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11'09"01 est un film français constitué de courts-métrages de 11 réalisateurs, sorti en 2002.

C'est le producteur français Alain Brigand qui a eu l'idée de ce film : réunir des réalisateurs du monde entier, afin d'avoir leur vision des événements du 11 septembre 2001 à New York et Washington, chaque court métrage devant durer 11 minutes, 9 secondes, et 1 image (par allusion symbolique à la date du 11/09/01). L'objectif visé était de proposer une vision alternative multiple à la vision unique répétée en continu par les médias officiels.

SynopsisModifier

Samira Makhmalbaf (Iran) Modifier

Dans un village au Moyen-Orient, la population se prépare à des représailles américaines en préparant des abris de terre cuite. Personne n'appréhende vraiment ce qui s'est passé à New-York, mais ils savent que, s'ils n'ont rien à voir avec cela, ils vont en subir les conséquences. Le film dénonce la manière dont des villages innocents dont la réalité n'a rien à voir avec les attentats du 11 septembre subissent au final le même sort que les tours, sans vraiment comprendre.

Claude Lelouch (France) Modifier

Un film principalement silencieux. Il met en scène une jeune femme sourde, jouée par Emmanuelle Laborit. Celle-ci vit à Manhattan et pourtant elle sera une des dernières à être au courant de l'attentat du 11 septembre, étant insensible à l'agitation qui règne alors que son histoire amoureuse s'effondre en même temps que les tours.

Youssef Chahine (Égypte) Modifier

Le 12 septembre 2001, après avoir reporté une conférence de presse à Beyrouth en raisons des attentats de New York, Youssef Chahine rencontre le fantôme d'un soldat américain mort au Liban en 1983. Il confrontera sa vision de la vie avec celle d'un autre fantôme, celui d'un jeune musulman mort dans un attentat suicide.

Idrissa Ouedraogo (Burkina Faso) Modifier

Ce court métrage met en scène des enfants burkinabe qui ne perçoivent du 11 septembre que l'existence d'Oussama Ben Laden, recherché avec prime à la clé. C'est pour eux l'occasion de sortir de la pauvreté et ils tenteront par tous les moyens de capturer Ben Laden. Mais en fait, l'attentat n'a bien sûr aucune prise sur leur réalité, ils espèrent surtout recevoir l'aide dont ils ont besoin de la part du « Nord ».

Ken Loach (Royaume-Uni) Modifier

Ce court métrage met en scène un Chilien vivant en Angleterre, qui écrit une lettre où il se souvient d'un autre 11 septembre : le 11 septembre 1973. C'est ce jour que Salvador Allende, dirigeant socialiste du Chili, a été éliminé par la junte militaire menée par le général Augusto Pinochet soutenu par la CIA. Pour le réalisateur, ce 11 septembre était aussi un attentat contre une nation, et un attentat lancé par les États-Unis.

Alejandro González Iñárritu (Mexique) Modifier

Une œuvre constituée essentiellement de plans noirs et silencieux, entrecoupés de cris et de bruits de panique, accompagnés d'images que l'on finit par identifier comme des personnes chutant dans le vide le long des tours du World Trade Center. Pas d'acteur, pas de fiction, rien d'artificiel, seule la réalité du cauchemar, dénuée de toute la ferveur patriotique qu'ont apporté les médias américains en réponse à l'événement.

Amos Gitaï (Israël) Modifier

Filmée en plan-séquence, l'action se situe le 11 septembre dans l'avenue de Jérusalem à Tel-Aviv (Israël) où vient d'avoir lieu un attentat-suicide dont aucun média ne parlera. Les autorités tentent de rétablir l'ordre, la population est en déroute. Le message du film est que, si l'attentat perpétré ce jour contre les États-Unis est d'une ampleur inégalée, le Moyen-Orient est, lui, déchiré jour après jour par des attentats meurtriers dont on finit par ne plus parler.

Mira Nair (Inde) Modifier

Ce film raconte l'histoire vraie d'un jeune musulman vivant à New-York, Mohammed Salman Hamdani, et disparu dans l'attentat du 11 septembre. Il est accusé d'être un terroriste et d'avoir participé au crime à cause de ses origines musulmanes et pakistanaises, jusqu'à ce que l'on découvre qu'il est mort en héros en essayant d'aider aux opérations de sauvetages . Mais l'anecdote en dit long sur le poids des préjugés dont est victime la communauté musulmane, aux États-Unis ou ailleurs.

Sean Penn (États-Unis d’Amérique) Modifier

Un homme vivant dans un appartement sordide et dans la misère affective la plus noire, voit finalement la lumière revenir lorsque que les immenses tours qui faisaient de son monde un lieu d'obscurité s'effondrent. L'auteur a voulu parler de la souffrance qui peut survenir chaque jour avec la perte d'un être cher, à côté de l'affect suscité par le drame du 11 septembre.

Shohei Imamura (Japon) Modifier

Ce court-métrage met en scène un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, revenu au Japon et traumatisé au point d'avoir perdu toute humanité et de se comporter comme un serpent. Le film se termine sur une image frappante, où figure le message : « il n'y a pas de guerre sainte ». Le Djihad islamiste autant que la guerre menée par les États-Unis peuvent être visés par ce message pacifiste, émanant d'un pays gravement traumatisé par la dernière guerre mondiale.

