, et le film est décidément, comme une B.D. de Bilal (originaire de l'Europe de l'Est) traversé de désillusion, empesé de totalitarisme post-apocalyptique (typiquement slave ?).

Alors, que reste-t-il de japonais dans ce film tourné et joué en polonais me demanderez-vous? De Yasujirō Ozu à Takeshi Kitano, on sait que la société japonaise a mal vécu l'individualisme, valeur occidentale brutalement importée avec la tutelle américaine après la seconde guerre mondiale. Il est frappant ici encore de voir à quel point le japonais oscille entre approbation de la prise de liberté individuelle (Ash est une joueuse hors pair depuis qu'elle s'est affranchie) et constat alarmiste et désespéré de la solitude noire à laquelle mène cet individualisme. Une pléthore de films japonais nous ont déjà dépeint cette solitude étouffante de manière remarquable, Kaïro de Kiyoshi Kurosawa en est un exemple fabuleux, Oshii nous en apporte ici le constat le plus désespéré, renforcé par un choix esthétique qui ne laisse entrevoir aucune éclaircie possible, aucun espoir. Ainsi Ash est affranchie, libre jusqu'à un certain point, mais un passage presque sirupeux du film nous la montre en train de cuisiner un plat gastronomique pour son chien qui finalement n'est plus là…Voudrait-elle trouver une présence dans les livres ? Les pages sont blanches… Triste constat d'une solitude implacable. Dans le même temps, Stunner, ancien équipier d'Ash, entretient une nostalgie de l'âge d'or des Wizards, et introduit par là même le regret d'une époque ou l'individu pouvait se rattacher à un groupe, y trouver une raison de vivre, de mourir, une éthique… L'individualisme a-t-il tué l'Humanité ? C'est vraiment la question de fond que semble poser ce film et il n'est donc pas anodin que le thème principal soit le jeu vidéo, tant il symbolise l'enfermement (les cabines de jeu) et le repli sur soi-même.

Enfin, et c'est une des séquences les plus frappantes du film, les personnages secondaires ne sont jamais aussi vivants que dans le mode "réel" de jeu, filmé, paradoxalement, de façon plus réaliste que ce qui est la vraie vie du film. Dans ce mode "réel", les personnages ont "leurs propres réactions, un comportement autonome" prévient Bishop, mais on ne les voit qu'en groupes, se rendant à l'opéra, discutant en assemblées dans le hall, formant la masse du public, pourtant chacun a un visage que l'on peut scruter, et qui est traversé d'expressions. Tandis que dans la vraie vie du film, les personnages secondaires ne sont qu'ombres figées ( notamment dans le tramway, et dans l'embrasure d'une fenêtre chez Ash), jamais on ne discerne leurs visages.

C'est là toute la force du film : parvenir à faire passer, non pas ce message ( car cela impliquerait qu'Oshii dénonce consciemment l'individualisme), mais plutôt cette angoisse toute japonaise, à la seule force d'une esthétique novatrice. À cet égard Avalon est un poème désespéré en forme de réflexion métaphysique sur la liberté individuelle et sur le nihilisme qui guette toute quête de liberté qui oublierait d'avoir un but. Par là même le film est une preuve que le cinéma japonais n'est plus identifiable seulement par une esthétique mais aussi par des thèmes profonds qui le parcourent de Akira Kurosawa à Kitano en passant par Tsukamoto (Bullet Ballet) et Oshii.

DistributionModifier

  • Malgorzata Foremniak : Ash
  • Wladyslaw Kowalski : Maître du jeu
  • Jerzy Gudejko : Murphy
  • Dariusz Biskupski : Bishop
  • Bartlomiej Swiderski : Stunner
  • Katarzyna Bargielowska : Réceptionniste
  • Alicja Sapryk : Gill
  • Michal Breitenwald : Murphy des 9 Sœurs
  • Zuzanna Kasz : Ghost
  • Adam Szyszkowski : Joueur A
  • Krzysztof Szczerbinski : Joueur B
  • Marek Stawinski : Joueur C
  • Jaroslaw Budnik : Cooper (voix)
  • Andrzej Debski : Cusinart (voix)

Fiche techniqueModifier

  • Titre : Avalon (アヴァロン)
  • Réalisation : Mamoru Oshii
  • Scénario : Kazunori Itô
  • Production : Atsushi Kubo, Kazumi Kawashiro, Shin Unozawa, Tetsu Kayama, Naoyuki Sakagami, Toru Shiobara et Shigeru Watanabe
  • Musique originale: Kenji Kawai
  • Photographie : Grzegorz Kedzierski
  • Montage : Hiroshi Okuda
  • Décors : Barbara Nowak
  • Pays d'origine : Japon, Pologne
  • Format : Couleurs / Noir et blanc (Sepiatone)
  • Durée : 106 minutes
  • Dates de sortie : 20 janvier 2001 (Japon), 27 mars 2002 (France)


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