CritiqueModifier

Il faut voir ces films, au delà de l'exercice formel. Pas tellement pour leur valeur cinématographique : seuls Ken Loach et Idrissa Ouedraogo réussissent à aller au-delà du pur message en offrant l'un une élégie, l'autre une comédie. L'intérêt de ces films est surtout documentaire. Ils offrent un miroir de la manière dont les événements du 11 septembre ont été perçus à travers le monde. Certains journaux américains présentent ces films comme "anti-américains". A quoi le New York Times répond avec raison qu'ils ne sont pas anti-américains, mais "non-américains".

Le trait le plus frappant de ces films, ce par quoi ils sont irrémédiablement non-américains, c'est qu'ils désacralisent le 11 septembre. Ces attentats sont un acte insensé, un de plus. Une tragédie terrifiante, une de plus. Samira Makhmalbaf montre que le sujet préoccupe peu les enfants afghans, dans un pays où on n'est guère informé sur le monde : l'institutrice elle-même croit que les Américains vont utiliser la bombe atomique sur l'Afghanistan. Idrissa Ouedraogo ose montrer Ben Laden dans une fiction, qui plus est dans une histoire légère à la Club des Cinq ; ce film fait rire à Paris, j'imagine qu'il choquerait considérablement à New York. A l'inverse, Ken Loach joue sur la provocation en consacrant son film au 11 septembre 1973, jour du renversement d'Allende ; à un discours de Bush sur les ennemis de la liberté succèdent des images d'Américains aidant Pinochet à mettre à bas cette même liberté dans un autre pays, à une autre époque. C'est un film émouvant, qu'on peut apprécier même si on hésite à accepter la comparaison. Chahine, de son côté, fait du Chahine, c'est à dire un petit film théâtral, surréaliste et assez ridicule, qui tout d'un coup lâche une diatribe très violente contre les Etats-Unis.

Au fur et à mesure que les films se succèdent, on comprend quel est l'enjeu majeur que doivent relever les réalisateurs : quel que soit leur point de vue, leur film paraît anecdotique s'il intègre les attentats à une fiction classique sans essayer de montrer leur impact sur la collectivité. Deux d'entre eux font cette erreur. Lelouch est un bon raconteur d'histoires sentimentales ; il sait très bien intéresser le spectateur au destin de quelques individus. Le problème, ici, est qu'il faut montrer un phénomène dont les conséquences portent sur toute une ville, voire sur le monde entier. Lelouch signe un film sans intérêt, centré sur une histoire personnelle dans laquelle la catastrophe n'apparaît qu'à titre annexe.

Le second est Sean Penn. Dans ce groupe de réalisateurs si éloignés des Etats-Unis, j'attendais d'un Américain un point de vue sur le traumatisme qu'ont causé les attentats aux Etats-Unis, traumatisme dont nous sous-estimons l'étendue de ce côté-ci de l'Atlantique. Or, dans le film de Penn, seul le traitement de l'image est américain : soigné et sophistiqué, en un mot hollywoodien. Penn raconte une histoire très mièvre (avec Ernest Borgnine, le gros dur des westerns d'autrefois ! Il vaut mieux voir ça qu'être sourd !). Pire, il ne retient de la chute du World Trade Center que son aspect esthétique. Pourtant, si le cinéma américain a une vertu, c'est bien de savoir exprimer les réactions collectives d'un peuple, l'esprit d'une nation et d'une époque. Spielberg, Coppola auraient pu faire beaucoup mieux. La plus grande erreur des producteurs a été de refuser un projet d'Abel Ferrara : dans un bon jour, un New-Yorkais qui a réalisé "Nos Funérailles" aurait pu faire, et fera peut-être, un très grand film sur les séquelles du 11 septembre.

De tous ces films se distingue celui du Mexicain Inarritu : contrairement aux autres, il n'a pas essayé de traiter le sujet au second degré via son impact sur des individus ou sur un pays. Inarritu a réalisé un montage d'images et surtout de sons, dont on ne sait s'il poursuivra sa carrière comme générique d'émission radio ou dans une installation d'art vidéo à Beaubourg. Lui seul s'approche au plus près de l'événement, et tente d'en montrer la brutalité absolue à travers les bruits lancinants des corps qui tombent de 90 étages.

DistributionModifier

  • Maryam Karimi  : (segment Iran)
  • Emmanuelle Laborit : (segment France)
  • Jérôme Horry : (segment France)
  • Nour El-Sherif : (segment Égypte)
  • Ahmed Haroun : (segment Égypte)
  • Dzana Pinjo : (segment Bosnie-Herzegovine)
  • Aleksandar Seksan : (segment Bosnie-Herzegovine)
  • Tatjana Sojic : (segment Bosnia-Herzegovina)
  • Lionel Zizréel Guire : (segment Burkina-Faso)
  • René Aimé Bassinga : (segment Burkina-Faso)
  • Lionel Gaël Folikoue : (segment Burkina-Faso)
  • Rodrigue André Idani : (segment Burkina-Faso)
  • Alex Martial Traoré : (segment Burkina-Faso)
  • Keren Mor : (segment Israel)
  • Liron Levo : (segment Israel)
  • Tomer Russo : (segment Israel)
  • Tanvi Azmi : Talat Hamdani (segment Inde)
  • Kapil Bawa : (segment India)
  • Taleb Adlah : (segment India)
  • Ernest Borgnine : (segment USA)
  • Tomorowo Taguchi : (segment Japon)
  • Kumiko Aso : (segment Japon)
  • Akira Emoto : (segment Japon)
  • Mitsuko Baisho : (segment Japon)
  • Tetsuro Tamba : (segment Japon)
  • Ken Ogata : (segment Japon)

Fiche techniqueModifier

Voir aussi Modifier


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

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